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Au pays où l’on ne boit pas d’eau…

11 janvier 2008 Aucun commentaire

Samedi 29 décembre 2007, Bulgarie-Turquie
Drapeau Bulgarie Drapeau Turquie

Au petit matin, nous quittons une fois de plus ces hôtes d’un soir à qui nous ne pourrons manifester à sa juste valeur notre reconnaissance. C’est la dure loi du voyage que de quitter ces nouveaux amis « du bord du chemin » (parce que c’est bien d’Amitié dont il s’agit) sans rien pouvoir leur offrir de plus que notre Amitié et quelques piêtres remerciements.

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Ce matin, le compteur de notre fidèle bi-cylindres affiche 5000km. La première session de notre Petit Jeu des Parrainage prend donc fin. Depuis notre départ, nous avons été épargnés de gros problèmes mécaniques. Très prochainement, les joueurs téméraires qui ont su faire confiance à notre véhicule se verront, comme convenu, récompensés pour leur audace et leurs paris seront automatiquement remis en jeu pour la session suivante.. Surveillez le facteur!

En savoir plus sur le Petit Jeu des Parrainages >>>

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La police est très présente en Bulgarie et ses véhicules de service font parfois une concurrence farouche à Rustine: les vieilles Lada de la maréchaussée n’inquièteraient pas le plus craintif des fuyards. En entrant dans le pays et jouant la carte de l’ignorance, nous avons mis notre honnêteté de côté en nous dispensant de payer le prix prohibitif de la vignette. D’autant plus que visiblement cette taxe ne bénéficie pas au réseau de voirie national comme elle le prétend!

De plus, jusqu’à maintenant, nous n’avons pu trouver pour la 2CV les chaînes obligatoires qu’exigent le climat et la législation de bon nombre des pays jusque-là traversés.

A la sortie de Plovdiv, les agents de la route nous font signe de nous arrêter. Nous nous attendons à de bien sévères remontrances et/ou à une contravention douillette qui viendra probablement gonfler les poches de notre gendarme. Mais derrière sa moustache généreuse, c’est avec un grand sourire et des éclats de rires qu’il nous reçoit. Ses collègues ne se font pas prier pour déserter leurs postes et inspecter à leur tour les formes étonnantes de notre curieux véhicule. Ils ne manquent d’ailleurs pas de faire allusion à notre De Funès national (et de ses nones kamikazes) qui inonde 4 fois par semaine les petits écrans du pays. Nous quittons les pandores, amusés par l’impertinence de la situation.

Trabant dans les Balkans

Depuis Bollengo, en Italie, un de nos deux pneus de secours est à plat et quelque chose qui ressemble étrangement à de la paresse a mis à l’écart toute entreprise de réparation, comptant sur notre deuxième roue annexe en cas de problème. Approchant la frontière turque, pour quelques leva, nous offrons à Rustine les soins qu’elle méritait. Quelle fut notre surprise lorsque nous remarquons que le deuxième pneu n’était, en fait, pas en meilleur état que le premier! Ravis d’avoir fait cette découverte avant d’avoir dû sortir nos rustines, colle et démonte-pneus, nous reprenons le cap vers l’Est. Le hasard voulu que nous crevions une nouvelle fois, quelques kilomètres plus tard.

France3 Sud France Bleue Yann Arthus-Bertrand, Coeur de Voh, Nouvelle-Calédonie Envie d’Agir Cap jeunes Ville de Montpellier Ostéopathes du sport 2CV Chérie Narbonne Pano Logo Mendes-France

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A 18h, nous arrivons à la frontière turque. L’attentat qui a eu lieu à Istanbul il y a trois jours fait redoubler de vigilance les services douaniers. Mais à la vue de Rustine, une fois n’est pas coutume, ils oublient leur préoccupations et se jettent sur leurs appareils photos.

Nous atteignons la ville d’Edirne à la dernière prière de la journée. Le chant du Muezzin raisonne du haut des minarets comme pour nous souhaiter la bienvenue. Loin du tourisme, Edirne, qui fut la capitale de l’empire Ottoman a su garder son caractère prestigieux. Nous nous plongeons dans la vie fascinante de l’Orient. La Mosquée Selimiye Camii trône sur les hauteurs de la vieille ville comme une flâme protectrice.

Selimiye Camii, Edirne

Les douceurs de miel rayonnent sur les étals de rue… et les foies de volaille sont les seuls mets que l’on propose, à cette heure tardive, pour sustenter les estomacs des voyageurs.

Dans une petite ruelle, nous dénichons une minuscule chambre dans un hôtel sans nom. La rigueur du climat ne nous permet plus de dormir dans Rustine…du moins, nous l’éviterons pendant quelques temps. Même dans les piaules des petites pensions dont nous sommes friands, les épaisses couvertures sont les bienvenues.

Edirne

Jeudi 27 décembre et vendredi 28 décembre 2007, Bulgarie
Drapeau Bulgarie

Au retour de notre séjour dans les nuages, le réveil est difficile. Mais il est temps de reprendre la route. A Sofia, nous rencontrons Rositza, la responsable de l’organisation BEPF (Bulgarian Environmental Partnership Foundation) qui oeuvre sur des projets environnementaux et culturels aux quatre coins du pays. Elle nous présente son travail et nous détaille son nouveau programme de promotion du fleuve Danube, de sa culture et de ses enjeux environnementaux.

Nous avons dans la capitale un autre curieux rendez-vous. A l’instar de la Croatie, les membres du Deux-Chevaux Club de Bulgarie nous attendent à la cathédrale Alexandre Nevski. Il ne fallut pas longtemps pour qu’un attroupement de badauds se forme autour des deux véhicules. Vladimir, Klum et Maria, en vrais amoureux de l’esprit deuchiste, se mettent en quatre pour nous dénicher un toit pour notre prochaine étape.

Alexandre Nevski, Sofia, Bulgarie

Alexandre Nevski, Sofia, Bulgarie (2)

A la recherche de la prochaine étape

Nous quittons Sofia pour le petit village de Koprivchtitza (une journée au moins pour pouvoir prononcer son nom!). Ce bourg encaissé dans une vallée des Balkans a su conserver toute son authenticité architecturale telle qu’on pouvait l’apprécier dans l’ensemble du pays. Les maisons aux couleurs châtoyantes comprennent un étage en bois, débordant des murs maîtres et qui surplombe les ruelles.

Maisons traditionnelles, Koprivchtitza, Bulgarie (3)

Maisons traditionnelles, Koprivchtitza, Bulgarie (2)

Maisons traditionnelles, Koprivchtitza, Bulgarie (1)

Nous descendons dans le sud par les chemins de traverse pour rejoindre la ville de Plovdiv. Le bouche à oreille engagé par Maria a atteint le petit village de Belozem dans la périphérie de la grande ville: « Le cousin du mari de ma sœur, Ivan, vous y attend. Pour le retrouver, rendez vous à l’Eglise catholique du village, vous ne pourrez pas la louper, il y en a très peu dans ce pays ou l’orthodoxie prédomine. Demandez à rencontrer le prêtre qui parle un peu l’Italien. D’ici là, nous nous débrouillerons pour le mettre au courant de votre arrivée et il vous indiquera l’adresse d’ Ivan ». Dans un autre contexte, on trouverait ce programme un peu irréaliste et très approximatif. Mais force est de constater que nous avons eu maintes fois la bonne surprise de voir ce curieux système de transmission d’informations s’avérer très efficace… Aux portes du Saint Edifice, pas d’homme pieux…en tout cas jusqu’à ce que nous eusses tourné les talons, où un jeune officiant nous vînt en aide. Nous nous engageons alors dans une invraisemblable conversation Franco-Polono-Hispano-Anglo-Italo-Bulgare. Comprenne qui pourra…pas nous en tout cas!

Toujours est-il qu’après une bonne vingtaine de minutes d’incompréhension, de rires, et avoir contacté tous les « Ivan » du village le vrai Ivan passe sa tête dans le prieuré. Il nous explique en bulgare que, prévenu par la sœur de Maria, il fait depuis le début d’après-midi des aller-retours réguliers de chez lui à la paroisse pour venir à notre rencontre. L’ouverture d’esprit et le sens de l’hospitalité atteignent des sommets. Et ce n’est qu’un début. Nous avons droit à une soirée mémorable aux cotés d’Ivan, d’Irina, sa femme, et Pepa et Valentina ses deux filles. Le lit et le petit déjeuner sont tout aussi inoubliables.

Du samedi 22 décembre au mercredi 26 décembre 2007, Bulgarie
Drapeau Bulgarie

Les fêtes approchant à grand pas, nous préparons Noël avec nos amis bulgares et beaucoup d’excitation. Notre famille d’adoption nous invite à partager ce grand moment dans des conditions pour le moins originales: Nicolai, le papa d’Ekate est météorologue. Il travaille seul au sommet du pic Murgash, à quelques 20km de Bouhovo. Ce sommet au cœur des Balkans culmine à quelques 2200m d’altitude et la marche est le seul moyen de s’y rendre. Nicolai scrute le ciel et ses appareils toutes les trois heures, de jour comme de nuit, pour informer le pays de ses précieux résultats. Ce poste insolite nécessite une âme solitaire et un sacré sens de la débrouillardise.

C’est pour le rejoindre que nous préparons nous aussi cette longue ascension. Il est prévu que nous restions dans la station pendant quatre jours. Nos sacs sont scrupuleusement pesés, les vivres et les douceurs emportées minutieusement choisies. Nous amorçons la montée sous un ciel gris. Soudain, nous traversons le bouclier brumeux et la vue sur la vallée se dégage, s’ouvrant sur un océan de nuages que seuls les sommets balkaniques parviennent à percer.

Percée des nuages, Pic Murgash, Bulgarie

Au fur et mesure de l’ascension, la vue est de plus en plus spectaculaire. Nous nous surprenons à nous retourner à chaque dizaine de mètres tout au plus, émerveillés par le spectacle que nous offre le paysage. Il nous faudra pas moins de 6 heures pour atteindre le sommet. Nous parvenons à la station en fin d’après-midi où nous attendent Nicolai et l’éternel Rakia. Rien de plus approprié pour réchauffer nos corps engourdis.

Ascension du Pic Murgash, Bulgarie (1)

Ascension du Pic Murgash, Bulgarie (2)

Ascension du Pic Murgash, Bulgarie (3)

Ascension du Pic Murgash, Bulgarie (4)

Station météorologique du pic Murgash, Bulgarie

Nos journées à Murgash se résument à peu de choses: manger, boire du rakia, contempler le magnifique paysage, cuisiner, boire du rakia, aller chercher de l’eau à la source, collecter du bois, boire du rakia, et chanter…De vrais vacances quoi! D’autant que la cuisine bulgare n’a rien à envier à nos spécialités françaises. Nous découvrons à chaque repas des préparations étonnantes, toutes aussi fines les unes que les autres…ce raffinement n’empêche pas de les ingurgiter en quantité industrielle et une certaine originalité règne sur les petits déjeuners (soupe aux tripoux, polenta au beurre -ou plutôt beurre à la polenta-, rakia…).

Avec Zoia et Ekate, au Pic Murgash, Bulgarie


Coucher de soleil, pic Murgash, Bulgarie

Photo de groupe, Pic Murgash, Bulgarie

A elle seule, la préparation du repas de Noël méritait le détour. Pour chaque famille Orthodoxe, pratiquante ou pas, la coutume veut que le dîner du 24 soit confectionné à base d’ingrédients ne provenant d’aucune source animale. Les œufs, la viande, le lait et le beurre sont donc bannis. Nous sommes mis à dure épreuve lors de la préparation des 7 plats traditionnels pour le réveillon. Dans les conditions qui sont les nôtres, chaque plat est confectionné sur le poêle à bois qui trône magistralement dans l’unique pièce de la station.

Le centre de toutes nos préoccupations, Pic Murgash, Bulgarie

Au menu: poivrons farcis aux haricots blancs et poireaux, choux farcis au riz et au pruneaux saupoudré de paprika, bannitza (plat bulgare par excellence, pâte feuilletée fourrée) au potiron, pain truffé de fèves porte-bonheur, fruits au sirop, fruits secs, fruits frais. Et bien sûr, comme beaucoup l’auront compris, le tout arrosé de litres de rakia maison, qui se boit ici comme de l’eau. Nous participons humblement à cette orgie culinaire en posant sur la table une bouteille de Faugères miraculeusement conservée depuis 2 mois, pour cette occasion précise, au plus profond de Rustine (merci Michel!).

Repas de Noël, Pic Murgash, Bulgarie

Du Vendredi 14 décembre au vendredi 21 décembre 2007, Bulgarie
Drapeau Bulgarie

Ekate, conseillère d’orientation à l’école de Bouhovo, et Zoia sa mère, directrice dans le même établissement, nous permettent de rencontrer la jeunesse bulgare à travers une présentation du projet Noria et de la problématique de l’eau. Nous intervenons donc ce matin auprès de classes de 5ème, 4ème et 3ème; notre initiative intrigue de nombreux élèves dont les opinions semblent mitigées entre, d’une part, l’incompréhension de ce grand départ laissant famille, maison et travail, et d’autre part la curiosité que suscite la découverte et l’inconnu.

Présentation à l’école de Bouhovo, Bulgarie

Pendant notre séjour à Bouhovo, nous participons non seulement au quotidien de la familiale bulgare mais aussi à la vie du village; nous papillonnons entre les fêtes de l’école (où le Père Noël eut cette année un bon accent francais!!), les rendez-vous du club du Troisième âge de Baba ou encore les commissions quotidiennes à l’épicerie du coin de rue. Fort de la curiosité et de la serviabilité de ces habitants, Rustine et ces « drôles de voyageurs » ont eu bien vite fait d’être intégrés dans le village.

Danses traditionnelles à l’école de Bouhovo, Bulgarie

Un Père Noël avec un drôle d’accent, Ecole de Bouhovo, Bulgarie

Rencontre avec le club du Troisième Age de Baba, Bouhovo, Bulgarie

Les haltes prolongées sont importantes lors des voyages au long cours. Hors mis le fait qu’elles accordent au voyageur un peu de répit et un repos souvent nécessaire, elles offrent d’autre part l’occasion de prendre du recul sur le voyage.

De manière bien plus terre-à-terre, nous profitons aussi de ces escales pour laver nos rares vêtements, se réconcilier avec l’hygiène - qui, par la force des choses, n’est pas toujours irréprochable-, donner quelques nouvelles à nos chers lecteurs, mettre à jour nos carnets de voyage et de l’ordre dans nos blocs de croquis. Nous faisons parfois du rangement dans Rustine et nous chamaillons sur le choix des objets dont nous devons nous séparer; brosse à cheveux ou bouquin à peine commencé… veste polaire de rechange ou boîte de cassoulet de secours? That is the question.

Jeudi 13 décembre 2007, Roumanie-Bulgarie
Drapeau Roumanie Drapeau Bulgarie

Calafat est un village lugubre comme le sont généralement tous les villages frontaliers. Rien ne semble expliquer sa présence hors mis peut-être les atouts évidents qu’il présente dans le secteur de la contrebande. Une longue file d’ambitieux se presse autour d’un faussaire de fortune proposant des documents qui semblent très convoités. Les cafés, aussi sinistres qu’ils puissent être, nous offrent néanmoins la chaleur si précieuse à nos yeux.

Les roues de Rustine se trouvent alors confrontées à un obstacle de taille: nous devons traverser le Danube pour rejoindre la Bulgarie. Nous embarquons dans le ferry et nous nous laissons bercer au cours du fleuve que nous avons franchi précédemment à Budapest. Deuxième fleuve le plus long d’Europe, il s’écoule sur près de 3000km. Si ce cours d’eau de légende traverse ou longe les frontières de 10 pays européens (Allemagne, Autriche, Slovaquie, Hongrie, Croatie, Serbie, Bulgarie, Roumanie, Moldavie et Ukraine), son bassin versant ne concerne pas moins de neuf pays supplémentaires. Autant dire que la diversité écologique et culturelle ainsi que les enjeux économiques qui lui sont attribués placent le Danube au coeur de l’Europe de l’Est. L’agriculture, l’industrie, le transport et plus récemment le tourisme qui en dépendent ne lui rendent que piêtrement la monnaie de sa pièce. Le fleuve est aujourd’hui au centre des préoccupations de nombreuses organisations environnementales.

Traversée du Danube

Les premiers kilomètres bulgares nous mèneront à Montana, aux portes des Balkans. Le paysage nous semble plus familier: une basse végétation sèche et caduque parsemée de chênes verts nous donne l’illusion d’un retour vers notre région méditerranéenne. Mais bien vite, la neige et le froid nous ramène à la réalité. Les Balkans se dressent devant nous. Cette chaîne montagneuse prend naissance en Serbie, à quelque dizaine de kilomètres à l’Ouest, et scindera la Bulgarie en deux jusqu’à la mer noire. Nous nous contentons de la traverser.

Sur la route, alors que nous doublons une de ces charrettes attelées qui sont ici très répandues, nous profitons du salut que ses passagers nous adresse pour les immortaliser. En tournant alors la tête de l’autre coté, nous croisons à notre tour un objectif jaillissant de la vitre d’une voiture Bulgare qui, interloqué par notre machine, nous tire le portrait. La singularité est une affaire bien relative!

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Ekate habite à Bouhovo. Bouhovo est une petite ville en banlieue de Sofia au pied du pic Murgash. Le pic Murgash est un sommet dominant l’Ouest de la Bulgarie. La Bulgarie est le pays où l’on ne boit pas d’eau. Ekate ne boit donc pas d’eau.

Une fois de plus, nous goûtons à la gentillesse démesurée des gens qui se trouve sur notre itinéraire. Ekate parle parfaitement français. Plusieurs séjours dans l’hexagone lors de projet de volontariat européen nous permettent de partager avec elle des discussions interminables sur notre beau pays…et le tout dans la langue de Molière! Nous logerons chez Baba, sa grand mère, tout aussi souriante, qui nous accueille comme ses propres petits-enfants. Nous découvrons avec elle les secrets de l’alphabet cyrillique, ce qui nous donne d’ailleurs l’impression de retomber dans nos plus jeunes années d’apprentissage de la lecture.

Rustine en vacances, Bouhovo, Bulgarie

Bouhovo a une histoire bien particulière. Ce fut, avant le rideau de fer, un village paisible, préservé de la pression urbaine de la capitale. Après la chute de l’Axe, le Parti a implanté à ses portes une immense usine métallurgique, la plus grande d’Europe nous dit-on, dont les cheminées, crachant d’épaisses fumées noires, glacent le sang et couvrent désormais l’horizon méridional. Au nord, pour approvisionner l’URSS, une compagnie minière a exploité jusqu’à aujourd’hui les sous-sols riches en uranium. Les blocs de bétons fleurissent alors dans le village pour accueillir la population grandissante. Aujourd’hui, bon nombre de ces monstres massifs sont éventrés et semblent échoués sous le manteau de neige. Il y a quelques années, Bouhovo accueillait encore des travailleurs venus de tout le territoire soviétique et aujourd’hui, face à cette nouvelle « démocratie » où la corruption règne en maître, les nostalgiques de ce dynamisme passé ne sont pas rares; la ville est de nos jours désertée par les ¾ de ses habitants. Des 12 000 âmes de l’époque, il n’en reste que 3 000 et les quelques divertissements que permettait l’ancien régime n’est plus qu’un lointain souvenir. « Nous n’avions certes pas la liberté dont jouissaient les pays de l’Ouest, nous explique-t-on, mais la démocratie qui a succédée à ce régime n’est qu’une illusion. Telle qu’elle instaurée ici, elle ne permet plus rien et nous sommes prisonniers d’une économie qui n’a pas suivi ». Ce triste état des lieux est cependant vite oublié lorsqu’on se frotte à la gentillesse des habitants.

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