Odyssée kurde
Du mercredi 6 février 2008 au jeudi 7 février 2008, Turquie
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Nous apprenons ce matin que notre visa iranien ne sera pas délivré aussi rapidement que nous l’espérions. Il nous faudra attendre 10 jours minimum pour avoir l’aval de Téhéran. De plus, l’acceptation reste hypothétique et le gouvernement iranien peut refuser notre requête sans aucune raison apparente. Au consulat, nous croisons Michaël, un voyageur Belge qui se rend en Mongolie en vélo. Sans aucun doute, nous sommes les seuls étrangers dans cette ville dépourvue d’attraits touristiques.
Michaël est dans la même impasse que nous. Nous décidons de partager une chambre afin de limiter nos dépenses. Nous prospectons pour dénicher dans un petit hôtel qui nous cèderait une chambre bon marché et qui accepterait trois voyageurs et tout leur attirail (un vélo, et son charriot, les bagages et notre matériel de vie quotidienne). Nous parvenons à trouver trois lits dans un établissement passablement sordide, mais présentant l’avantage d’accepter notre prix: 20 liras (3,5 euros par personne et par jour). Nous nous organisons. Nous achetons pour une bouchée de pain un réchaud qui nous permettra de préparer nous-même nos repas.
La piaule est très sommaire et la propreté de la maison laisse carrément à désirer…et Dieu sait que nous ne sommes généralement pas trop regardant à ce sujet. Le patron, un kurde court sur pattes d’une cinquantaine d’année, à un grain de folie que personne ici ne semble nier. Sous son bonnet de toile enfoncé jusqu’aux oreilles, un regard narquois, presque sadique lui donne un petit air de rapace. Il ne manque pas de surveiller nos allers et venues, ne cachant pas son étonnement que lui provoquent chacun de nos faits et gestes. A longueur de journée, il rôde dans les couloirs, poussant régulièrement la porte de la chambre sans crier gare pour s’inviter à partager nos occupations.
Dans le hall de l’hôtel, un régiment de kurdes solitaires, les calots sur leurs sourcils généreux et les moustaches en broussaille, se pavanent tout le jour durant devant la télévision. Chacun de nos passages sont pour eux autant de divertissements: ils détachent alors leurs yeux de merlans frits de leur série ahurissante pour ne rien manquer de ces drôles d’étrangers.
Mardi 5 février 2008, Turquie
La route pour Erzurum s’annonce longue et éprouvante. Nous retrouvons les températures glaciales de l’Anatolie Centrale. Mais le relief est un autre ennemi. Nous devons traverser plusieurs sommets de plus de 2500 mètres sur des pistes sinueuses et verglacées. Les 377 kilomètres qui séparent Batman d’Erzurum ne pourront se parcourir en moins de 10 heures.
En approchant Diyarbakir, haut lieu de la résistance kurde et théâtre de fréquentes tensions avec les organisations séparatistes, les barrages militaires se multiplient. Parfois, bien cachés dans de minuscules vallons, des soldats armés jusqu’aux dents prennent les véhicules par surprise pour vérifier papiers et chargements. Nous faisons mine de ne pas remarquer les tireurs allongés dans les hautes herbes des monticules qui surplombent la route.
Notre statut d’étrangers nous permet toutefois de passer généralement au travers de ces contrôles. Le drapeau turc affiché sur la fenêtre latérale de Rustine y est peut-être pour quelque chose.
A Bingöl, alors que nous passons par hasard devant un commissariat, nous demandons notre route à un des agents sur le bas-côté. Par cette simple requête, nous furent illico convoqués dans le bureau du brigadier-chef à boire le thé. Ce dernier nous attribuent une escorte jusqu’à la sortie de la ville. Au delà de la gentillesse des gendarmes, il n’y a nul doute que l’effrayante circulation dans la ville leur a depuis longtemps ôté tout espoir d’une quelconque amélioration, et ces derniers ne se font plus aucune illusion sur leur hypothétique utilité. Sacré aubaine, donc, de pouvoir convoyer Rustine à travers la ville (il nous semble même que l’itinéraire fut un poil rallongé!).
Dans les rares villages de pierres que nous traversons sur les flancs de montagne, les enfants se tirent la bourre sur des skis de fortune aussi simples qu’ ingénieux: deux fines planches de bois mises en tension à chaque extrémités par une ficèle qu’ils agrippent fermement comme pour se donner du courage.
Parfois, un dolmus longue distance (petit bus bondé) nous double lentement. A travers la vitre, une bonne dizaine de moustachus et quelques visages retranchés derrière de sombres tchadors nous suivent des yeux avec un air décontenancé.
Nous restons extrêmement prudents, tout en assurant une progression régulière afin de rouler un minimum de nuit. La distance entre les villages perchés est de plus en plus importante.
Eviter surtout tout incident qui nous obligerait à sortir du véhicule: même à l’intérieur, ma barbe se cristallise et les orteils de Coralie ne répondent plus de rien…La cerise sur le gâteau: les loups, nous dit-on, ne sont jamais très loin. Tout pour nous rassurer.
Nous arrivons à Erzurum à 20h, épuisés. La raison principale de notre passage dans la ville est la demande de visa pour l’Iran. Demain, nous irons au consulat pour déposer notre formulaire. Mais peu de prétendants viennent jusqu’ici pour en faire la demande. Les consulats d’Istanbul et d’Ankara reçoivent bien plus de candidatures. Les délais et la réponse pour l’obtention de notre visa est indépendante d’un consulat à l’autre. Demain, nous en saurons plus.
Hasankeyf est un petit village historique qui est promis à une disparition imminente. Une prochaine construction gigantesque à Ilisu barrera bientôt les eaux du Tigre, inondera toute la plaine entre Batman et Midyat, près de 37 villages et les richesses archéologiques inestimables qu’ils recèlent. La visite de ce site s’imposait donc avant qu’il ne disparaisse définitivement.
La vie troglodytique sur les parois percées qui surplombe le Tigre est toujours d’actualité à Hasankeyf. Les vestiges de la citadelle et des deux mosquées jumelles donnent une idée assez claire de l’importance du village avant l’arrivée des Ottomans. Au sommet de l’un des minarets, une famille de cigognes profite des derniers rayons de soleil.
Nous dormirons à Batman, ce soir. Le super-héros restant invisible, nous parcourons les ruelles sombres et nous mettons en quête d’une chambre. Ali en voyant Rustine ne rate pas l’occasion de venir à notre rencontre. Né à Paris, Ali à vécu plusieurs années dans la capitale. Il a environ la trentaine et semble ravi de nous voir visiter la région kurde. Il n’ignore pas que les médias de chez nous font un portrait aussi sinistre qu’ inexact sur le territoire et ses habitants. Nous le rassurons en lui exprimant notre avis sur l’hospitalité kurde. Autour d’un excellent repas de feuilles de vignes et de poissons frits préparé par Suraya, sa jeune femme, nous passons une fois de plus une excellente soirée improvisée.
Dimanche 3 février 2008, Turquie
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Le projet GAP est un vaste programme national qui vise à irriguer les terres arides de l’Anatolie du Sud-Est et à alimenter l’industrie du pays en énergie électrique. Cette initiative de grande envergure est en cours depuis plusieurs dizaines d’années et ne cesse de prendre de l’ampleur. Elle comptera à son terme 22 grands barrages et 19 centrales hydroélectriques sur deux grands fleuves: le Tigre et l’Euphrate. Autant dire que ses enjeux sont primordiaux pour le pays.
Les conséquences d’une telle entreprise sur l’économie et sur la population locale sont considérables. Des vallées entières ont été englouties alors que de nombreux villages ne connaitront pas de meilleur destin. De plus, les eaux de ces grands fleuves alimentent tout le Proche-Orient et la Turquie est considérée comme le château d’eau de la région. Pour ces raisons, le gigantesque projet GAP est au cœur de polémiques et de tensions internationales entre le pays et ses voisins en aval. Pour le projet Noria, une visite du vaste barrage d‘Ataturk était un rendez vous clef que nous attendions depuis longtemps. Les enquêtes et les témoignages recueillis sur le sujet représentent pour notre projet des informations inestimables.
Nous prenons la route du barrage. En descendant dans la plaine, en aval de la construction, nous sommes surpris par les aménagements hydrauliques. La totalité des parcelles sont irriguées. De nombreux champs de coton dessinent le paysage. Les installations permettent même une culture importante de maïs! Dans une région originairement boudée par les pluies, c’est une vision quelque peu surprenante.
Le village de Bozova est un des bénéficiaires direct du projet GAP. Nous décidons d’aller voir ça de plus près. Sur les rives du lac Ataturk, Nous croisons Aziz, un jeune gardien de bovins abreuvant son troupeau.
En poussant un peu plus profondément nos investigations, nous quittons les routes principales. A deux pas de la retenue du barrage, un petit village très isolé apparaît, ressemblant plus à un regroupement de bas logis et donnant l’illusion d’être établi temporairement. Il est édifié dans un cul de sac face au lac et il nous fallut rouler 20 minutes sur une piste presque imaginaire pour satisfaire notre curiosité. C’est en se rendant sur place que les informations seront les plus intéressantes. A notre arrivée, la moitié des 160 habitants se ruèrent autour de la voiture pour nous souhaiter la bienvenue. Les étrangers, ne serait-ce que des villages voisins, n’ont absolument aucune raison de se rendre dans cette impasse. Nous comprenons leur étonnement. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nous nous retrouvons cloués à des chaises en plastique miraculeusement apparues sous nos fesses. Le rituel du service du thé peut désormais commencer. Nous restons quelques temps en compagnie de cette belle assemblée. Un jeune homme timide est littéralement réquisitionné pour assurer un semblant de traduction en anglais. Nous apprenons beaucoup des impacts sociaux du projet GAP et de la vie quotidienne des habitants de la plaine.
La nuit tombe et il est l’heure de prendre le dernier verre de thé. Nous devons les quitter. Un peu frustrés, nous refusons poliment leur invitation pour la nuit et rejoignons Sanliurfa où le reste de nos bagages nous attend.
Samedi 2 février 2008, Turquie
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La route qui nous attend pénètre dans le territoire kurde. Nous la partageons avec les bergers qu’on dirait d’une autre époque, juchés sur leurs ânes. Nous atteignons Sanliurfa (Urfa) dans la matinée. La ville est une merveille d’architecture. La pierre dorée avec laquelle est édifié le centre de la bourgade la fait briller de mille feux. Nous tombons sous le charme des palmiers et les roseraies qui ornent les jardins publics. Nous n’aurions aucun mal à nous imaginer en Egypte ou en Palestine. Une véritable oasis.
Sanliurfa est connue sous le nom de « cité des prophètes ». Nous sommes au cœur d’un haut lieu de pèlerinage et des visiteurs de tout le Proche-Orient viennent se recueillir dans cette ville historique rôtie par le soleil.
Les porches, les mosquées et les canaux qui constituent le parc du Dergah ont tous un caractère saint. Les pèlerins se pressent autour des bassins pour nourrir les carpes sacrées. En découvrant la taille des poissons, nous ne pouvons nous empêcher de nous demander comment ne coulent-ils pas comme des plombs.
Les hommes, coiffés du cheikh à damier et vêtus du pantalon bouffant kurde ne ressemblent en rien aux turcs de l’ouest du pays. Ils déambulent d’un pas tranquille dans les rues du bazaar en égrainant leurs chapelets. Beaucoup se retrouvent au caravansérail pour disputer d’interminables parties de backgammon et entamer leur troisième litre de thé de la journée.
Nous trouvons refuge chez Aziz et Farida. Ils nous proposent une chambre et nous invitent illico pour le repas du soir. Les içli kofte (boules de boulgour malaxées à la main et farcies au mouton) de Farida sont divins.
Pour bien finir la soirée, Aziz nous invite à grignoter des pistaches (les meilleures de tout le continent nous dit-on) en écoutant des musiciens kurdes dans une taverne du centre-ville. Les kurdes sont extrêmement festifs et dès les premières notes, les tables sont mises de coté pour laisser place à une horde de danseurs endiablés. Impossible de résister à ces rythmes enchanteurs. Mais les danses locales ont leurs secrets et il ne fallut pas longtemps à tous ces chorégraphes confirmés pour se moquer gentiment de notre maladresse.






























Salut les louloutes,
on vous suit toujours avec attention, et non sans une certaine curiosité quand vous nous décrivez vos découvertes… on espère que tout va toujours bien, et que votre visa va finir par arriver… histoire que vous cessiez de nourrir les puces de votre chambre d’hotel
on pense à vous!
hii how are you? I am aykut
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