Au coeur de la Perse
Mardi 18 mars 2008 et mercredi 19 mars 2008, Iran
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Les toits de Yazd sont parsemés de « bagdirs », ces tours du vent qui capturent le moindre pouce d’air dans ces conduites rafraîchies par des bassins d’eau froide. Cet ingénieux système est l’ancêtre de notre climatisation.

Yazd et sa région représentait pour notre projet une étape importante. Nous trouvons dans ce coin du pays d’étonnants systèmes d’approvisionnement en eau. Les « qanats » sont d’interminables canalisations souterraines creusées à la main qui permettaient aux villages d’être reliés par un réseau d’eau douce. Ces tunnels peuvent atteindre plusieurs dizaines de kilomètres de long. Les villageois pouvaient ainsi accéder à l’eau en se rendant aux puits édifiés tous les 200mètres. Malgré l’abandon progressif de ce système ancestral, nous avons pu visiter des qanats encore utilisés aujourd’hui et les constructeurs spécialisés ont paraît-il de beaux jours devant eux.

L’aliment de base est ici le chameau. A chaque coin de rue, les bouchers suspendent les carcasses de ces seigneurs du désert.

Au sud de la ville, sur de petites collines arides se dressent deux « tours du silences ». Leur utilisation à des fins funéraires est interdite depuis les années 1960, mais de nombreux curieux viennent encore visiter ces édifices zoroastriens.
Nous rejoignons Yazd par la route du Sud. Les chameaux sauvages sont nos seuls compagnons de route.

Nous souhaitons faire une halte au petit hameau de Chak-chak, berceau de la religion Zoroastrienne et haut lieu de pèlerinage. Les Zoroastriens vouent un culte au feu, à la terre et à l’eau. Ils considèrent ces éléments comme sacrés. Pour ne pas souiller la terre et l’eau, ils abandonnent leurs défunts dans les fameuses « tours du silence » où les corps seront dépecés par les vautours. Cette conception sacrée de l’eau offre un sujet intéressant que nous développerons au sein de nos comptes rendus du projet Noria.

Nous déposons nos bagages à Yazd. Cette ville au cœur du désert fut autrefois au centre du négoce caravanier. Aujourd’hui encore, Yazd est une ville de caractère.
Samedi 15 mars 2008 et dimanche 16 mars 2008, Iran
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Nous rencontrons Camille, un jeune voyageur toulousain à qui nous proposons une petite excursion deux-chevalesque dans le désert de Lut. En bon français, il ne peut refuser une pareille expérience. Le désert constitue un terrain de détente inespéré et nous nous offrons quelques moments d’excentricité.

Au pied d’un relief rocailleux, nous découvrons une oasis sans nom. Un petit paradis ou l’eau est pure et abondante, où les arbres offrent la meilleure ombre, et les premières fleurs colorent le paysage. Un spectacle qu’on croirait sorti d’un songe. Un Eldorado.
Sans même prononcer un mot, nous avons tous les trois la même idée : nous resterons ici quelques temps.
Nous établissons le bivouac à l’ombre de quelques arbres, tout près des clapotis de l’eau de source.

Une fois le bois mort recueilli, les pierres du foyer rassemblées et les couchages organisés, nous nous mettons en quête de notre repas du soir.
Nous avons repéré dans les eaux limpides qui courent le long des parcelles, de petits poissons argentés. Nous nous mettons d’en l’idée d’en pêcher quelques uns pour la pierrade de ce soir. Pari gagné ! Après de multiples tentatives infructueuses, plusieurs techniques inefficaces, nous parvenons à capturer les monstres aquatiques que nous dégustons sur une pierre chaude, éclairés par la lune (après examen de la taille des proies, nous optons pour les accompagner d’un peu de boulgour et de quelques saucisses au poulet…cuites sur la grille de ventilateur de Rustine !).
(Les clichés où nous apparaissons tous les deux sont l’œuvre de Camille, Nous tenons à le remercier pour sa participation).
Vendredi 14 mars 2008, Iran
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Sur la route de Nai’n, en quittant Ispahan, nous remarquons à l’horizon, dans le désert qui s’étend vers le nord, une étrange silhouette architecturale qui attise notre curiosité. Un château de terre ocre ? Une citadelle de sable ? Un bastion zoroastrien ? Nous quittons la route pour en avoir le cœur net. En s’approchant de l’enceinte sur la piste de sable, nous découvrons un sublime caravansérail à l’abandon d’une taille impressionnante. Il s’étale sur plusieurs hectares, entouré de toutes parts par l’immensité du désert. Malgré le poids des années et l’hostilité de ce climat sec et venteux, les tours et les minutieux détails des portes en bois sont encore nettement préservés. Dans les abris voûtés qui le composent, les traces fraîches de moutons témoignent du passage récent de nomades. Nous nous perdons pendant plus d’une heure dans l’édifice, explorant chaque salle, chaque porte, chaque toit. Combien de temps faudra-t-il pour que ces vestiges disparaissent parmi les dunes du désert ?
(Cliquez sur les photos pour les agrandir)
Au moment du départ, une marche arrière à l’aveugle projeta dans un bruit apocalyptique notre pauvre Rustine dans… un puits. Bercés par ce silence et cette immensité, nous en avions oublié les vices du désert. Nous voilà donc posés sur le châssis, la roue arrière gauche disparue dans la cavité profonde. Une fois de plus, nous vidons entièrement la voiture. Une grosse pierre calée sous la roue pendante, nous nous armons de la pelle, du levier et de courage, et nous dégageons petit à petit le bas de caisse. Nous formons alors une piste de remblai pour chaque roue et parvenons enfin à sortir Rustine. Par chance, le châssis à tenu le coup.


Nous nous enfonçons dans le désert direction Garmeh, une petite oasis dont on nous a fait des éloges. Le vent chaud nous offre une tempête de sable dont les grains craquent sous nos molaires.

L’oasis de Garmeh est un véritable havre de paix. Les petits canaux d’irrigation gravitaire sont entretenus quotidiennement par les villageois afin d’approvisionner en eau leur belle palmeraie. Seul le crissement des larges ramures des palmiers-dattiers brisent le silence du désert.
L’oasis de Garmeh et son réseau hydraulique traditionnel seront présentés dans le documentaire du projet Noria.
Nous logeons chez Maziars, dans sa maison traditionnelle parfaitement rénovée. Nous partageons de divines spécialités à base de chameau et d’inoubliables improvisations musicales.

Du lundi 10 mars 2008 au jeudi 13 mars 2008, Iran
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Les visages se noircissent au fil des kilomètres parcourus vers le Sud. Le soleil se montre plus insistant. Nous roulons doucement vers Ispahan.
« Ispahan ». Une ville qui résonne dans nos têtes depuis notre tendre enfance. Un nom enchanteur qui rime avec « Orient », avec « Couleurs », avec « Magie ». Ispahan nous évoque la Perse ancienne, faste et infiniment riche de beauté et de poésie. Elle nous promet des merveilles d’un autre monde ; celui des puissants califes, de leurs turbans multicolores, de leurs femmes gracieuses et de leurs caravanes de chameaux. Le monde de la route de la soie.
Voila à quoi nous songeons à notre entrée dans la ville. Autant dire que nous ne comptons pas être déçus.
Nous posons nos bagages à l’auberge Amir Kabir. Le gouvernement n’a laissé aucun autre choix aux visiteurs qui sont littéralement refoulés des autres établissements. Nous négocions une chambre pour quelques rials. L’auberge se situe à seulement quelques minutes de marche de la fameuse place de l’Imam qui fait la réputation de la ville, mais que nous nous refusons d’aller découvrir dans la précipitation. D’abord, tâter l’ambiance de la ville, rencontrer ses habitants. Prendre la température, s’imprégner de son caractère…
Nous descendons la rue Abbasi en s’étonnant à chaque pas de la tranquillité du centre ville. Les gens qui nous entourent semblent flâner, errer sans aucun but. Ils font halte parfois sur un des nombreux bancs qui ornent l’avenue pour déguster une boule de glace, un verre de maïs ou de vermicelles glacés. D’autres, en ce début d’après midi sont tombés depuis bien longtemps dans les bras de Morphée, étalés sur les pelouses, à l’ombre d’un arbre.
En nous dirigeant vers le sud, nous croisons par le plus grand des hasards notre compagnon de route de Turquie, Michael, avec qui nous avions partagé notre piaule dans le froid d’Erzurum. Tout cela nous paraît bien loin sous ce soleil de plomb.
Nous longeons ensemble la rivière Zayandeh, enjambée par ses ponts spectaculaires sur lesquels les derniers rayons du soleil se posent timidement. Prenant sa source dans le massif du Zagros, ce cours d’eau se perd dans les dunes du désert du Dasht-e-Kavir.

En passant par le bazar, nous retrouvons les éternels charriots qui grincent sur la terre battue. De vieux manutentionnaires avertissent de leur passage par des « yallah » qui raisonnent sous les voûtes de briques rouges. Les Imams, leurs corans sous le bras, rejoignent leurs mosquées de prédilection, et se croisent d’un pas pressé et, dans les dédales des couloirs.

De superbes monuments sont érigés de toutes parts. La nuit, chaque mosquée ou madrese (écoles coraniques), aussi simple puissent-elles paraître de jour, prennent des reflets somptueux et dévoilent des mosaïques insoupçonnables.

Au coin des ruelles se cachent de petites chaikhanes, ces maisons de thé populaires ou l’on fume le narguilé en se délectant des aromes de la boisson brûlante, aussitôt sortie des samovars en cuivre.

Si Ispahan est par essence même le joyau de l’architecture persane, elle n’aurait pas ces honneurs sans la fameuse Place de l’Imam. La beauté de ce lieu est indescriptible. Qualifiée de « Naqsh-e-jahan », littéralement « modèle du monde », cette imposante place (la deuxième du monde en taille) abrite à son extrémité sud, la majestueuse Mosquée de l’Imam. A elle seule, cette dernière mérite le voyage en Iran…même en deux-chevaux. Ses dômes sont couverts de délicates mosaïques bleutées parfaitement assemblées et ses motifs minutieux ne peuvent laisser l’observateur de marbre (contrairement à ses colonnes qui le sont). Les proportions du monument sont toutes aussi étonnantes.
Mais puisqu’il faut savoir se taire face à de telles beautés, voici quelques photos.
Sur l’enceinte est de la place est établie la non moins somptueuse mosquée Sheik Lotfollah.
Lors de notre passage au consulat français à Téhéran, notre voyage a suscité à notre grand plaisir un vif intérêt de la part de certains hauts représentants français. L’un d’eux nous suggérait alors de composer de sa part, à notre arrivée à Ispahan, un numéro qu’il griffonna au dos de sa carte. L’homme au bout du fil n’était autre qu’un descendant de la famille royale Qadjar. Ce dernier, averti de notre visite, s’empressa de nous inviter à déjeuner dans ses appartements. Surpris par cette spontanéité, nous époussetons tant bien que mal notre unique tenue de voyage et tentons en vain d’avoir une apparence digne de la situation. Mais en nous ouvrant la lourde porte de sa demeure, notre hôte nous mis rapidement à l’aise. Le prince est francophile et parfaitement francophone. Il nous invite le plus simplement du monde à entrer. Nous pénétrons alors dans un hall somptueux puis dans un autre, jusqu’à un premier salon, émerveillés par les objets et les œuvres d’art qui décorent les murs et les plafonds. Un imposant lustre d’opaline illumine un superbe tableau original de Mme de Pompadour. Des services en cristal du 18ème, dans un dégradé de couleur, trônent sur une commode Renaissance. Nous sommes accueillis dans ce décor éblouissant avec une gentillesse de la même ampleur. Comprenant que nos yeux n’ont rarement vu de tels trésors, notre hôte, amusé, nous propose une visite. Les salons et les salles de réception, privées et officielles se succèdent avec cette même splendeur. Nous ne pouvons contenir notre admiration face à ces merveilles et cet accueil. Une demi-heure plus tôt, nous sortions de notre dortoir lugubre, notre sac à dos sur les épaules, et nous voila dans un palais royal, chez un prince en personne…Invités ? Non ! « Amis » insiste-il.
En quel honneur ? Nous n’avons pas eu le temps de comprendre….ni même de nous poser la question. Toujours est-il que nous sommes là, un peu hébétés par cet étonnant hasard, entre les tableaux achetés aux enchères dans les plus beaux musées du monde, les meubles antiques sertis d’or, les tapis de soie ; à prendre le repas avec Son Excellence, son amie et une vieille dame qui ne fut autre que sa prof de français…

Servis par un beau petit monde qui s’affaire autour de nous, nous passons l’après midi à boire des thés au safran, discuter de peinture, d’art et d’histoire. A rire aussi, au sujet des dirigeants iraniens, des mœurs occidentales… Nous passons une demi-journée hors du temps, oubliant le monde extérieur et toutes les obligations que nous nous étions pourtant promis de régler aujourd’hui. Une expérience inoubliable que nous ont fait vivre des gens hors du commun…des gens que nous ne saurions remercier à la hauteur de leur accueil.
Dimanche 9 mars 2008, Iran
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Le jour se levait à peine quand nous sommes réveillés par un bruit de métal. Une sonorité quelque peu surprenante en plein désert, d’autant qui provient d’à peine quelques mètres. En levant les yeux, nous apercevons à moins de 2 mètres, un superbe coyote qui, alléché par les parfums de notre repas de la veille se délecte du fond de notre casserole. Nous contemplons cet étonnant spectacle jusqu’à ce que notre audacieuse convive s’éloigne doucement en trottinant, en jetant quelques regards étonnés en notre direction.



Après une paire d’heures de binage, de raclage et de remblayage, nous extirpons Rustine de cette situation humiliante.

Nous reprenons la route vers le sud.
Kashan est un patelin tranquille aux couleurs ocre qui caractérisent ces villes grillées par le soleil. Les Rois Mages en seraient originaires.

Cette halte nous paraît d’autant plus agréable que nous quittons la Capitale chaotique. Derrière ses rues bordées par l’ombre bienfaisant des platanes, des pins et des cyprès, se cachent de majestueuses demeures de sable qui appartenaient jadis à de riches familles persanes. Elles pouvaient accueillir, en plus des propriétaires, des dizaines d’invités et autant de subordonnés. Les bagdirs, tours du vent, ancêtres des climatiseurs, trônent sur les toits et recueillent, par leurs volets chaque souffle de vent. Ces minces courants d’air sont alors acheminés par des conduits dans les pièces du bâtiment après avoir préalablement balayé un bassin d’eau fraîche.
Ces résidences familiales sont aujourd’hui restaurées et ouvertes au public en tant que musées.

En quittant la ville, bien avant le village de Natanz, nous sortons des chemins battus et rejoignons une fois de plus le désert pour y établir notre bivouac. Le sol rocailleux sur les flancs d’une petite colline stérile sera notre lit pour cette nuit.
Samedi 8 mars 2008, Iran
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Fatigués de la pollution atmosphérique, du trafic anarchique, mais nos sésames en poche, nous quittons Téhéran. Une fois notre réservoir et nos jerricans remplis, nous prenons la route du Sud en direction de Kashan.
Il nous faudra plusieurs heures pour sortir de la tumultueuse capitale. La nuit arrive vite et à quelques dizaines de kilomètres de là, nous décidons de quitter le bitume pour nous perdre dans le désert vallonné qui nous entoure. Alors que nous scrutons, parmi les bas épineux et les obstacles pierreux, un coin propice à l’installation de notre bivouac, nous nous faisons surprendre par un lit limoneux d’un petit ruisseau asséché.
Depuis notre sortie de route, il n’est pas question de réduire de vitesse sous peine de nous ensabler. Mais malgré ces précautions, Rustine s’échoue dans ce piège naturel. Le sable atteint le châssis et les roues sont profondément ensevelies. Considérant la situation, nous nous accordons à estimer le temps de désensablement à plusieurs heures. Soit ! Nous dormirons là ce soir.
Nous déplions nos couvertures au pied d’un arbuste et nous allongeons, les mains sous la nuque, les yeux dans les étoiles.























































































Vous etes trop beau! deux petites betes laches en pleine nature!
Salut Les voyageurs,
super content de vous relire et de voir que tout semble aller pour le mieux. Tous vos textes, péripéties et images me font sortir un peu de ce temps pourri qui c’est installé en Lorraine depuis un bon bout de temps.
Bonne continuation et à bientot
Bisous
Est ce que Nicolas BOUVIER a un lien de parenté avec le Professeur Bouvier-Le-Duc de l’hopital VELPO ?….
….Et Fab, ravi d’avoir fait un bref séjour chez tes parents à Montpellier et Vive MARIUS et du coup vive Tonton Fab et Tata Coco !
Bonjour
Il y a quelque temps que je suis votre aventure.
Vous me donnez une furieuse envie d’aller visiter l’ Iran avec ma dedeuche mais ce seras pour plus tard. Pour l’instant je prépare mon départ en 2cv pour l’Afrique du sud.
Si un jour vouds donnez une conférence sur la région parisienne je serais heureux d’aller vous voir.
En attendant prenez du plaisir à voyager.
Amicalement
Bernard
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