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Norouz, les montagnes noires ou le décrassage clandestin

28 mai 2008 2 commentaires

Du dimanche 6 avril 2008 au mardi 8 avril 2008, Iran

Drap iran

Nous retrouvons Zahedan et ses tourments pour un bref passage éclair. Rustine est toujours là et nos militaires itou. Après la prière, les clients de l’hôtel sortent en masse de la masjid (mosquée improvisée dans une chambre vide). Dans le couloir crasseux, une bande de routiers m’interpellent alors pour boire le thé. Ils sont Pachtounes, Baloutchis, Afghans, Azéris, tous faisant éloge de leur pays, de leur communauté, dénigrant leurs collègues avec des rires tonitruants et des tapes dans le dos.

Mais c’est l’heure de prendre la route pour la frontière pakistanaise. Mirjaveh, le poste frontière nous attend à 80 kilomètres de là (dépendants de nos escortes successives, sept heures de route nous sont nécessaires !). A notre arrivée, nous voyons les grilles frontalières se fermer sous notre nez. Nous avons quitté l’Iran, mais ne sommes pas encore au Pakistan. No man’s land. Zone franche. Heureusement, un petit motel est là pour porter secours aux infortunés. Infortunés, c’est le cas de le dire. Nous avons justement plus un Rial en poche, et le manager n’accepte pas les roupies pakistanaises. Nous faisons les yeux doux à notre voisin de chambre qui accepte finalement de nous changer quelques euros que nous avions gardé pour ce genre de mésaventure.

Nuit frontalière

Du lundi 31 mars 2008 au samedi 5 avril 2008, Iran
Drap iran

Nous retrouvons Yazd que nous avons quitté 7 jours plut tôt.

Yazd, vue du ciel…photo de photo

Nous profitons de notre retour dans cette ville qui nous est maintenant familière pour faire part à un artiste local d’un petit caprice que nous avons en tête depuis longtemps. Nous voulons décorer Rustine d’un vers en écriture persane du grand poète Hafez : « Les beautés du persan sont des sources de vie, échanson, va le dire aux pieux vagabonds ». Majid, peintre et dessinateur de renom, accepte de nous rendre ce service. Profondément touché par l’intérêt que nous portons à l’art et à la culture iranienne, ce dernier nous donne même rendez-vous dans son atelier pour une petite surprise. Accompagné par Ahmed, son élève, nous nous rendons dans sa galerie où sculptures, aquarelles et photos couvrent les murs. A peine arrivé, me voilà poussé sur une chaise sous un spot brûlant. Cinq minutes plus tard, Majid me tend un portrait de moi étonnamment réaliste. Sacré talent.

Alter-égo

Majid et son équipe

Pour officialiser notre amitié, nous sommes invités à diner chez Majid. Les plats sont aussi diversifiés que raffinés. Nous sommes présentés au reste de la famille qui nous accueille comme leurs propres enfants.

Repas en famille

Repas en famille 2

Toute la famille de Majid se joint à lui pour nous convier à la sortie du vendredi. Ils ont tous coutume de se retrouver, le jour sacré de la semaine, à leur maison de campagne, dans le village de Dehbala, à quelques 60 kilomètres de là. Nous y passons un moment fabuleux, intégrés à cette grande famille joyeuse, goûtant des mets délicieux et discutant de botanique sous les fleurs des cerisiers.

Après-midi à la campagne

Après-midi à la campagne 2
Dimanche 30 mars 2008, Iran
Drap iran

Nous apprenons par notre ami Pakistanais Bashir que le Congrès International de l’Agriculture qui devait se dérouler dans une semaine à Quetta est annulé. Le renversement du gouvernement pakistanais de la semaine dernière et la soudaine mise à l’écart de son chef d’état, le Général Musharraf, en est la cause. Le pays étant en pleine ébullition et les attentas suicides se multipliant dans les grandes villes pakistanaises, nous décidons de prendre les devants et demander ici notre visa pour l’Inde.

Portrait

Pour nous rendre au minuscule consulat indien, la tâche n’est pas aisée et il nous faudra faire preuve d’une grande patience. Une escorte fait le pied de grue à l’entrée de notre hôtel et pour tout déplacement, aussi ridicule qu’il soit, nos soldats sont immanquablement sur nos talons. Pour traverser la rue à la recherche d’une miche de pain ou quelques fruits, ils ne nous lâchent pas d’une semelle. Alors nous rendre à l’autre bout de la ville s’avère être un vrai défi pour les nerfs. De plus, chaque voiture à son secteur. A chaque centaine de mètres parcourus à bord de leur véhicule, nous devons attendre la relève. Le trajet de deux kilomètres entre notre hôtel et le consulat, fort d’une logistique désastreuse, nous prend la journée. Nos nerfs sont déjà à vif quand le consul nous apprend alors que la durée d’obtention du document est d’une semaine minimum. Rester une semaine de plus dans cet enfer est inconcevable.

Piaule de Zahedan

Plutôt que de croupir dans notre chambre d’hôtel miteux, nous prenons une décision aussi rapide qu’unanime : une fois la demande effectuée, nous retournerons dès aujourd’hui à Yazd, en bus cette fois, jusqu’à la délivrance du visa. 14 heures de trajet nous attendent, 890 kilomètres à contre courant de notre voyage, et pourtant, nous sommes soulagés de quitter la ville.

Dans cet environnement incertain, la seule option raisonnable concernant Rustine est de la laisser dans un commissariat. Décrétant que la nonchalance et l’antipathie dont ont fait preuve nos militaires durant nos longues heures d’escorte valaient bien ce petit service, nous déposons notre carrosse devant une caserne de police en leur faisant comprendre que nous espérons bien la retrouver dans le même état et que nous les tiendrions pour responsable dans le cas inverse. Face à la désapprobation du chef et au départ imminent du dernier bus - ultime chance d’échapper au triste sort qui nous pend au nez – nous ne lui laissons pas le choix et lui jetant un regard plein d’avertissements, nous lui tournons le dos pour sauter dans le bus.

Bus iranien

Nous nous dirigeons pour la première fois vers l’ouest. Les têtes chevelues des dromadaires dépassent des dunes de sable. Les postes douaniers se succèdent, faisant descendre en pleine nuit tous les passagers, ouvrant, vidant et vérifiant un par un les bagages. Petite astuce pour gagner un peu de temps : faites dépasser un soutien-gorge à l’ouverture du sac et vous verrez des reflets écarlates monter aux joues de l’agent iranien. Il passera sans aucun doute son zèle sur le bagage du voyageur suivant.

Samedi 29 mars 2008, Iran
Drap iran

La relève de l’escorte est assurée. Nous reprenons la route vers l’est, précédés par nos nouveaux anges gardiens qui, délogés de leurs thés fumants, semblent aussi enchantés que nous de leur nouvelle mission. En voyant notre bolide et craignant alors de devoir consacrer la semaine pour rejoindre la prochaine équipe, un militaire inquiet nous interroge : « Et à quelle vitesse maximale roule votre tacot ? »

Rustine bien protégée
Nous devons, pour rejoindre la lugubre ville de Zahedan, traverser 330 kilomètres de désert. Nos gardes du corps ne pouvant nous assurer que nous y trouverons de l’essence - Zahedan semble être un sujet de conversation à éviter ici. Nous avons eu toutes sortes d’échos assez décourageants concernant cette ville frontalière – nous remplissons à la seule station service notre réservoir (20L) et nos jerricans (2×20L).

Les escortes se multiplient. Après chaque vingtaine de kilomètres parcourus, une nouvelle équipe nous ouvre la voie. Si certains sont assez consciencieux dans leur tâche, aucun ne fait du zèle, et quelques-uns, non scrupuleux, nous donnent carrément rendez-vous au prochain poste de police. C’est dans ce contexte qu’un de nos pneus rend l’âme. Seuls sur le bord de la route, les reliefs afghans en face de nous et une petite boule au ventre, nous débattons du bienfondé de ces mesures de sécurité tout en changeant la roue défectueuse. Dans le doute, nous envoyons alors à nos sauveurs absents nos compliments pour leur sens du devoir.

Pas vraiment le choix…

Retrouvailles

Zahedan, préfecture du Baloutchistan iranien, est à la hauteur de sa réputation. Nous entrons dans un autre monde. Coincée entre les montagnes noires à l’ouest où les armes se vendent sous la tunique, la frontière afghane au nord où les groupuscules terroristes ont leurs bases et le désert Baloutche pakistanais à l’est, qui est le théâtre des plus importants trafics d’opiacée et d’autres drogues en tous genres, Zahedan se fond dans l’ambiance locale.

Les gens ont changé d’allure et de faciès. Les épaisses barbes sont de rigueur, les longues tuniques tombent sur les pantalons amples, quelques turbans font leur apparition. Les sourires sont rares et les discussions sont difficiles. Peu d’étrangers passent dans le coin, et, sans que nous soyons les malvenus, l’atmosphère est loin d’être chaleureuse. Le cadre est brut, sévère. Peut être est-ce dû à l’ absence totale de femmes dans le décor. Nous espérons que, comme nous l’avons entendu, la gravité de ces regards ne franchit pas les limites de la ville et que les prochaines escales nous feront oublier cette étape lugubre.

Vendredi 28 mars 2008, Iran
Drap iran

En direction de Bam, au sud du Dasht-e-Lut, la chaleur devient de plus en plus présente. La capote ouverte, nous croquons les délicieuses figues séchées d’Estabhan et de savoureuses pistaches.

Bam constituait, il ya quelques années encore, un des joyaux des nombreux vestiges du pays. Avec Persépolis et Ispahan, la citadelle de Bam a séduit les voyageurs depuis plus de cinq siècles. Cependant, la magnificence de ce site enchanteur s’est subitement volatilisée le matin du 26 décembre 2003 lorsqu’un tremblement de terre de 6,8 sur l’échelle de Richter frappa la ville, ses habitants et sa somptueuse citadelle. Plus de 25 000 personnes ont été tués par ce désastre. Près de 80% de la ville fut détruite. Aujourd’hui, plus de 4 ans plus tard, nous trouvons la ville comme si le séisme s’était produit la veille. Par manque de capital, peu des rescapés ont pu reconstruire leur logement et les rares institutions humanitaires internationales ont aujourd’hui mis les voiles. Au beau milieu des ruines, seuls les eucalyptus centenaires et les palmiers-dattiers demeurent sur pieds. Les infrastructures, services publics, administrations sont quasi-inexistants. Le bazar fait bien pale figure : les échoppes ont élu domicile dans des containers de fret, bien rangés les uns à coté des autres, formant des rues métalliques et rajoutant au triste spectacle de la ville un caractère désolé. Nous percevons dans les yeux des habitants une tristesse sans précédant dans notre voyage.

Le nouveau “bazar” de Bam

Pour ajouter un peu de grisaille à tout ça, en entrant dans la ville, nous pénétrons aussi dans la zone dite sensible de notre itinéraire. A partir d’ici, et jusqu’au cœur du Pakistan, les gouvernements iraniens et pakistanais exigent que nous soyons accompagnés d’une équipe militaire. Ici, elle s’appelle Javar, Massoud et Azadi.

Malgré nos poissons-pilotes sur le dos, nous décidons de visiter ce qui reste de la citadelle. Si nous n’avions pas vu de photos du site avant le désastre, nous aurions bien du mal à imaginer le spectacle que découvraient, au cœur du désert, les voyageurs d’antan. Pour donner un semblant de vie au lieu, quelques musiciens traditionnels font raisonner leurs flûtes et leurs tambours.

Vestiges de la citadelle

Jamais sans notre escorte

Notes plaintives ou espoir musical?

Avant…

…après.

Jeudi 27 mars 2008, Iran
Drap iran

Le bitume qui s’étend jusqu’à Kerman semble être déroulé sur une mer de sable et de cailloux. « Au prochain arbre, on s’arrête pour manger ! ». Malgré la bonne idée de Coralie, il a fallu attendre 30 kilomètres pour que la condition soit satisfaite.

L’opium est partout. Invisible mais omniprésent. Les yeux des routiers sont creusés par ce vice. Sur cette route déserte, les rares échoppes de tôles brulantes dégagent de fortes odeurs âpres et les marchands qui les occupent ont parfois l’allure macabre qui caractérise les fumeurs de longue date.

Kerman, bien qu’elle soit rafraîchie par de grands arbres salutaires, ne présente pas beaucoup d’intérêt. Notre passage permettra au moins de faire une lessive, rapiécer les trous de nos pantalons et passer la nuit dans la chambre sordide d’un hôtel qui, par la rareté des clients, semble avoir oublié qu’il en était un.

Petit moment de lessive
Mercredi 26 mars 2008, Iran
Drap iran

La tranquillité de la nuit fut entrecoupée de quelques bruits de moteurs nasillards étouffés par la densité de la végétation. Ce sont des contrebandiers qui rallient en mobylette le désert de Lut aux ports du golfe persique par la chaîne de Zagros.

Dans le village d’Estabhan, alors que nous changeons la roue arrière-gauche crevée par les difformités de la route, Mehdi vient à notre rencontre. Avant même que nous nous en apercevions, nous nous retrouvons assis en tailleur autour de toute sa famille, à partager un repas divin préparé par sa mère. Mehdi est exploitant en figues séchées qui font la renommée de la région. Nous quittons la belle famille chargés de ces fruits délicieux « à grignoter pendant la route ».

Petit imprévu à Esthaban

Mehdi et sa famille

La nuit tombe sur Sirjan où nous avons bien du mal à trouver une chambre. Nous échouons finalement dans un trou à rat aux murs fissurés dont les lits restent inflexibles malgré le poids de notre fatigue.

Mardi 25 mars 2008, Iran
Drap iran

Persépolis nous attend. Nous arrivons à point : c’était au temps de Norouz qu’à l’époque de son apogée, la cité achéménide recevait des visiteurs venus des quatre coins de l’empire. Persépolis est un des plus grands chefs-d’œuvre de l’antiquité. Se déployant sur près de 125 000m², la cité fut édifiée au 5ème siècle avant J-C (après un siècle et demi de travaux) puis fut détruite par un incendie commandité par Alexandre le Grand qui la réduisit, en 330 av J-C, à ce qu’elle nous offre aujourd’hui. Même si la magnificence du site de l’époque est difficilement concevable, ses vestiges archéologiques n’en restent pas moins époustouflants.

Pérsépolis

Persépolis 2

Persépolis 3

Nous ne pouvions passer Shiraz sans faire halte au mausolée du grand poète persan Hafez. Nous ne sommes pas tout seul. Fils spirituel du pays, Hafez demeure dans le cœur de chaque iranien. Dans chacun de ses ghazal (poème), le lecteur y interprète sa destinée. Il est de coutume de se faire tirer au sort un de ses vers par une perruche et d’y lire conseils et fortune. Les iraniens se vouent à ce rituel avec le plus grand sérieux.

Tirage au sort des prophéties d’Hafez

Rien ne reste des vignes dont le cépage a rendu la ville de Shiraz si célèbre. Si ce n’est quelques coteaux à l’entrée de la cité, tristement destinés à produire un jus de raisin médiocre et bon marché. Il y a peu de temps encore, l’Iran était le pays de la poésie, des fleurs et…du vin. Nous arrivons visiblement trop tard !

En remontant vers le nord-est, en direction de Kerman, nous faisons halte en bordure d’un immense lac salé, dans un vaste périmètre irrigué où s’étend à perte de vue la verdure des amandiers. Bravant les interdits, nous installons entre quatre arbres notre douche solaire et oublions notre pudeur pour une ablution clandestine.

Bivouac au lac salé

Installation de la douche

Douche furtive

Allongés sur notre couverture, les yeux dans les étoiles, Coralie me demande : « On est à combien de kilomètres de chez nous ? ». Nous venons de passer les 16 000 kilomètres.

Lundi 24 mars 2008, Iran
Drap iran

En considérant notre dur labeur, si certains se demandent pourquoi les voyageurs étrangers de passage sont mis à dure épreuve de la sorte, voici un semblant d’explication : Norouz. Pour donner une idée, Norouz est en Iran ce que Noël est chez nous : Deux semaines de vacances où le pays est littéralement paralysé, amputé de ses moindres fonctions publiques, des ses transports, de ses commerces. Immobilisation totale.

Deux semaines ou les enfants sont pourris gâtés, où les familles se retrouvent à l’autre bout du pays, donnant aux routes iraniennes l’impression de colonnes de fourmis incarnées par des voitures de tout poil coiffées de formidables baluchons qui tanguent sous l’effet de la conduite périlleuse de leurs propriétaires. Le manque général d’engouement pour le travail pousse même le corps policier à réquisitionner de jeunes pré-ados boutonneux pour faire la circulation à l’angle des intersections encombrées.

Deux semaines ou les tentes multicolores dominent le paysage iranien. Les familles alors entièrement reconstituées établissent le campement sur les ronds-points, sur les places des villes, sur le bord des routes…La simple pause générée par une subite envie de thé peut se transformer en un bivouac de trois jours. C’est ainsi qu’à travers tout le pays, à la période de Norouz, les tentes aux couleurs criardes, les samovars à gaz, les nattes en osier, les couvertures moelleuses prennent possession de la moindre touffe d’herbe. Les iraniens sont incontestablement les rois du pique-nique.

Pique-nique de Norouz

Mais Norouz est avant tout la célébration de la nouvelle année. A l’équinoxe du printemps, depuis plus de 2500 ans, chaque iranien prépare cet évènement. Il est de coutume de procéder alors à un grand nettoyage de printemps. Puis chaque foyer dresse sur un petit autel les sept éléments qui symboliseront l’arrivée de la nouvelle année. Le nom farsi de chacun de ces articles commence par la lettre « S ». Chaque jour durant la semaine précédant le jour « J », ils ajouteront un de ces objets sur la petite table : une pomme, un œuf, du vinaigre, de l’ail, des graines, des pièces de monnaie, et…des poissons rouges.

Table des “haft seen”

Dans les ruelles, les familles s’affairent pour réunir les « haft seen » (les sept « s »). Dans de larges bassines posées sur les trottoirs s’amassent (comme leurs cousines les sardines) les poissons colorés. Ils semblent se douter que leur sort dépendra de la délicatesse du petit garnement qui les choisira. Beaucoup ne passeront pas la semaine.

Les victimes de Norouz

Les victimes de Norouz 2

Autour de Yazd, deux villages ont attiré notre curiosité. Meybod et Ardakan ont gardé en leur cœur d’étonnants systèmes hydrauliques traditionnels. Nous y faisons halte pour nous rendre compte de l’architecture exceptionnelle des réseaux de qanats et des glacières traditionnelles, imposants dômes de sables qui préservent jusqu’à la saison chaude l’eau glacée par le froid hivernal.

Qanat de Meybod

Qanat de Meybod 2

Une glacière ancestrale

Avant de quitter la ville de Yazd, remarquant une petite faiblesse au niveau du châssis de Rustine, nous décidons de faire une fois de plus un peu de vide dans nos affaires. Chaque gramme a son importance. Nous nous séparons d’une de nos deux roues de secours et de bien d’autres accessoires. Nous confions d’autre part une de nos cantines métalliques pleine à craquer à Julian. Julian est un intrépide bourlingueur Anglais mais bouddhiste (bouddhiste mais Anglais ?) qui se rend en Inde du Nord-est à bord de son camion aménagé. Les routes Pakistanaises ont la réputation de ne briller que par leur absence…quelque soit le chemin qu’il prenne, il n’y a nul doute que sa « maison sur roue » tiendra plus le coup que notre modeste deux-chevaux. Fidèle à sa confession, Julian accepte avec plaisir de nous rendre ce grand service. Une fois en Inde, il nous laissera quelque part sur sa route notre bagage que nous viendrons récupérer …à moins que nous nous y retrouvions ! « Inch’Allah ».

En descendant vers Shiraz, nous prévoyons de visiter l’immanquable cité de Persépolis. Mais en cette période de Norouz, mieux vaut s’y rendre très tôt le matin. Nous décidons donc de bivouaquer à une dizaine de kilomètres du site. En longeant un petit chemin sec, nous débouchons sur une vallée pierreuse mais d’un charme indéfinissable. Rustine se fraie un passage au beau milieu des troupeaux des nomades Quashqa’i, qu’ils mettent à l’abri des prédateurs en s’armant de vieilles pétoires portées en bandoulière.

Malgré l’isolement de notre repère, d’autres familles iraniennes occupent les lieux. A la nuit tombée, le chant joyeux des femmes s’échappent des feux de camp.

Bivouac près de Persépolis

Bivouac près de Persépolis 2

Du jeudi 20 mars 2008 au dimanche 23 mars 2008, Iran
Drap iran

Lors de notre séjour à Yazd, le responsable de l’hôtel nous proposa de donner un sens à notre séjour en nous offrant l’opportunité de faire un peu de travail manuel. Les entrailles d’acier de Rustine refusant depuis quelques temps de céder aux perversités du voyage, et considérant que par manque d’obligations mécaniques nos doigts s’engourdissaient un peu, il nous a paru effectivement qu’un peu d’activité utile et concrète ne pouvait pas nous faire de mal. Nous écoutons sa proposition. Elle consiste à nous rendre dans le petit village de Kharanaq, à 50km au nord de Yazd, et donner un coup de pouce à l’aménagement d’une future maison traditionnelle destinée à accueillir les voyageurs de passage. Le logement et la pitance nous seront offerts en échange de nos services. Excites à l’idée de transpirer un peu pour une noble cause, nous acceptons la proposition. Nous embarquons avec nous Heni, dite « sea shell », une voyageuse japonaise qui fait notre itinéraire à reculons.

A tort, les étrangers ne se bousculent pas pour visiter l’Iran. Mais cette désertion touristique ne nous empêche pas de faire de belles rencontres pluriethniques et les quelques visiteurs que nous croisons sont généralement des voyageurs au long cours qui ont un tas d’aventures à partager. Par la faible concentration de ces routards, le hasard pousse nos chemins à se croiser régulièrement.

Kharanaq est un petit village de sable de plus de quatre millénaires où se dresse un caravansérail exagérément restauré et une magnifique citadelle en ruine qui laisse dépasser un minaret tremblant. A notre arrivée, on nous apprend que la guesthouse à retaper doit accueillir dès le lendemain les premiers clients. Après un rapide état des lieux, nous comprenons que quelques bras supplémentaires ne seront pas superflus. Voila comment les trois jours suivants s’écoulèrent au rythme des pelles, de la vaisselle tintinnabulante et de la manutention de matelas.

Kharanak

Minaret tremblant, Kharanak

Du haut du minaret, Kharanak

C’est ce qu’on appelle “prendre la porte”

Kharanak 2

Kharanak by night

Kharanak by night 2

Kharanak by night 3

Kharanak by night 4

Aqueduc de Kharanak

2 commentaires »

  • FloK dit :

    Enfin des news…
    content de voir et de lire que le périple continue de plus belle,
    on vous suit…

  • charlotte-emile dit :

    Salut les Jeunes,

    j’espère que la visite de tes parents vous a fait du bien. Samedi je pars sur Tanger pour faire la traversée de la Méditerranée en Vtt des mers (pédalo) pour des associations. “http://www.defipourlavie.com”

    Je penserai bien a vous et à votre Rustine.

    Bonne continuation et à bientot

    Gros bisous

    Alex

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