En terre Dravidienne
Du vendredi 27 juin 2008 au vendredi 18 juillet 2008, Inde
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En découvrant Pondichéry, Pierre Loti, lors de son voyage en Inde en 1900, écrivit :
« Oh ! La mélancolie d’arriver là dans cette vieille ville lointaine et charmante, où sommeille, entre des murailles lézardées, tout un passé français ! Des petites rues un peu comme chez nous, au fond de nos plus tranquilles provinces ; des petites rues bien droites, au maisonnettes basses, aux maisonnettes centenaires, blanches de chaux sur un sol rouge ; des murs de jardins, d’où retombent des guirlandes de liserons ou de fleurs tropicales ; des fenêtres grillées derrière les barreaux desquelles on aperçoit quelques figures pâles de femmes créoles, ou bien des métisses, trop jolies, avec du mystère indien dans les yeux.
Rue Royale, rue Dupleix. On lit ces noms gravés dans la pierre, en lettres du XVIIIème siècle, de forme surannée, comme je me souviens d’en avoir vu encore, à des coins de ma ville natale, sur quelques maisons anciennes. Rue Saint-Louis et Quay de la Ville Blanche –quay avec un y… »
Les noms des rues n’ont pas changé…et le « y » est toujours là.
Notre cercle d’amis s’agrandit. Nous trouvons un logement dans un village de pêcheurs sur la côte. Nous habitons chez une famille qui nous loue le rez-de-chaussée. Sa taille dépasse largement nos besoins mais nous nous réjouissons de disposer d’un coin cuisine. Nos plus proches voisins sont de natures assez inhabituelles : dans notre cours, deux vaches résident sous un préau de palme et tout le panthéon hindou nous lorgne des corniches du temple adjacent.
Dans la cours arrière, les ruines d’un temple ancien dépérit sous les bananiers.

Thomas et Arusha, un couple d’ami franco-indien nous prêtent pour notre séjour une Enfield Bullet. Cette moto emblématique nous permettra d’assurer nos déplacements sur le terrain et vers la ville.
L’Alliance Française nous ouvre ses classes et son auditorium pour présenter notre projet au public indien et français. Cet évènement permet de nombreuses rencontres toutes aussi passionnantes les unes que les autres. Notre projet provoque tout type d’interrogations des grands et des petits. Certaines témoignent d’une certaine incompréhension vis-à-vis de nos choix de voyage :
-« Pourquoi n’avez-vous pas pris l’avion ? »
-« Si nous avions pris l’avion, nous ne vous aurions pas rencontré »
D’autres sont bien plus terre à terre :
-« Combien vous coûte un tel voyage ? »
-« Nous avons dû travailler dur pendant plus d’un an pour rassembler les fonds. Sans compter la recherche de sponsors et de partenaires qui sont indispensables à la réalisation de ce projet »
- « vous devez être riches ! »
- « Disons que, pendant plus d’un an, nous avons choisi d’habiter dans Rustine, en quelque sorte. Nous n’avons pas de maison en France et nos économies seront nulle à la fin de notre voyage. C’est un choix. Notre bourse sera vide, mais notre richesse, celle des rencontres et des découvertes, sera finalement incommensurable. »
Certains regards semblent sceptiques, d’autres trahissent un soupçon d’admiration que nous déclinons avec sincérité :
-« Il n’est pas dur de faire ce que nous faisons. Le pas le plus dur est celui du départ. Le reste suit. Comme disait Confucius, « Un voyage, fut-il de mille lieues, commence sous votre chaussure » ».
Nous avons rendez-vous avec Prabahkar, un anthropologue de l’Institut Français de Pondichéry, spécialiste des anciennes structures hydrauliques et de la gestion traditionnelle de l’eau au Tamil Nadu. Il partage avec nous son savoir passionnant.
Nous rencontrons aussi des responsables d’Harvest, un bureau d’étude très aux faits de la situation hydrogéologique locale. Harvest travaille notamment sur la salinisation des nappes depuis le Tsunami. D’autre part, cette structure soutien les communautés rurales dans plusieurs programmes d’accès à l’eau.

Suit alors, pour notre reportage, plusieurs sorties sur le terrain à la rencontre des villageois, qui, dans certains hameaux, se réunissent pour réhabiliter les structures anciennes. En effet, tous prennent conscience que dans une zone où la sècheresse est un fléau, l’utilisation de systèmes traditionnels d’apport d’eau à l’usage domestique ou agricole, plus adaptée aux besoins, promet de meilleurs lendemains.


Pendant quelques jours, nous proposons un bout de natte en palme sous notre toit pour accueillir Céline et Christol deux jeunes montpelliérains en vacances. Les nouvelles du pays sont fraîches et notre collocation fort agréable.
Notre séjour à Pondichéry est très riche en rencontres et en nouvelles découvertes.
Mais le départ approche. Nous prévoyons de repartir après la cérémonie du 14 juillet organisé par l’Ambassade de France, qui aura lieu en grande pompe dans le superbe jardin de l’Institut Français. Champagne, pâté, fromage et orchestre sont au programme. Grâce à l’invitation dénichée par nos amis expatriés, nous passons une soirée mémorable en compagnie de nos nombreux amis.
Il est temps de faire une vérification mécanique de Rustine avant le grand départ. Nous rencontrons Sukrit. Sukrit est un jeune homme d’origine hollandaise né à Auroville, cette ville expérimentale crée en 68 qui perdure depuis sur la base d’un système social alternatif. Près de 3000 Aurovilliens vivent ainsi depuis 40 ans. Sukrit fait partie de la deuxième génération. Sa passion pour la mécanique l’a poussé à entreprendre un étonnant projet : il a réussi à récupérer une demi-douzaine de 2CV éparpillées aux quatre coins du pays et pour la plupart importées à l’époque britannique, et les remettre en état.

Il est un chef en la matière et nous propose garage et aide pour panser les petits maux de notre bolide. Sous ses conseils, nous réhabilitons le plancher (Coralie pouvait voir la route défiler sous ses pieds tant la corrosion l’avait rongé), assurons les différentes vidanges, graissons les cardans…Quelques jours ont suffit pour lui donner une seconde jeunesse.

Nous allumons le contact pour une dernière tournée des aurevoirs. Ceux de Malini, Kappu, Soundariya, Amma et le petit Faize sont les plus difficiles. Nous avons le cœur serré de devoir les quitter à nouveau. Une pluie de cadeaux s’abat sur la petite assemblée. Les larmes ont dû mal à être contenues. Quand reverrons-nous nos amies ? C’est un mystère. Mais il est des amitiés qui ne meurent jamais.


Du mardi 24 juin au jeudi 26 juin 2008, Inde
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Dernière escale avant Pondichéry où nous attendent interviews et conférences pour le projet Noria, nous faisons une halte à Bangalore. Kappu, notre amie pondichérienne nous y attend et nous fait visiter cette ville moderne aux mille illuminations. Appelée la « Silicon Valley indienne », Bangalore n’a rien à envier aux grandes villes occidentales. Exception du pays, les rues du quartier commercial sont embrasées d’enseignes clignotantes des plus grandes marques internationales de vêtements et de télécommunication. Juchés sur les tours de verre, des écrans plats font l’éloge des fast-foods et des cafés branchés. Piccadilly Circus au cœur de l’Inde. Nous n’avions pas vu un tel spectacle depuis Istanbul.
Un peu chamboulés par ce dépaysement trop soudain, nous quittons volontiers ce monde superficiel et aseptisé pour reprendre la route vers la côte Est et retrouvons Pondichéry au coucher du soleil. Nous y resterons quelques temps pour mettre sur pied les rencontres et les sorties terrains prévues pour notre reportage, et préparer la conférence que nous a proposée l’Alliance Française. Il y aura-t-il un peu de place pour un repos bien mérité…nous en doutons.

Du vendredi 20 juin au lundi 23 juin 2008, Inde
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Rustine a pris des rides. Voici trois semaines qu’elle nous attend près de la plage de Colva, dans la cours d’un ami goannais. L’humidité maritime a blanchi ses entrailles et rongé sa carcasse. Une fourmilière a élu domicile dans le coffre. Le temps a un autre cours, ici ; elle semble avoir été abandonnée depuis des années.

Pour la troisième fois, nous devons traverser les montagnes du sud et les plaines rocailleuses du Deccan. Mais au volant cette fois. Hampi est sur notre route et nous décidons d’y faire halte à nouveau. Le temps de bricoler les essuie-glaces endommagés et d’avancer dans notre travail.
Le matin, le son étouffé des balais de sarments nous arrache doucement de notre sommeil. Les vieilles dames, assises sur le parvis de notre chambre, se disputent une partie de dés dans des éclats de rires.
Nous faisons la rencontre d’un jeune couple d’espagnol. Tous deux journalistes, ils travaillent sur un documentaire abordant le tourisme alternatif et individuel afin de promouvoir les initiatives de voyage qui sortent de l’ordinaire. Ils nous proposent de figurer dans leur film. La mise en scène attire les foules et provoque le rire des enfants.
En 1856, Alexander J. Greenlaw, un explorateur Britannique fut le premier à s’intéresser à cet empire oublié. Armé de son appareil photo, il fit alors l’inventaire des temples et des édifices dont la plupart était recouverts d’une épaisse couverture végétale. Nous décidons alors, durant notre temps libre de partir sur ses traces, avec comme seuls éléments d’enquête une brumeuse carte des lieux et ses clichés noir et blanc. La comparaison entre ces photographies prises plus de 150 ans auparavant et les nôtres est parfois étonnante.

Pour voir plus de photos d’Hampi, cliquez ici
Du dimanche 15 juin au jeudi 19 juin 2008, Inde
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Nous retrouvons Panaji, la capitale goannaise aux couleurs portugaises. Autour de l’impressionnante cathédrale de l’Immaculée Conception, les vieilles maisons familiales aux balconnets charmants colorent de leurs murs de chaux les ruelles de la vieille ville portuaire. Les habitantes elles-aussi ont un faux-air lisbonnais : jupes longues à volants, chemisiers à fleurs, chevelures frisées…

Il est temps de profiter des dernières baignades sur les plages de sable blanc: mes parents doivent nous quitter et reprendre le chemin du pays. Pour notre part, c’est le moment de récupérer Rustine et de continuer notre voyage vers l’Est. Combien de temps encore serons-nous sur la route pour rejoindre le Laos? Quatre mois ? Six peut-être ?
Ces moments de séparation sont les plus durs. Dans peu de temps, l’esprit de l’aventure reprendra le dessus ; la soif de découverte qui nous a mené jusque là réinvestira nos pensées et nous conduira plus loin encore. Mais aujourd’hui, c’est un petit pincement au cœur que nous ressentons.

Du mercredi 11 juin au samedi 14 juin 2008, Inde
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Après un court passage à Panaji, nous sautons dans le train pour nous rapprocher de Hampi. Il n’est pas facile de rejoindre cette destination mais Hampi vaut mille fois les multiples changements de moyens de transport et les longues heures de voyage. Les ruines et les temples qui forment le petit village sont le témoignage du plus grand empire hindou de l’histoire de l’Inde. La civilisation de Vijayanagar régna sur le sud du pays dès le 14ème siècle. Protégés par de hauts remparts de pierre, une multitude de temples et de bazars ont été érigés au centre de cette plaine calcaire en plein cœur du plateau du Deccan. En levant les yeux, notre regard s’égare dans un paysage insolite et enchanteur. De drôles de collines de rochers démesurés surplombent le site. Sorte de pyramides de galets géants que les Dieux auraient déposés là pour donner un peu de relief à ce paysage lunaire. Les flots tranquilles de la rivière Tungabhadra divisent les quelques maisons, les édifices et les rizières. De larges ghats (escaliers) y plongent leurs pieds et offrent un accès au cours d’eau pour les ablutions, la lessive, la baignade.

Hampi n’a pas été encore défiguré par les bâtiments modernes. Protégé du tourisme par son accès difficile, aucune boutique à gadgets ne dénature l’ambiance, aucun hôtel ne gâche la beauté. Seuls de petits étals pour pèlerins se dressent au coin de la rue unique en terre rouge ; ils proposent des colliers de graines, des offrandes, des poudres multicolores pour les tikkas (« 3ème œil »). Les petits restaurants locaux nichent dans les antiques alcôves de pierres qui avaient il y a des siècles le même usage. De petites guest-house proposent des chambres dans ces mêmes habitations anciennes.

Combien de temps le calme d’Hampi, son authenticité, survivront ? Les fonds internationaux pour la préservation de ce trésor archéologique abondent depuis quelques années. Loin de critiquer l’effort de conservation qu’exige ce site, on ne peut que s’inquiéter des dérives des maîtres d’œuvres : goudronnage des chemins qui ont d’ores et déjà été engagés, concessions des plans d’aménagement à l’avantage de gros investisseurs hôteliers… Combien de temps les petite embarcations rondes qui mènent, à la pagaie, les villageois de l’autre côté de la rivière resteront-elles le seul moyen de la franchir ? Combien de temps faudra-t-il pour faire fleurir les cybercafés et les bars à bière ?

Au détour d’un rocher, sur le petit col d’un de ces étranges monticules qui nous entourent, nos cœurs se serrent en découvrant le spectacle qui s’étend sous nos yeux. Un temple magnifique se distingue à peine de la forêt qui l’enveloppe. Un temple digne du Livre de la Jungle, celui de nos rêves les plus exotiques. Abandonné à la nature, cette dernière le protège d’une couverture végétale qui offre aux singes une parfaite résidence. Ici pas de barrière, pas de ticket d’entrée…juste de l’émotion. Un buffle broute les hautes herbes de l’enceinte. Pendant combien de temps ce temple a-t-il été oublié ? Nous nous imaginons dans la peau des plus grands aventuriers, découvrant sous les lianes et les fougères des sanctuaires abandonnés à la nature et aux primates.

Le nombre exact de temples, de sanctuaires ou de sculptures monolithiques du site est difficile à définir. Derrière chaque colline, chaque cocotier, se cache une structure de granite provenant des temps les plus reculés. Mais au centre du village se dresse le majestueux Virupaksha Mandir. Ce temple de onze étages fut érigé en 1442. Il est dédié au Dieu Shiva et demeure le plus ancien et le plus imposant.
Démantelé au 16ème siècle par l’invasion des sultanats de la région, le royaume d’Hampi a laissé place à l’envahisseur qui légua au site un patrimoine islamique dont certains monuments sont encore visibles aujourd’hui, comme les étables des éléphants des empereurs moghols.
En se levant tôt le matin, à l’heure où l’absence de la barque nous oblige à traverser la rivière à gué, il est bon de boire un chai à l’ombre du grand temple. Clamés par des haut-parleurs grésillants, les chants à l’effigie de Shiva annoncent les premières puja. Les enfants, sur la route de l’école réclament un coup de main pour décrocher les avions de papiers perchés dans les neems. Plus loin, sur le bord de la rivière, on assiste alors au bain quotidien de Lakshmi (la plupart des éléphants apprivoisés du pays portent le nom de la déesse de la prospérité). La scène est magique.

Alors que nous sommes sur le départ, nous croisons une procession musicale dans les rues du village. Les tambours grondent. Le cortège se dirige vers un petit temple dressé au sommet d’une colline voisine où des sacrifices auront lieu pour rendre hommage à Kali (ou Durga), déesse de la mort. A chaque pas, une jarre pleine d’eau est versée aux pieds d’une villageoise. C’est elle, plus clairvoyante que ces contemporains, qui a été choisie pour communiquer avec les divinités.
Pour plus de photos des temples de Hampi cliquez ici

Du dimanche 8 juin au mardi 10 juin 2008, Inde
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Cochin, le chef lieu du Kerala, reflète par son architecture et son port, l’héritage qu’ont légué les premiers visiteurs européens en Inde : Les portugais. Implantés sur les côtes occidentales du sous-continent dès l’arrivée de Vasco de Gama en 1498, ils édifièrent sur le littoral de l’océan indien bon nombre de cathédrales, de ports et de villages dont certains sont encore inchangés aujourd’hui. Fort Cochin fait partie de ce patrimoine. L’ambiance qui se dégage de ces lieux en cette saison de mousson a quelque chose d’authentique et séduisant. En se promenant sur le port pavé, entre ces demeures de poutres et de chaux aux murs délicieusement décrépis par les embruns, on imaginerait volontiers une caravelle débarquer et des sacs de jute bourrés d’épices et d’or transportés par des marins sombres et énigmatiques.

Tout au long du port, d’étonnants balanciers de bois aux allures arachnéennes plongent leurs grand bras dans les fonds marins. Ce sont les carrelets chinois. Chaque quart d’heure, une équipe de pécheurs, par de curieuses acrobaties s’en vont funambuler au bout de l’armature pour lester les filets qui s’enfoncent alors dans les profondeurs. La remontée du cadre est assurée par le poids de simples rochers fermement encordés à l’autre extrémité. La prise est généralement mince mais diversifiée. Les enchères montent alors du coté des chalands qui se chamaillent autour de la plus belle pièce.

Les barques de bois reviennent du large démonté. Les filets sont vidés sur le quai où attendent les étals de poissonniers. A quelques pas, de petites roulottes proposent aux acheteurs de cuire et déguster sur place les poissons âprement négociés avec les marchands.

Ce soir, nous nous offrons un spectacle de Kathakali. Le Kathakali est une forme théâtrale typiquement kéralaise plus proche du mime que de la scène que nous connaissons chez nous. Ces gestuelles reprennent la base de rites ancestraux datant du IIème siècle. Derrière un maquillage qui vaut à lui seul le détour, ces comédiens hors du commun triturent leurs visages et leurs corps dans des grimaces et des déformations expressives qui se passent volontiers de paroles.
Pour une fois, nous ne serons pas confrontés à la barrière de la langue ! Quoique. Cette expression corporelle nécessite quelques minutes d’initiation assurées par les artistes. La « traduction » des mimiques principales étant assimilée par les spectateurs, le spectacle peut commencer.


Samedi 7 juin 2008, Inde
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Cap plein Ouest. Nous atteignons Allepey après plusieurs heures de route. Nous sommes épuisés des dernières heures, des derniers mois. Pour reprendre du poil de la bête il est convenu à l’unanimité de profiter du calme que procure une virée au fil de l’eau, sur ces « backwaters » qui font la réputation du Kerala. D’anciennes embarcations à riz, toutes de bois et de palme, sont aujourd’hui réaménagées pour le tourisme. Rien ne vaut pour ce détendre deux jours à se prélasser sur ces masures flottantes, prenant enfin le temps de lire, d’écrire, de découvrir ces canaux de l’intérieur, loin de la foule et des klaxons.

Nous réalisons que le voyage ne nous a donné que très peu d’opportunité de se reposer ainsi. La passivité a été depuis bien longtemps bannie de notre quotidien. Qu’il est bon de se laisser aller, sans aucun effort d’adaptation, de compréhension, sans aucun souci de savoir où dormir ce soir ! Loin de considérer ce long voyage comme une expérience éprouvante, il est vrai qu’un peu de répit est parfois nécessaire et la fatigue est lâche : elle vous prend sournoisement et s’accumule sans parfois la soupçonner, jusqu’à ce qu’elle ne vous offre plus d’alternative que celle de capituler.

Du mercredi 4 juin au vendredi 6 juin 2008, Inde
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« Mais c’est pas le bon train ?! ». Nous nous enquérons de la destination de celui qui nous transporte. Les informations brumeuses que l’on nous cède nous mettent cependant la puce à l’oreille. Nous ne partons pas vers Madurai comme nous le pensions. Nous avons à peine le temps de sauter à l’arrêt suivant et récupérer par miracle un autre convoi qui nous mènera à la cité dravidienne.

Madurai est une ville sale et chaotique. Citée dans de nombreux textes dès le IVème siècle, elle fut pendant longtemps un haut lieu du commerce des épices puis, celui du textile, encore important aujourd’hui. Mais si Madurai attirent aujourd’hui quelques 7 000 visiteurs par jour, c’est pour l’ancienneté et la magnificence de son temple dravidien qui se dresse au cœur de la vieille ville. Pèlerins et touristes viennent nombreux pour rendre hommage aux divinités ou admirer l’architecture étonnante de cet immense édifice. Nous sommes pour notre part un peu déçu que personne ne nous ait avertis des travaux de réhabilitation des parois extérieures : les sculptures aux couleurs criardes (représentations typiquement dravidiennes) qui se cachent derrières ces échafaudages de bambous sont pourtant étonnantes. Mais aujourd’hui invisibles.
Notre déception est vite oubliée lorsque nous pénétrons dans les salles sombres et très bien préservées de son enceinte, où trônent de puissantes représentations monolithiques du panthéon Hindou.

Nous quittons Madurai pour les jungles de Periyar, petit village de plantations d’épices juché sur la crête des Ghats Occidentaux, entre le Tamil Nadu et le Kérala. La température se rafraichît et les nuages gorgés d’eau, provenant de la mousson de l’ouest, sont retenus à ce niveau par la chaîne montagneuse.
Les forêts épaisses de Periyar se prêtent à l’excursion. Le dernier recensement fait état de la présence de 950 éléphants sauvages et 37 tigres. S’il est rare d’apercevoir ces derniers, de nombreux autres animaux se montrent plus volontiers : bisons d’Asie, biches sambar (endémique à l’Inde), nombreux singes… Nous chaussons nos bottes de randonnée et nous lançons à la recherche d’un éventuel félin mangeur d’hommes ou d’un pachyderme étourdi. Ils resteront cachés. Nous croiserons par contre plusieurs bisons pâturant l’herbe tendre. L’un d’entre eux nous surprit soudainement aux confins d’un ruisseau. Le regard qu’il me lança, alors que j’étais à une petite dizaine de mètres de ses 500 kilos, me fit tressaillir. Repliés derrière troncs et rochers, nous contemplons cette force de la nature et le décor luxuriant de son habitat.

Mais de toute la faune présente dans la réserve, la bestiole la moins téméraire reste la sangsue. Nos huit jambes ont été les proies de ces vampires intarissables, de ces spectres buveurs de sang.
Les innombrables épices et plantes aromatiques qui font de la cuisine indienne l’une des plus savoureuse au monde sont présentes ici. L’économie locale est basée sur leur culture. Cardamome, coriandre, clous de girofle, citronnelle, noix de muscade, poivre noir, cannelle, pour ne citer que les plus répandues, se cachent dans la végétation des jardins cultivés. De nombreuses plantes et fleurs ornementales ou médicinales, café et plants de thé, ont aussi leur place.


Au plus profond de notre sommeil, nous sommes réveillés par des rugissements étranges qui sont d’autant plus inquiétants qu’ils retentissent dans la profondeur de la jungle qui jouxte notre cabane. Nous apprendrons plus tard qu’il s’agissait du barrissement d’éléphants sauvages.

Du samedi 31 mai au mardi 3 juin 2008, Inde
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Ce mois est sous le signe des visites et nous accueillons mes parents à l’aéroport de Chennai. Nous avons bien des choses à nous dire. Nos deux visiteurs débarquent les bras chargés de délicieuses spécialités du pays. Nous en avalons certaines sans se faire prier alors qu’une autre partie de ces savoureuses denrées, moins périssables, prendront place dans notre malle-cuisine au cœur de Rustine. Nous prévoyons de leur faire visiter cette région où nous avons habité il y a quelques années. Ils en ont beaucoup entendu parler. Nous sommes très heureux de pouvoir partager avec eux les sentiments qui nous attachent à ce pays. Mais il ne s’agit pas de vivre dans le passé : nous espérons découvrir à leurs côtés de nouvelles merveilles qui nous sont encore inconnues.
Mamallipuram est un complexe de temples érigé sur le bord de mer qui recèle de superbes sculptures granitiques datant du VIIème siècle. Les trésors de Mamallipuram, enfouis et préservés sous le sable jusqu’au XIXème siècle sont aujourd’hui inscrits au patrimoine mondial.

Depuis leur excavation, ces temples et sculptures dédiés à Shiva (Dieu de la destruction –et de la création) ou à Durga (Déesse de la mort) brûlent sous le soleil cuisant du Tamil Nadu, offrant aux visiteurs un peu d’ombre très convoitée.

De nos jours encore, les prouesses des sculpteurs locaux sont réputées dans le monde entier et de nombreuses pièces sont exportées à travers le globe.
Pour nous rassasier, nous avons régulièrement nos entrées à la meilleure adresse de Pondichéry : chez notre amie Malini. Elle et toute sa famille attendent avec une impatience non retenue de rencontrer mes parents. Ils leur réservent un accueil comme ils avaient toujours fait partie de la famille.
Une des plus saisissantes curiosités de Pondichéry est son marché aux poissons. Tous les matins, aux premiers rayons du soleil, le marché « Goubert » se charge de fruits multicolores et de légumes aux allures mystérieuses provenant des villages voisins. Tous près de l’étalage de ces primeurs, entre les quincaillers et les ébénistes, on ne peut manquer le marché aux poissons. En s’en rapprochant, les poissonnières hurlent comme elles seules en ont le secret. Les odeurs s’échappent au grès des ruelles couvertes jusqu’à assaillir vos naseaux. Le coin de la mer n’est alors plus très loin. On débouche alors sous un grand préau qui recèle toute sorte de poissons argentés, fraîchement péchés à quelques kilomètres de là, des amas de crustacés exotiques qui semble vous faire du gringue à coup de pinces grinçantes. Saules, crevettes, thons, raies, araignées des mers, requins, calamars, rougets, crabes, loups, homards, anguilles…rien ne manque à cette masse de la nasse. Petits et gros, prédateurs et proies, porteur d’écailles et de carapaces, tous se côtoient dans un frétillement collectif.

Quand l’odeur de la mer vous a suffisamment titillé les narines, il est bon de s’enfoncer plus encore dans ce labyrinthe exaltant pour flâner quelques temps dans le passage des fleurs. Les Tamoul sont de gros consommateurs de fleurs coupées. Les œillets et les roses sont les meilleures offrandes pour les puja (prières) et les colliers de jasmins ornent les tresses des indiennes. Des tas impressionnants de pétales s’amoncellent autour de nous. Les parfums qui se dégagent des étals sont enivrants.

Nous retrouvons avec émotion Lakshmi, l’éléphante du Sri Manakula Vinayagar Mandir, appelé aussi Temple de Ganesh, dédié à ce Dieu à la tête de pachyderme. Lashkmi se poste tous les jours à 16h à l’entrée du sanctuaire et, contre une offrande, une banane, quelques roupies, elle offre sa protection aux dévots d’une caresse de sa trompe.























































Damn! ça fait envie tout ça…

je me prends à espérer que, vous ayant raté à l’aller, on puisse vous trouver lors de votre retour, le temps de planifier un voyage…
des témoignage comme celui que je viens de lire, et les photos qui l’illstrent, ça vous bousille une aprés midi de boulot!
prenez soin de vous!
Salut! je vois que votre voyage est toujours aussi riche en rencontres et aventures, ca fait plaisir. Vos photos font rever…Vous etes maintenant proche de votre destination finale; j’espere que vous trouverez un moyen d’acheminer Rustine jusqu’au Laos! Grand coup de chapeau a vous deux depuis la Chine: j’ai franchi la frontiere hier matin. Safe ride, Camille.
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