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Panne à Patan

25 novembre 2008 Aucun commentaire

Du dimanche 17 août au jeudi 21 août 2008, Népal

Nous avons rendez-vous au garage à 13h. Cet horaire nous donne l’occasion de nous offrir une grasse matinée. Nous n’y crachons pas dessus. Kishor s’était déplacé un dimanche pour donner son avis aussi vite que possible. Laissant Pramod et Saru qui nous ont ouvert leurs portes le temps de régler cet imprévu, nous rejoignons notre mécanicien bienveillant. Ce dernier nous conduit chez un de ces amis qui possède une des dernière 2cv du pays. Après les Alpes suisses, Zagreb, Budapest, Sofia, Zanjan, Pondichery, nous sommes heureux de pouvoir une fois de plus trouver si loin de la France cette voiture légendaire.
Celle qui nous attend ici est en bon état. Nous comparons notre pièce défectueuse avec une vieille boîte de vitesse qui se meurt aux roues de la survivante népalaise.

Imitant Kishor, nous retroussons nos manches. Nos six bras noircis s’agitent. En peu de temps, le moteur est démonté. Le chai préparé par la famille de notre mentor est servi toutes les heures. De petites assiettes de crudités et de fruits aux épices, préparées spécialement pour nous, nous attendent régulièrement dans le débarras qui nous sert de salle à manger.


Pendant plusieurs jours, nous déboulonnons, débranchons, déclipons, délogeons, burinons, remontons, vissons, nettoyons, encastrons, testons et, à deux reprises le moteur sera posé puis remonté.


Par la même occasion, nos plaquettes de freins épuisées seront reproduites à l’identique par l’artisant voisin. Le châssis sera renforcé. Les vidanges effectuées, les filtres changés.

Au fil des jours, nombreux sont les voisins et les amis du quartiers qui passent prendre des nouvelles de Rustine.
Parfois, des trombes d’eau s’abattent sur la petite cour et nous obligent à déplacer dans un casse tête infernal la demi-douzaines de véhicules en attente. Le grand-père de Kishor est de grande utilité. Grand spécialiste des 2cv et des voitures d’antan, il fait part de précieux conseils à son petit-fils.


A la nuit tombée, nous continuons éclairés par une faible loupiote. Malgré la fatigue, Kishor reste vif et concentré. A chacune de ses victoires sur la machine, il libère sa bonne humeur qui envahit soudainement tout le garage et conjure l’inquiétude.


Le matin, nous apportons les pâtisseries qui seront déposées près de nous. Elles consoleront les éventuelles complications de la journée et honoreront les succès.
Chaque soir, Kishor donne le signal de la fin de journée. On rassemble les outils. On se lave dans une réjouissance générale, assistés par tous les membres de la famille. Le dernier chai est servi, souvent à la lueur d’une bougie tant les coupures sont fréquentes. Kishor nous ouvre alors les portières de sa vieille Coccinelle de 1966 et, salués par ses parents, et ses soeurs, nous quittons le garage pour arpenter les rues endormies de Katmandu jusqu’au foyer réconfortant de Pramod et Saru.


Au soir du troisième jour, nos efforts sont enfin récompensés. Le pignon qui s’était dessoudé est remis en place. Nous offrons le volant à Kishor pour le dernier test. Pour couronner cette victoire, ce dernier nous installe un irrésistible klaxon à la note démodée.


Au moment de payer notre magicien, celui-ci refuse catégoriquement, prétextant que cet esprit d’aventure lui plaît et qu’il souhaite nous soutenir par son travail. Aucun de nos arguments ne le firent céder. Mais tout travail méritant salaire, nous lui enfonçons discrètement son dû dans la poche de son bleu rouge et lui confions la tristesse que nous éprouvons de devoir quitter l’ami qu’il est devenu et son adorable famille. Il est des rencontres que l’on ne pourra à jamais oublier.

Samedi 16 août 2008, Népal

7 h du matin. En remontant dans les hauts quartiers de la capitale où nous attend Rustine, je jette un regard par-dessus mon épaule, vers cet horizon qui cache encore et toujours les beaux sommets que nous avions connus et admirés il y a quelques années. Cette fois, les nuages ne les auront pas souvent quittés.
Les parents de Sagun nous attendent sur le seuil de leur belle villa. Ils ont si bien pris soin de Rustine lors de notre absence que nous n’aurions pas été surpris qu’elle rechigne à démarrer pour prolonger son séjour sédentaire. Astiquée de la carrosserie au tableau de bord, elle est autrement plus éclatante qu’à son arrivée.
Apprenant que nous sommes à jeun pour notre départ, ces gentils quinquagénaires nous invitent à leur table pour le petit déjeuner. Rien ne manque : expresso, toasts au beurre, confiture et…fromage de yak. Nous dégustons cérémonieusement ce banquet en mentionnant à nos hôtes l’honneur qu’ils nous font en nous offrant ce délice de fromage (depuis quand en rêvions-nous ?) . Il est tant de quitter ceux qui, par leur simplicité et leur bienveillance, nous ont tant fait penser à nos parents, à notre foyer.
Alors que nous faisons un petit détour vers l’incomparable quartier de Patan afin d’y faire quelques photos avec Rustine, l’espoir d’un départ fut compromis par un fâcheux incident.
Au beau milieu du Durbar square de Patan que nous avions réussi à atteindre en nous engageant dans les étroites rues pavées derrière la place, Rustine est la star du moment. Entre deux clichés , les curieux s’amassent autour d’elle.


Nous tournons la clef dans le contact pour quitter les lieux. Le moteur vrombit. Mais au moment de passer la première, la voiture reste immobile. Le levier est bloqué. On le tire, on le pousse, il ne bronche pas d’un iota. Cela provient de la boite de vitesse. Un pignon doit être serré. Le public, jusqu’alors impressionné par notre voyage, prend soudain des airs dubitatifs, doutant de la véracité de notre performance. Accrochées aux toits convexes des temples alentours, les sculptures bestiales semblent nous épier d’un œil mesquin. Nous nous consolons de cette infortune en réalisant le cadre qui nous entoure. Pouvions-nous être ainsi paralysés en de plus beaux lieux ?


Après être convaincu de la gravité de la panne et en quête d’éventuels secours, je parviens à contacter notre ami Michel, de Narbonne qui dans une voix lointaine et grésillante, me donne son diagnostic : il nous faudra démonter le moteur pour évaluer l’ampleur des dégâts. A mon retour, en traversant la place, je retrouve Rustine de laquelle s’échappe des chants entrainants : Coralie y avait invité deux petites népalaises qui avait investit les sièges avant sans contenir leur excitation.
Nous avions entendu parlé d’un concessionnaire qui, par chance, était situé non loin de là et qui aurait plusieurs vieilles voitures. Après quelques temps, me laissant dirigé par les commerçants, je trouve, finalement le garage. Je fais alors la connaissance d’Urbin qui, en entendant notre aventure, promet de nous aider. Urbin est féru de Coccinelles Volkwagen et fondateur d’un club qui leur est destiné : l’ « Association Nepal for Beatle User’s Groups ». Le club ne compte pas moins de 52 exemplaires de cette voiture de légende. Encore une fois, nous ne pouvons que nous réjouir que le hasard aie si bien fait les choses.
Une corde est accrochée au véhicule de notre nouvel ami, et, le pied enfonçant fermement la pédale d’embrayage, nous parvenons à déplacer Rustine vers sa concession. Nous sortons de Durbar Square par la petite porte, encouragée par une foule toujours grandissante. La situation est comique, force à l’humilité.
Parmi une douzaine de tout nouveaux modèles japonais, notre vaillante monture a l’honneur d’être parqué tout près d’une autre vieille dame, une superbe Minor noire, vestige de l’époque britannique. Une procession de spécialistes, de curieux ou de voisins mettent l’un après l’autre le nez dans le moteur, faisant chacun l’examen des dégâts et donnent leurs solutions respectives. Clément, notre ami deuchiste à qui nous avions dit au revoir hier, nous rejoint, le sourire en coin.
Nous rencontrons Kishor, ami d’Urbin, mécanicien et membre du club de Cox. Kishor n’est pas bien grand, mais sa carrure évoque un travail dur et acharné. Ses longs cheveux attachés dans le dos, il sort la tête du moteur et nous déclare avec un sourire qui affine ses yeux déjà très typés: « on l’emmène ! ». C’est jusqu’à son minuscule garage familial près du centre de Katmandu, (il l’a hérité de son grand père, alors grand connaisseur des 2CV), que notre bicylindre est tirée. Il ne va sans dire que Rustine se dirige vers la meilleure adresse du Népal. Très inspirés par le dynamisme et la détermination de notre nouvel ami, nous acceptons le rendez-vous de demain pour se mettre tous ensemble à l’ouvrage.

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