La baie des pirates
Du Dimanche 21 Septembre 2008 au Mardi 23 Septembre 2008, Bangladesh
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Notre bus pour la ville de Cox’s Bazar part à 9 h. La route s’enfonce dans d’impénétrables jungles à l’image que je m’étais faite de la région. Je ne peux m’empêcher de penser à Larigaudie qui, il y a près de 70 ans, avait franchi au volant de sa Ford T (« Jeannette ») les marécages et les forêts du coin. A la veille de la seconde guerre, il fut le premier à relier la France à l’Asie du Sud-est en voiture. Grand chef scout, il dut faire preuve, d’imagination et de courage pour élaborer treuils et ponts de bois et venir à bout de cette région inaccessible à l’époque.



Illustrations tirées de Paris-Saïgon, La route aux aventures, Guy de Larigaudie, Ed. Cantiques du Monde, 1999
Dans les rizières, les enfants pèchent à la ligne. Tout, ou presque, est fait de bois : constructions maisons, ponts, artisanats, outils. Alors que nous nous rapprochons des Chittagong Hill Tracts (zone de montagnes et de jungles épaisses proche de la frontière Birmane où vivent la plupart des minorités ethniques), des panneaux mettent en garde sur la présence d’éléphants sauvages.


Cox’s Bazar, est une petite ville dont la réputation ici est fondée sur sa plage qui fait la fierté de tous les Bangladeshi. Elle est, selon les dires locaux, la plage la plus longue du monde…ne leur enlevons pas ça !


Au 17ème siècle, la ville fut le fief des redoutés pirates Mogh qui mirent à sac la baie du Bengale aux côtés des envahisseurs Portugais.

Le soir, la ville est plongée dans la nuit totale. Sans courant électrique, seules les lampes à pétroles suspendues aux essieux des vélo-rickshaws dansent comme des lucioles.
Demain, nous rejoindrons Chittagong, quitterons le Bangladesh et le sous-continent indien. Ça tombe bien : nous n’avons plus un Taka en poche et le change des devises n’est pas chose aisée dans la région. En prenant cet avion pour Bangkok, nous tricherons de 500 kilomètres sur notre traversée France-Laos par les terres. Allez ! Consolons-nous, un nouveau monde nous attend.

Samedi 20 Septembre 2008, Bangladesh
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Notre chambre donne sur la voie ferrée. Les trains ne sont pas nombreux à s’aventurer jusqu’ici. Chittagong à beau être la seconde ville du pays, c’est aussi le terminal de l’unique ligne chemin de fer.

Chittagong, à l’instar des villes océaniques ou de mousson comme Port Cochin ou Calcutta, abrite des bâtisses dont l’âge est impalpable. Des vieux bâtiments victoriens de briques rouges pigmentés par les vents, et dont les voûtes et les balcons laissent flotter des rideaux végétaux qui ont pris possession des façades. Rien de plus mélancoliques que ces édifices grignotés par le temps et le climat.

La ville est végétale. Au recoin d’une rue, ou au cœur d’un rond-point, les bosquets sont si luxuriants que l’Homme semble avoir abandonné à la jungle têtue ces quelques mètres carrés.
Nous retrouvons Roméo, rencontré dans le train la semaine dernière. Il nous invite à célébrer l’Iftar chez lui. Sa femme, Rumki nous promet une spécialité d’ici…vous l’aurez compris, il s’agira de poisson. L’Ilsha ressemble à une perche du Nil. Mais cette variété est endémique de la région du delta de la Padma (le Gange). Nos hôtes nous expliquent que pour apprécier ce poisson, il faut qu’il soit pris au dessus de la jonction entre la Padma et du Brahmapoutre. Mais avant de savourer cette spécialité, il faudra attendre l’appel de la rupture du jeûne.

Le Muezzin se décide à chanter enfin quand la coupure de courant quotidienne nous plonge dans les ténèbres. Nous passerons une excellente soirée avec nos amis, à la lueur de la bougie.

Du Lundi 15 Septembre 2008 au Vendredi 19 Septembre 2008, Bangladesh
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Voilà 3 semaines que nous sommes à Dacca. Notre cargo, après bien des surprises est enfin réservé. Mr Tarique, notre contact de la compagnie maritime est devenu un bon ami. Notre collocation chez Josselin se passe à merveille. Les postes internet étant rares et peu efficaces, Jacques, le directeur de l’alliance française, emballé par notre voyage, nous laisse libre accès à ses ordinateurs pour travailler sur notre projet.
Il est temps de quitter la capitale et rejoindre Chittagong pour embarquer Rustine. Plein cap sur le sud, nous traversons des villages où le jute, le riz, et le poisson sont au centre de toute activité. Sur le bord de la route, des hommes secs et musclés, aux couleurs de bronze, portent à l’épaule un balancier d’où sont suspendues de grosses jarres d’étain. Leurs charges semblent lourdes. Elles contiennent de petits alevins, élevés dans les bassins qui entourent chaque maison et qui seront vendus au marché.
A cœur d’un petit village, nous nous arrêtons pour réparer notre roue crevée. Nous nous apercevons que nos cinq pneus sont en piteux états. Deux d’entre eux dévoilent même la fibre métallique qui se cache sous le caoutchouc. Nous ne pourrons plus rouler ainsi très longtemps.
En arrivant par le nord de la ville, en longeant la côte, une drôle de curiosité attire le regard. Sur près de 10km, des centaines de gigantesques bateaux (croisière, pétroliers, navires de guerre, cargo ou chalutiers) sont échoués sur le sable. Ces vaisseaux monstrueux viennent des mers du monde entier pour mourir ici afin d’être démantelés, pièce par pièce. Chaque boulon est dévissé, chaque plaque métallique est dérivetée, et, paraît-il, l’intégralité de l’acier du pays provient de ce cimetière naval. Pour atteindre la terre ferme, les navires ont été lancé à grande vitesse et échoueront ainsi le plus loin possible sur la plage de sable gris. Là, des centaines d’ouvriers sous payés par des compagnies privées non scrupuleuses, viennent grignoter, des pieds de biche à la main, les épaves fatiguées. Depuis que certains visiteurs sont témoins des conditions de travail des employés, de l’absence de mesures de sécurité et de phase de dépollution des matières nocives, l’accès à ces chantiers est devenu extrêmement difficile. Nous parvenons cependant à avoir l’accord du patron de l’un deux, sous condition de ne prendre aucune photo.

Photo: Google Map
En sortant de ce spectacle étonnant, nous reprenons la petite route qui mène à Chittagong. De chaque coté de la voie, des quantités industrielles de pièces détachées provenant des entrailles de ces navires géants sont étalés à la vente : cuves à fuel, machine à pressuriser, cuisines, mobiliers, canaux de sauvetage, bouées, barre à cadran, hublots, gilets de flottaison, bouées, lustres et bibelots…les pianos à queue, paraît-il, partent les premiers.
En arrivant au port de Chittagong, tout va très vite. Des centaines de gigantesques containers empilés tels des Légo géants, forment des allées profondes au fond desquelles nous roulons, insignifiants, jusqu’à la boite métallique dans laquelle Rustine traversera la mer d’Andaman. En voyant les lourdes portes du container se refermer sur cet innocent véhicule, comme un vulgaire jouet démodé qu’on rangerait à jamais dans sa boîte, nous avons un pincement au cœur. Ce sentiment, je vous l’accorde, semble quelque peu excessif, mais rappelez-vous que Rustine fut, au-delà d’un simple moyen de transport, notre cuisine, notre chambre, notre maison que nous n’avions jusqu’ici pas quitté et ceci depuis 11 mois. Nous la retrouverons dans une vingtaine de jours à Bangkok.









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