Nouveau monde, nouveau décor
Du Mercredi 24 Septembre au Lundi 29Septembre 2008, Bangladesh, Thaïlande
Nous quittons le sous-continent et ses mille contrastes.
Le vol entre le Bangladesh et la Thaïlande, bien qu’il soit un ridicule saut de puce, nous plonge moralement et physiquement dans un univers diamétralement opposé. Même le confort du petit appareil nous semble démesuré. Le contenu de notre plateau-repas est agencé avec minutie, un verre de vin nous est servi, la climatisation, l’inclinaison des sièges…autant de petits détails que nous n’aurions pas décelé habituellement, chamboulent par leur délicatesse nos cinq sens mis à vif depuis près d’un an.
Nous survolons encore Chittagong et sommes déjà dans un autre monde.
Le vol fut très court mais, déjà déstabilisés par cet environnement aseptisé, par la rapidité du voyage, par la perte des repères qui furent les nôtres pendant si longtemps, nous eurent le temps d’appréhender l’arrivée brutale à Bangkok.
Ce fut en effet un bouleversement. Dès l’aéroport, le flot de touristes est incessant. Nous qui, ces derniers temps, n’hésitions pas à accoster chaque compatriotes occidentaux croisés au fil du chemin tant ils étaient rares. Mon premier interlocuteur thaï est le vendeur des tickets de bus pour le centre de la capitale. C’est un « lady-boy » (transsexuel) qui me propose, (à moi, dont l’esprit est encore de l’autre coté de la mer d’Andaman) un « ticket to paradise » ! Changement de décors !
Les routes sont parfaites, les klaxons muets, les gratte-ciels interminables, et la publicité, et les voitures, et les commerces, et les restaurants…

Le choc décrit ici pourrait paraître quelque peu exagéré, mais en toute honnêteté, les conditions de ces derniers mois de voyage ne nous préparaient pas à une telle révolution contextuelle. Il ne s’agit en aucun cas de dénigrer, comme on peut parfois le voir chez certains voyageurs, les lieux modernes et privés de cette touche tiers-mondiste à la mode, de cette pauvreté lucrative et attractive…rien donc, contre Bangkok, et encore moins contre le pays, mais encore une fois, ce sont les circonstances, ce fossé si vite franchit qui furent déstabilisants.

Recherchant les logements bon marché, nous voici au cœur de Banglamphu, le quartier touristique. Si nous avions imaginé un lieu sur terre aux antipodes du Bangladesh, nous l’avions ici sous nos yeux… Chaque mètre carré est adonné au tourisme. On croise plus d’étrangers que de thaïs. Mais il n’est pas nécessaire de venir du Bangladesh pour s’apercevoir à quel point ce type de tourisme est malsain. Chaque caprice de ces vacanciers exigeants et irrespectueux est ici exhaussé sur le champ.
A première vue, ce pays semble avoir laissé ses portes trop grandes ouvertes à l’assouvissement des désirs interdits, aux vices occidentaux…on vient faire ici ce qu’on ne peut faire chez nous (pour des raisons légales, ou de pouvoir d’achat). La plupart de nos compatriotes semble s’être déplacés jusqu’ici pour des raisons aux antipodes de celles qui ont motivé notre voyage : sexe facile, shopping abordable, alcool bon marché, orgies sous les tropiques… Ce pays, à l’image de ces jolies gamines thaï dans les bras musclés et tatoués des beaux gosses blondinets, se prostitue à l’occident.
Bien sur, si cette réalité choque en premier lieu, le pays dans son ensemble ne mérite pas cette réputation.
Nous changeons plusieurs fois de chambres. Toutes sont étroites et lugubres, mais certaines ont moins de puces que d’autres.
L’un des trésors de Bangkok se découvre en se frayant un passage parmi les innombrables roulottes qui bordent les rues le jour et les encombrent la nuit. Une multitude de plats cuisinés, de pâtisseries, de fruits frais, de boissons glacées, font du gringue au chaland qui se laisse tenter à toute heure.

Les stands spécialisés dans les insectes craquants (larves, vers, blattes, grillons, criquets), les oisillons frits, ou les brochettes de grenouilles, font un malheur.

Notre chambre est juste assez grande pour un lit à ressorts en acier forgé et une petite table en bois que nous avons emprunté au patron de l’établissement pour la prise de note quotidienne (un vieil homme rabougri qui passe la plupart de son temps à faire la conversation à sa collection de poissons tropicaux). Notre petite fenêtre donne sur les toits en tôle des remises voisines. En se penchant un peu, on peut apercevoir le ring de boxe thaï caché au fond d’une petite ruelle sombre au charme d’un orient disparu.
Le grand nombre de touristes à au moins l’avantage bigrement agréable de passer inaperçu. Se promener au gré des ruelles de la capitale, en pleine frénésie de midi, nous est reposant.
Pouvons-nous raconter Bangkok sans évoquer les temples scintillants qu’abrite la ville ?
Pour n’en citer qu’un, le Wat Phra Kaew, accolé au Grand Palais est le joyau de la vielle ville. Il abrite le fameux Bouddha d’émeraude qui fut disputé pendant des siècles et voyagea ainsi depuis le 15ème siècle entre la Thaïlande (Chiang Rai, Lampang puis Chiang Mai), le Laos (Luang Prabang et Vientiane) et la Thaïlande à nouveau (Thonburi, enfin, Bangkok).
Erigé à la fin du 19ème siècle, ces édifices très colorés présentent les caractéristiques du style ornemental siam : des façades couvertes de larges mosaïques et incrustées de pierres semi-précieuses ainsi que des toitures en jonques aux tuiles colorées.

Autour des monuments et de part et d’autre des entrées des temples, d’étranges créatures vous surveillent d’un drôle d’air.

Chaque Bouddha protégé par ces pagodes est couvert de minuscules pétales d’or déposées par les dévots, prenant ainsi leur apparence dorée. Avec le temps, quand l’une de ces sculptures est trop longtemps oubliée au profit d’une autre, quelques pétales se laissent doucement décoller de leur support et profitent du premier courant d’air pour virevolter au dessus des têtes pieuses.
Le style de ces monuments est nouveau pour nous. Même si les influences de la région sud-est asiatique recoupent les inspirations des temples hindous (jains ou dravidiens), cette beauté clinquante est nouvelle à nos yeux.
Les entrelacs de ruelles étroites du quartier chinois où règne un certain désordre organisé nous sont bien plus familiers. Un marché géant, aux allure du vieux Shangai, où tout est bradé : de l’outillage aux nouilles sautées, des sèches séchées aux films pornos, des chaussures personnalisées au thé en gros.
Et partout, dans ce Chinatown intemporel, circulent des vieux scooters Vespa. Des centaines de Vespa. Si, de nos jour, on n’en croise plus que très rarement par chez nous, c’est qu’ils sont tous ici, sous les lampions rouges de cette petite Chine.

Jusqu’ici, durant notre voyage, nous avons pu vivre économiquement, sans peur de brûler notre maigre budget. La raison est que dans la plupart des coins d’Asie occidentale ou du sud, la vie est simple, la tentation quasi inexistante. Aujourd’hui, pour la première fois, tout, l’indispensable et surtout le superflu, est étalé aux yeux de tous. Et dans une allégresse générale, les thaïs comme les étrangers s’en donnent à cœur joie. Les gargotes de rue en sont les meilleurs exemples. L’abondance après la frugalité. Comment ne pas céder à la tentation de goûter telle ou telle spécialité culinaire, expériences insolites pour nos papilles conformistes ? Comment dire non aux plats mijotés au gingembre et à la citronnelle, aux brochettes de calamars, aux saucisses douces, au manioc-lait de coco, aux desserts gélatineux, aux fruits aux couleurs psychédéliques, aux insectes frits, aux tranches de fruits confits, aux poissons à la braise, aux patates douces ? Comment renoncer à ce florilège de saveurs ? Le supplice est grand…mais la route longue ; nous aurons le temps d’expérimenter tout cela.

Durant notre séjour à Bangkok, nous rencontrons quelques compatriotes français dont plusieurs nous seront d’une aide précieuse.
Nous récupèrerons notamment au siège de l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement), une serrure convoyé de France, pour notre portière avant droite depuis trop longtemps défectueuse (Merci Monique et Jacques).
Nous rencontrons d’autre part Pascal, presque d’avantage thaï que français tant il est ici depuis longtemps. Antiquaire et collectionneur, Pascal est aussi passionné de vieilles Citroën. Il est même propriétaire d’une DS thaïlandaise qui attend quelques coups de tournevis pour retrouver une seconde jeunesse. Bientôt, Rustine accostera à Bangkok et il nous faudra trouver de nouveaux pneus tant les nôtres sont usés.

Pascal nous assure que les pneus adaptables aux deux-chevaux sont inexistants en Thaïlande. Il paraîtrait même que les propriétaires des quelques Deuches de Bangkok ont revendu leurs belles pour cause de pénurie. Aïe ! Aussi bête que ca puisse paraître, la suite du voyage pourrait bien être mis en péril par ce petit (mais conséquent) problème technique…
Renonçant à renoncer, nous nous mettons à la recherche des indispensables pneus. On nous envoie de magasin en magasin, de garage en garage…On nous propose d’adapter des pneus de motos. Alors que cette alternative semble être la plus envisageable, c’est au cœur du quartier chinois que nous trouvons la perle rare : un sympathique chinois nous avoue à mi voix qu’il pourrait nous trouver ca ! Et neufs par-dessus le marché. Séduit par notre voyage, il ira jusqu’à nous les faire prix coûtant, le jour où nous viendrons au volant de Rustine les installer. Quel bol !



















De passage à Luang Prabang? Venez participer à la rencontre "Noria, les dessous du voyage" qui se tiendra au Centre Culturel Français le Samedi 10 Décembre 2011 à 18h. Entrée Libre
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Dear Monsieur Fabien,
At first, let me introduce. My name is George, live in Bangkok, Thailande. And know your website from Monsieur Ampai, Bangna – Bangkok, Thailande. I’d seen your photos at Monsieur Ampai, he told me that you have beautiful citroen 2cv, and driven around the world.
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Sincerely yours,
George.
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