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Rustine sous le soleil exactement

23 mars 2009 2 commentaires

Jeudi 9 Octobre 2008, Thaïlande

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Je prends la route dès 4h30 du matin. C’est que pas moins de 850 kilomètres m’attendent, et je compte bien avoir atteint Krabi ce soir. La route est excellente et la circulation fluide. Depuis combien de temps n’avais-je pas conduit dans de telles conditions ?
Je double les processions de bonzes (moines) qui dans leur tunique orange, une jarre de cuivre au bras, font la tournée des foyers pour recevoir l’obole matinale. Ainsi, les citoyens peuvent rendre hommage à leur dévotion en leur offrant une cuillère de riz, ou autre nourriture. On baisse le front à leur passage. Eux, plein de sérénité leur rendent leur reconnaissance à travers leurs regards épurés.
Le long de la route, quelques varans suicidaires tentent de traverser la langue de bitume. Des vaches broutent sur le bas côté. Je croise ici un éléphant et son cornac juché sur son encolure. Plus tard, un autre pachyderme est transporté à l’arrière d’un camion.

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De beaux portails, aux toits en pagodes, sont minutieusement décorés de dragons et d’animaux chimériques, ouvrant la voix à un chemin menant à un insoupçonnable « wat » (temple) caché derrière les cocotiers. Les vieilles maisons traditionnelles, toute de tek, surplombent légèrement la route du haut de leurs pilotis. De sublimes Bouddhas de plusieurs dizaines de mètre de haut siègent au sommet de collines. Les yeux à l’horizon, ils méditent.

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Au fur et à mesure de ma descente vers le sud, les cultures se succèdent : cocotiers, ananas puis bananiers.
Mais la culture de l’hévéa est sans conteste l’activité agricole principale du sud du pays. De toute part, ces hauts arbres raides saignés en leur base pour en récolter la sève, sont visibles. A l’arrière des pick-up, les nappes de latex formées et séchées par les familles exploitantes, s’accumulent comme des paillassons pour être vendues aux centres de transformation.

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Vers 18 heures, je retrouve Nui, Patricia et Coralie au Laughing Gecko de Krabi.

Mercredi 8 Octobre 2008, Thaïlande

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Au chant désordonné des coqs hirsutes qui occupent la maison voisine, je saute ma course au transport quotidienne pour rejoindre les bureaux du port.
J’aurais cru avec le degré de développement de la ville que le charme des vieilles cabines à pièces, des machines à écrire, des vieux registres, ma règle et le crayon auraient succombé aux techniques plus modernes. Il n’en est rien. Ici comme ailleurs, on rédige les courriers à la machine ou à la main, doublés de papier carbone, on taille ses crayons et trace ses tableaux à la règle. On gomme, on rature, on corrige. Comme ailleurs, toute l’attention est focalisée sur la petite télé grésillante qui trône sur le casier en fer. Les pieds croisés sur les bureaux, on somnole devant les séries soporifiques, tamponnant de temps en temps un document pour légitimer son poste. Les plus gradés ne s’en donnent même plus la peine.
Par la fenêtre, j’aperçois sur le parking des douanes une épave d’un vieux van Volkswagen, sûrement  un des premiers modèle. Des voyageurs ont peut-être, à la belle époque, été moins chanceux que moi à leur arrivée ici.
Après ces trois jours de palabres et de signatures, je retrouve enfin le container dans lequel est enfermé Rustine. Déchargé du cargo « Kota Hasil » et séparé de ses 5499 autres containers, il est là, devant mes yeux. Les responsables ouvrent les lourdes portes et Rustine apparaît. Elle ne semble pas avoir souffert du voyage. Je salue les douaniers, réveille la bête endormie, et quitte le port, libre !

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Lundi 6 Octobre 2008 et Mardi 7 Octobre 2008, Thaïlande

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Je retrouve Bangkok aux aurores et m’offre deux heures de sommeil dans une chambre exiguë en préfabriqué. A 7h30, je saute dans un Tuk-tuk (cousin thaï du Rickshaw indien), attrape un métro, et, à l’ouverture pétante des bureaux, trouve mon contact de la compagnie de cargo. On me promet quelques jours d’attente, « le temps de débarquer le container, enregistrer le dépôt, vérifier le contenu par les douanes, signer les autorisations ».
Prenant alors, tout penaud, la direction de ma misérable chambre, on me tape sur l’épaule. « Toi, ici ?! » C’est Ignacio, cet espagnol rencontré pour la première fois à Bangalore, en Inde, il y a quatre mois, et retrouvé à Pondichéry puis à Katmandu. Le voici aujourd’hui, comme moi à Bangkok.
Un jeune employé de la compagnie maritime est chargé de m’orienter entre les différents bureaux administratifs et m’épauler dans mes paperasseries. Mais Atsara ne parle pas très bien anglais, et nos conversations prennent parfois des tournures plutôt comiques :
« - Et ici, en Thaïlande, toutes les voitures sont-elles, comme la tienne, équipées de vitesses automatiques »?
-    « No », me répond-il au volant de sa Toyota flambant neuve. Puis, avec un petit moment d’hésitation il me lance, en pointant son index vers le bas :
-    «I have gas…and you? » (littéralement : « J’ai des gaz…et toi? »)
Surpris par son franc-parler, je compris ensuite qu’il m’informait que son bolide roulait au GPL.
Pendant mon temps libre, j’erre dans les rues de la capitale. De très vieilles demeures en tek, bordées de petits balcons sculptés en dentelles, côtoient des buildings de verre qui titillent les nuages, phagocytant peu à peu toute la ville. La nuit tombée, dans une banalisation écœurante, de charmantes jeunes filles en tenues minimalistes aguichent les touristes noctambules. Plus tard, chacun d’eux arboreront fièrement leur trophée asiatique d’une nuit. Pourtant, bien souvent, ces ardentes passions éphémères et mercantiles se passeront de discussion…barrière de la langue oblige.

Du Mercredi 1er Octobre 2008 au Dimanche 5 Octobre 2008, Thaïlande

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Coralie passera son 26ème anniversaire dans un de ces bus futuristes.
Nous arrivons à Krabi le lendemain matin, après 12 heures de trajet, et rejoignons directement la baie d’Ao Nang. D’imposants pitons rocheux couverts de rideaux de lianes et surmontés d’une calotte de fougères arborescentes bordent la route et la grève.
Nous posons nos bagages, pour de vraies vacances farnientes, au « Laughing Gecko », chez Nui et Patricia (couple thaï-canadien) et leurs deux enfants Nayona et Chalie. Ils ont emménagé, autour de leur grande maison de bambou, dans un jardin d’arbre de cajou, une demi-douzaine de petits bungalows. Tout est construit en bois. Patricia et Nui tiennent à préserver leur terrain du béton qui menace chaque centimètre carré des côtes thaïlandaises.

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Au coucher du soleil, les couleurs de la marée basse passe de tons polychromes à un filtre orangé qui nous plonge soudainement dans une atmosphère surréaliste.

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C’est l’heure du retrait des filets de pêche. Bien que maigre, la récolte mérite le détour : poissons colorés, aiguilles, coquillages.

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Nous nous entendons à merveille avec nos hôtes, refaisons souvent le monde jusque tard dans la nuit tropicale, entourés seulement des grillons et de quelques grenouilles téméraires.
Pour explorer les îles environnantes, nous sautons dans un petit bateau, armés de masques et de tubas. Les iles escarpées se dessinent à l’horizon, jaillissant d’une eau claire et profonde. Nous faisons escale sur plusieurs îles. De toutes parts, les falaises de silice que forment ces atolls se dressent en un lagon paradisiaque et nous surplombent noblement.

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Nous nous délectons de cette eau chaude et limpide que nous ne partageons qu’avec de petits poissons rayés aux reflets multicolores. Décors de carte postale. Sables blancs, eau turquoise, poissons dorés, jungles impénétrables, chants d’oiseaux, ciel bleu, et un calme à couper le souffle. Les couleurs dégradées de la végétation s’associent parfaitement à celles de la mer et du ciel.

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A notre arrivée sur la plage d’une de ces îles, un Dragon de Komodo long de près de trois mètres, rejoignit son bosquet en se dodelinant (ces reptiles géants ne sont pas, contrairement aux idées reçues, seulement endémique des Galápagos mais peuvent être aussi aperçus dans les îles de la région).
Alors oui, quand la fréquentation est quasi nulle comme en cette saison, ces plages sont édéniques ! De quoi conjurer bien au delà de nos espérances la fatigue qui nous suit depuis des mois.

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Alors que nous profitons outrageusement de ces vacances sous les cocotiers, nous apprenons que cette intolérable inertie balnéaire sera écourtée : Rustine arrivera à Bangkok bien plus tôt que prévu. Le cargo est prévu pour après- demain avec 10 jours d’avance! Soit ! Je prendrai un bus dès ce soir, abattrai les 850 kilomètres qui me séparent de la capitale, me lancerai avec fougue dans les obligations bureaucratiques et douanières et reviendrai ici dès que possible, au volant de Rustine, profiter quelques jours encore des bienfaits relaxants de la côte. Coralie aura un peu plus bronzé encore à mon retour.

Mardi 30 Septembre 2008, Thaïlande

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Nous n’avons d’autre choix que d’attendre Rustine qui devrait accoster dans deux bonnes semaines. Plutôt que de rester à Bangkok, pourquoi ne pas aller jeter un œil à ces plages du sud, prétendues paradisiaques ?
Cherchant comme à notre habitude à nous fonder dans la masse locale, nous cherchons les bus populaires pour atteindre la région de Krabi. Mais ici, quand on est Farang (« étranger », dérivé du mot utilisé en Indochine sous les « français »…devenu « Falangsé » puis « Falang » ou « Farang »), on ne voyage pas avec les Thaï. Et, s’il est possible de voyager ainsi, il est cependant difficile de trouver un billet classique : les bus à touristes (dernier cri, climatisés, couchettes, TV, toilettes, repas, etc.…leur qualificatif de « bus VIP » illustre bien le confort « indispensable » aux blancs !) sont subventionnés. Les voyageurs à petit budget, n’ont d’autre choix que d’opter pour ces monstres aseptisés où aucun contact avec la population locale n’est possible (et pour cause : les thaï n’y sont pas admis sous peine de 20000 Bahts – 450€- pour la compagnie !). Qu’est-ce qui justifie un tel cloisonnement ? Le gouvernement souhaite ainsi contrôler le va-et-vient des visiteurs, dont la majorité de toute façon ne semble avoir aucune aspiration à quitter les sentiers battus.

2 commentaires »

  • Louise dit :

    Les photos sont magnifiques, celle avec le poisson notamment, et le coucher de soleil, et la baignage sur une plage bien sauvage !! J espere que vous ne regrettez de ne pas etre alle au Club Med de Bangkok. Premiere separation de Rustine, ca a du vous faire chaud au coeur de la retrouver saine et sauve en Thailande; mince je ne serai pas la a votre retour pour ecouter tout le reste de vos aventures, faites une session de rattrapage, je ne devrais pas etre la seule a en profiter. En attendant, vous avez quitter Ventiane ? Profitez bien du Laos et du riz collant.
    J espere que vous avez pas du faire la plonge pour payer ma poire belle helene.
    Gros becs
    Louise

  • Amelie dit :

    Apparemment le Laughing Gecko vous a plu! J’espère que tout se passe bien pour vous.
    Plein de bonheur
    Amélie

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