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Parenthèses Vietnamiennes

29 mars 2009 Aucun commentaire

Du vendredi 7 Novembre 2008 au Mercredi 19 Novembre, Cambodge, Vietnam

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Je réveille Coralie. Il est 5h30, l’heure de boucler nos bagages et sauter sur une moto-taxi. Notre bus pour le Vietnam nous attend. Rustine restera chez Frédéric et Moni que nous retrouverons dans dix jours à notre retour.
Nous nous efforçons de garder l’œil ouvert pour ne pas manquer la traversée du Mékong. Depuis le temps que nous l’attendions celui là ! Ça y est, le voici ! Nous commençons par le longer. Les maisons sur pilotis qui le bordent témoignent de la place prépondérante du fleuve dans la vie quotidienne des cambodgiens. Puis, nous embarquons sur le ferry qui le traverse. Nous y sommes. Un fleuve d’Histoire, qui rythme la vie de six pays. L’émotion est forte. Dans les mois qui suivrons, nous longerons ses eaux, en remontant, doucement, jusqu’au Triangle d’Or. Il fera l’objet de notre dernier sujet de reportage, au fil du Cambodge, du Vietnam, du Laos, et de la Thaïlande.
Nous franchissons en un clin d’œil la frontière vietnamienne. Nous avions oublié à quel point il est aisé de passer sans voiture les postes douaniers. Dès les premiers kilomètres, l’étoile communiste fait son apparition. Souvent accompagnée de la faucille et du marteau, elle est omniprésente. Les slogans ventant le parti fleurissent sur les étendards, les bâtiments et les maisons.
La halte à Ho Chi Minh Ville (Saïgon) sera courte. Nous visiterons l’ancienne capitale de la Cochinchine à notre prochain passage. Pour l’instant, il nous faut sauter dans notre bus pour Hoi An. C’est là bas que nous avons rendez-vous avec nos amis Chap et Sandrine.

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Malgré qu’elle soit située au centre du pays, il nous faudra une nuit complète pour faire un sort aux 970 kilomètres qui nous séparent de la ville historique de Hoi An. C’est que le pays est long et étiré. Nos amis ont décidé de concilier leurs vacances avec une petite visite sur notre itinéraire. Rien ne nous fait plus plaisir. Mais, n’ayant pu être à temps au Vietnam avec Rustine, nous n’avons pas pour autant abandonné l’idée de les voir et avons choisi de faire un premier crochet prématuré dans le pays avant d’y retourner véhiculés.
Les premiers rayons du soleil m’éveillent doucement. Le nez collé à la vitre du bus, je ne peux rêver de meilleur réveil que celui de l’aube sur l’océan. Sous la route, à quelques dizaines de mètre en contrebas, de petites criques flanquées de cocotiers sont caressées par les vagues. Nous nous rapprochons pourtant vers la région qui fut, il y a 35 ans à peine, la plus touchée par la guerre du Vietnam (que l’on nomme ici, à juste titre, « American War »).
Après 18 heures de voyage, nous sautons du bus à Hoi An. Pleine de charme, cette petite bourgade est mondialement renommée pour son architecture unique. Inscrite au patrimoine de l’UNESCO, le centre de la ville est composé de ruelles étroites, réservées aux piétons et aux vélos, dont les maisons traditionnelles ont été miraculeusement épargnées par les décennies de guerre. Bien que très touristique aujourd’hui, il faut être de bien mauvaise foi pour nier le charme qui se dégage de ce lieu.

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La nuit, la beauté de la ville est plus frappante encore. Les anciennes bâtisses du vieux port s’illuminent, les lampions brillent dans les ruelles, le calme prend le dessus.

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Quel meilleur lieu pour un rendez-vous ? Les retrouvailles avec nos amis sont ineffables, d’autant qu’une semaine auparavant, nous n’étions encore pas certains de pouvoir les rejoindre. Nous nous tombons littéralement dans les bras. Si, durant le voyage, de nombreuses amitiés se créent, il est rare d’avoir la visite de têtes familières. On en apprécie chaque seconde. Nous passons quelques jours à Hoi An, à refaire le monde, rattraper le temps perdu (qui ne le fut pas vraiment). Nous avons tant de choses à nous dire !
Le 10 novembre, Chap et Sandrine nous réservent une petite surprise : au terme d’un petit repas à la gargote du coin, nous avons droit à deux petits paquets, décorés d’un papier cadeau des plus kitch. Mais en quel honneur ? Mais c’est bien sûr ! Voilà un an jour pour jour que nous sommes sur la route. Avec le temps qu’il fait, nous pouvons étrenner illico les deux ponchos offerts pour l’occasion.
My Son est un petit complexe de temples Angkoriens isolé dans une petite forêt à quelques 30 kilomètres d’ici. En mobylette, nous y serons vite. Bien que protégés, l’accès aux édifices n’est pas exagérément développé et la végétation des alentours offre ce charme bucolique que nous aimons tant. A peine plus récents que ceux d’Angkor, ils présentent des influences hindoues. Nombreux sont ceux qui, ayant servi de base au Viet Cong pendant la guerre, ont été victime de la légendaire finesse militaire Américaine. Les bas reliefs de certains de ces temples, ainsi que la forme de leurs façades ne sont pas sans rappeler certains temples dravidiens d’Inde du Sud.

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Pour relier le sud nous souhaitons découvrir la région des hauts plateaux, où passait jadis la fameuse piste Ho Chi Minh, qui permit l’approvisionnement, puis la victoire, des Viet Cong au sud du pays.
Le marché de Kontum est l’endroit idéal pour tester ses connaissances des fruits locaux. Enjambant les vendeurs de ragoût de chien, nous faisons notre marché en prenant soin de choisir tous les fruits qui nous sont inconnus.
Puis une excursion dans la campagne environnante s’impose. Nous louons des mobylettes qui nous permettront de découvrir les villages voisins. Nous faisons halte dans les « Rong », ces hautes maisons communautaires aux toits de chaumes affinés, qui servent tantôt de hall pour les réunions villageoises, tantôt d’école.

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En quittant l’une d’elle, un vieux monsieur nous interpelle. Son sourire est radieux et son rire éclatant. Il nous invite à le rejoindre sous le porche de sa maison perchée. Dans un français chevrotant, il nous accueille en chantant « le petit vin blanc » qu’il a bien connu à l‘époque où il servait dans la garde française. Installé derrière son xylophone à pédales dont il est l’inventeur, il nous montre ses talents musicaux. Un instrument digne du « Gaffophone » de Gaston Lagaffe. Ce papi aux yeux brillants nous offre un moment exceptionnel et émouvant. Nous ne t’oublierons pas, Papi bambou !

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Nous atteignons Ho Chi Minh Ville (Saigon), où nous dégottons une petite chambre chez l’habitant. Nous resterons dans la mégalopole le temps de refaire, Coralie et moi, le nouveau visa cambodgien qui nous permettra de réintégrer le territoire. Nous nous renseignons par ailleurs de la probabilité d’avoir l’autorisation d’entrer Rustine au Vietnam…le pays étant réputé pour sa politique protectionniste, les chances s’annoncent maigres.
Ici, le régime semble avoir quelques effets pervers sur la population, endoctrinée par l’ordre et l’unité. Au détriment de certaines valeurs morales qui apparaissent pour nous fondamentales. La délation, peut paraître ici une vertu patriotique. J’en fus d’ailleurs victime, alors qu’avec Coralie, nous traversions un parc public. Profitant du calme des lieux, nous faisons halte sur un banc public, sur lequel nous nous reposons quelques minutes. Etant certes décontracté, mais sans aucun laisser-aller, je ne pensais pas qu’aux yeux de mon voisin occupant le banc d’en face, j’enfreignais la loi. D’une manière la plus naturelle du monde, il me désigna au gendarme qui patrouillait non loin de là. Je fus prié de me tenir droit !!!
Nous continuons tous les quatre notre route vers le sud. Le delta du Mékong nous attend. Sous une pluie battante, nous passons Vin Long pour nous rendre à Can Tho.

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La ville de Can Tho est assez grande, ouverte sur la rivière du même nom. C’est d’ailleurs cette rivière qui présente tout l’intérêt de la ville.
Au petit matin, Can Tho s’éveille d’abord sur les eaux. C’est l’heure des marchés flottants où d’énormes bateaux en bois côtoient les petites barques à pagaies. Les chapeaux coniques dépassent des embarcations et s’agitent derrières les cargaisons de fruits et de légumes.

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Contrairement aux marchés flottants que nous avions observés précédemment, celui de Can Tho est un lieu de vente en gros. Un Rungis vietnamien. Pour annoncer leurs produits, les vendeurs dressent sur leur pont une tige de bambou au bout de laquelle est accrochée quelques navets, ou un pamplemousse. Ainsi, on voit de loin de quoi est chargé chacune des barques.

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Mais l’activité fluviale ne s’arrête pas aux échanges commerciaux. D’autres vivent du fleuve de manière bien différente. On trouve ici autant de techniques de pêche que de pêcheurs. Le plus souvent, on installe les filets sur bouteilles vides qui font office de flotteurs.

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La rivière est aussi un haut lieu de communication. On prend sa barque comme on prendrait chez nous son vélo, ou sa voiture. Des familles entières se rendent en ville par les eaux, visitent leurs voisins en barque, vont faire le marché en ramant. Pour quelques milliers de Dongs, des barques-taxis proposent la traversée vers l’autre rive.

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De retour sur la terre ferme, une belle soirée nous attend : avant de nous séparer de nos deux amis, nous optons pour une dernière soirée mémorable. Pour commencer, un diner aux saveurs locales nous attend. Au menu : salade de serpents et vin vietnamien.

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Puis la soirée continue par le passe-temps favori des vietnamiens : le karaoké. Une expérience unique ! Enfermés dans un box collectif, tout est organisé pour faire resurgir le rockeur qui est en vous : matériel suréquipé, effets sonores, collation…Le ridicule n’est pas vietnamien, et on aime ça !
Nous quitterons Chap et Sandrine dans la ville de Chau Doc. Elle aussi, est une ville d’eau, comme la plupart de la région du delta. Dans quelques jours, nos amis devront reprendre le cap de la France. Nous prendrons celui du Cambodge où nous attend Rustine.

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Nous profitons de ces derniers moments tous les quatre, bercés par cette ville qui se balance. Puis, il est temps de se séparer, alors nous leur souhaitons bon voyage, ils nous souhaitent bonne route. Ils disparaissent juchés sur leurs mototaxis respectives, nous laissant le cœur lourd. Nous avons déjà hâte de les retrouver dans quelques mois en France et se remémorer ces instants vietnamiens. Salut les copains !

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Allez, l’aventure continue ! Nous relions le Cambodge par bateau, remontant le Mékong. Sur le fleuve gonflé par les moussons, notre bateau est insignifiant. En remontant le courant, la vie se fait moins présente. Les rives deviennent peu à peu désertes. Serait-ce une illusion due à l’élargissement du fleuve ? Quelle distance les sépare ? Un kilomètre ? Deux ?
Certains navires aux allures de péniches sont si lourds qu’ils semblent prêts à couler. Quelques pêcheurs lancent leurs filets. Parfois, une île apparaît, consacrée au maraîchage où quelques buffles se prélassent. Comment sont-ils arrivés là ?
Nous remontons encore le grand fleuve, cette colonne vertébrale de l’Asie du Sud Est.
Nous passons le poste frontière installé sur la rive, faisons tamponner nos passeports et réembarquons.
Ce soir, nous serons de nouveau à Phnom Penh, où nous attendent Frédéric, Moni et Rustine.

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