Aventures sédentaires
Du Mardi 23 Décembre 2008 au 26 Février 2009, Laos

Nous resterons à Vientiane un peu plus de deux mois. Pour la première fois, nous poserons nos bagages. La tante de Coralie nous ouvre les portes de sa belle demeure en bois. La dernière fois qu’elles se sont vues remonte à presque dix ans. Je fais pour ma part sa connaissance. Nith nous accueille comme ses propres enfants. Nous avons une chambre à nous, et nous retrouvons le plaisir de cuisiner. Se préparer de bon petits plats est un luxe qui nous a tant manqué.
Mais le retour soudain à la vie sédentaire, après 411 jours d’itinérance, s’avère être un coup dur. Pendant quelque temps, nous n’avons plus le cœur à rien. Plus de carte à scruter, plus d’itinéraire à décortiquer. Plus de découverte au fil du chemin. Fini l’aventure et l’exaltation de l’inconnu. Nous devons réapprendre en oubliant ce besoin de nomadisme dont notre vie fut faite depuis plus d’un an et qui fût tout aussi dur à apprivoiser.
Nous retrouvons très vite nos deux amis qui voyagent à vélo couchés : Amanda et Olivier ont prêté main forte pendant plusieurs mois dans une école d’un village de la région. Il nous attendaient de pied ferme pour fêter Noël et la nouvelle année. Nith sera absente pour célébrer les réjouissances avec ses enfants qui étudient à Paris.

A défaut d’être entouré de nos familles pour les fêtes, nous avons la meilleure compagnie que nous puissions espérer. Amanda et Olivier sont aussi enthousiastes que nous à l’idée de partager quelques jours ensemble, avant qu’ils reprennent la route début janvier. De belles surprises nous attendent à la poste restante de la ville. Plusieurs colis archi-bourrés de victuailles, de livres et de cadeaux nous ont été envoyés par nos familles. De petits mots touchants nous vont droit au cœur. Quand aux friandises, nous avons pu, non sans mal, les sauver in-extrémis des insectes glucophages de la poste centrale de Vientiane.

Grâce à la générosité familiale, les réveillons de Noël et du jour de l’an furent fastes et conviviaux. Amanda et Olivier complétèrent le buffet de leurs trésors mandatés. Depuis bien longtemps nous n’avions eu de si belle tablée. Nous fîmes sauter le bouchon d’une bouteille de champagne que notre ami Claude du Victoria de Hoi An nous avait offerte en précisant « Voilà de quoi fêter dignement votre arrivée !».

De notre côté, nous rédigeons 90 lettres à nos amis, à nos familles et à nos hôtes rencontrés en chemins. Un travail colossal. Mais c’est le moins qu’on puisse faire pour les innombrables soutiens que l’on nous a témoignés. Jamais la poste de Vientiane n’a, elle aussi, eu autant de travail. Nous eûmes écho en différé de l’évolution géographique de la distribution. Nos amis vietnamien, cambodgiens et thaïlandais nous répondirent. Puis se fût au tour de ceux du sous continent indien, puis d’Iran et de Turquie. Enfin, nos correspondants européens accusèrent réceptions. Nous apprendrons par la suite que bon nombre d’entre elles n’ont cependant pas atteint leurs destinataires.

Désormais accueillis sous un toit familial, sans avoir besoin de chercher chaque soir un lieu pour la nuit, il nous faudra une dizaine de jours de repos total pour nous reposer du voyage. Pendant plus d’une semaine, nous ne faisons rien ! Lisons, dormons, admirons les magnifiques orchidées de Tata Nith…
Durant notre séjour à Vientiane, nous avons eu de nombreuses visites. Certaines plus improbables que d’autres.
Julie, une amie d’étude avec qui j’avais notamment découvert le Kénya à travers un projet environnemental, nous fit une surprise. Ayant choisi le Laos pour ses vacances et sachant qu’elle nous trouverait dans la région, elle se mit à la recherche de Rustine dès son arrivée à Vientiane. Elle la trouva sur le bord du Mékong alors que nous dégustions une salade de papaye dans un bouiboui voisin. Quelle surprise ! Nous avions tant de choses à nous dire. Avec son amie Gala avec qui elle voyage, nous passâmes d’excellents moments.

Louise, une grande amie de France revenait d’une petite virée en Chine quand elle nous rendit visite. Elle ramena avec elle des nouvelles fraîches de nos familles et nos amis.

Nous retrouvâmes aussi Camille, ce jeune voyageur avec qui nous avions passé de si bons moments dans le désert iranien. Il rendait visite à son frère installé depuis peu à Vientiane. Le monde ne cesse de nous étonner par sa petitesse.
La visite du papa de Coralie fut un grand moment. Depuis son départ du Laos pour la France en 1975, il n’avait pas remis les pieds au pays. Plus qu’un retour aux racines, ce fut de véritables retrouvailles entre un père et sa fille sur les lieux de leurs ancêtres. Pour le père de Coralie, l’appréhension du retour, le sentiment de ne rien reconnaitre, de ne plus faire partie de ce monde, laissa bien vite la place à l’envie de tout redécouvrir, le besoin de parler avec les gens, de goûter à sa culture in situ.

A ses côtés, guidés par sa mémoire qui revenait au fil de ce voyage dans le temps, il nous présenta les bâtisses, leur histoire, nous fit partager ses souvenirs, nous fit découvrir de nouvelles saveurs qui étaient pour lui de véritables madeleines de Proust.
Les roues de Rustine étaient à notre arrivée au laos littéralement hors d’usage. Les pneus se sont usés prématurément à cause d’un problème de direction qui faisait loucher nos roues avant depuis le Vietnam. Sans avoir réussi à résoudre le problème (malgré un changement de cardan, un limage et raccourcissement des bras de direction et plusieurs réglages), nous avons pu rouler ainsi plusieurs milliers de kilomètres en alternant la position des pneus. Pour trouver des pneumatiques à Vientiane, nous avons eu moins de chance qu’à Bangkok où nous avions déniché quatre miraculeux pneus de la bonne taille. Aucune autre solution que celle d’en faire venir de France ne se présentait à nous. Le Papa de Coralie accepta la tâche ingrate de troquer son bagage pour 15 kilos de pneus. Sans son aide, nous n’aurions pas pu aller bien loin.

Vientiane, ce grand village, est l’endroit rêvé pour tisser des liens. En quelques semaines, nous avons rencontré par un formidable effet boule de neige, les maillons, laos et étrangers, d’un incroyable réseau dont certains devinrent de vrais amis.
Nous avions donc atteint notre but géographique. Mais nous avions plus un sou en poche. Plus assez même pour se payer un billet d’avion pour la France ou pour envoyer Rustine -attendues de pied ferme par les douanes françaises- par Cargo. Nous devions renflouer notre bourse. Par un coup miraculeux du destin (et quelques bons conseils de Nith et de nos amis), nous trouvâmes tous les deux de quoi occuper notre séjour : Coralie sera volontaire dans l’association de protection de l’éléphant d’Asie « Elefantasia » alors que je signais un contrat dans une boîte de consultants allemands en tant qu’expert environnementaliste. Elle préparerait le fameux festival de l’éléphant qui, avec ses 60 pachydermes, attire les foules chaque année. J’étudierai les impacts environnementaux et sociaux des projets de développement mis en œuvre par ma boîte.
Le festival de l’Elephant eut lieu dans la province de Sayaburi, dans le centre nord-ouest du pays. Accueillant près de 80 000 personnes venues des quatre coins du pays, le festival fût une véritable réussite.

Les fondateurs Sébastien et Gilles, deux jeunes français tombés amoureux du pays et des pachydermes il y a près de 10 ans, devinrent de très bons amis. Coralie, elle-même passionnée depuis toujours par ces géants aux allures préhistoriques mit tout son cœur à leur prêter main forte pour l’organisation.

Elle fut récompensée par l’opportunité d’ouvrir la majestueuse procession perchée sur l’encolure d’un mastodonte ouvrant la voie aux 60 pachydermes sous leurs plus beaux apparats.

Dans les rues de Sayaburi, un collectif français regroupant 9 troupes de théâtre de rue animaient de leurs grimaces les passants. Ils pouvaient vous surprendre à n’importe quel moment et n’importe où.
Pour en savoir plus sur Elefantasia
Mon nouveau poste me donnait autant de satisfaction. Pendant près d’un mois et demi, mon rôle fut de crapahuter dans les régions montagneuses les plus isolées du pays, à rencontrer les populations villageoises et les minorités ethniques (qui constituent l’un des éventails ethniques les plus diversifiés de la planète : Mien, Hmongs, Khamu, Akha, Lisu, etc…).
Je suis payé pour étudier, à travers des marches de plusieurs dizaines de kilomètres avec mes deux collègues ou des remontées en pirogues sur le Mékong, l’environnement dans lequel ils vivent. Certains payeraient cher pour faire ça !

Parfois, sur le chemin, nous croisons quelques éléphants qui se dirigent lourdement vers les bosquets et les jungles où ils tracteront de lourds troncs d’arbres jusqu’aux scieries qui disséminent lentement les forêts de ce beau pays.

Nous partageons nos repas avec les villageois, tantôt sur la crête d’une montagne ou s’accrochent des lambeaux de nuages, tantôt dans le lit asséché du Mékong.
Plus de photos des montagnes laotiennes
Vientiane est une des plus petite capitale que nous ayons vue. S’étendant sur seulement 2 kilomètres le long du Mékong, la ville a des allures de grand village. Il suffit de marcher 10 minutes pour traverser son centre où plusieurs temples anciens et de belles maisons d’époques sont érigés. A Vientiane, pas d’embouteillage, ni de grand buildings. Sur le bord du fleuve les paillotes sont installées, les pieds dans l’eau, et proposent l’intégralité des spécialités locales. On choisit son poisson ou sa seiche encore vivant, qui grillera quelques secondes plus tard sur les braises. Les « paa nin », les carpes du Mékong sont un vrai délice.

De par son passé français, on comptait il y a quelques dizaines d’années un certain nombre de 2CV dans la capitale. Elle sont aujourd’hui au nombre de six. Certaines sont en meilleur état que d’autres mais beaucoup roulent encore. Au fil de notre séjour, nous croiserons régulièrement les cousines lao de Rustine.

Les week ends à Vientiane prennent parfois la tournure de ceux de chez nous. Chez Sébastien, Stéphanie et leurs deux enfants, Maya et Zach, un barbecue dominical est improvisé. Un air de France souffle en ce bout du monde. Pendant un instant, on croirait un dimanche dans notre Languedoc natal. Entourés de marmots enthousiastes, nous grillons le poulet en sirotant une Beer Lao, la bière nationale.

Durant notre séjour dans la capitale, nous profitons des contacts que nous avons pour travailler sur notre projet. L’eau est au cœur de la vie laotienne et le Mékong est considéré comme « le sang des laotiens ». La Mékong River Commission, une institution de coopération internationale pour la gestion du fleuve, accepte de répondre à nos questions. Quelle est la place du fleuve dans la culture et l’économie locale ? En quoi les investissements chinois et la volonté internationale pour la mise en place des dizaines barrages prévus sur le fleuve modifient-ils le destin futur du cours d’eau et de populations qui en vivent ? Quelles sont les menaces ?

Nous avons droit nous aussi à quelques questions. Une conférence de presse autour de notre voyage, notre projet et de Rustine -qui est désormais connue de tous dans la capitale- est organisée.

A la fin du mois de février, un peu plus de deux mois après notre arrivée, il est temps de quitter la capitale laotienne. Nous y aurons vécu d’excellents moments et rechargé nos batteries. Dorénavant, la route aura une autre saveur…celle du retour. Un cargo nous attend dans quelques semaines à Bangkok. Nous avons juste le temps et les moyens de visiter le nord du pays. Mais pour la première fois, nous avons un ultimatum, une limite temporelle, un rendez-vous. Nous n’en avions plus l’habitude.











































Nous sommes de retour au Laos depuis le 1er février 2010. Mais le projet Noria n'est pas mort, aidez-nous a le faire vivre en nous envoyant vos suggestions, notamment d'interventions.
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