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Vers la cité aux mille temples

11 avril 2009 Un commentaire

Samedi 28 Février 2009 au Mardi 3 Mars 2009, Laos

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Des enfants s’agitent les fesses à l’air dans la rivière, jetant un œil curieux aux deux étrangers endormis. Malgré leur joyeuse effervescence nous avons bien du mal à ouvrir l’œil. C’est que cette nuit fut riche en évènements. Au milieu de la nuit, des étranges crépitements nous ont sortis de notre profond sommeil. En levant la tête nous avons aperçu une demi-douzaine de spots lumineux sous les eaux de la rivière. Ces étranges projecteurs se laissaient aller au fil du courant. Nous dûmes les observer plusieurs minutes pour comprendre l’étrange phénomène : plusieurs heures durant, dans la nuit noire, des petits groupes de jeunes pêcheurs nocturnes se laissent porter par les flots de la rivière à la rencontre de poissons et de crustacés qu’ils surprendront dans le faisceau de leurs lampes. Quelques dizaines de minutes après leur passage à notre niveau, nous les retrouvons, à pied, cette fois, remonter par la berge et replonger en amont. A chacun des passages de cette étrange armée sous-marine, l’intrigue que nous suscitions n’a cessé d’attirer les pêcheurs qui, à pas de velours, se rapprochaient de plus en plus de notre couchage en prenant garde de ne pas nous réveiller…le repos est sacré au Laos.

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Un café avalé, nous reprenons la route. Le paysage est toujours aussi séduisant. Toujours ces gigantesques pitons calcaires recouverts de leur verte pellicule végétale. Ils se découpent sur plusieurs plans successifs, et forment jusqu’à l’horizon un dégradé coloré.

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Grâce à sa situation centrale, la région n’a pas trop souffert de l’écobuage, contrairement à la plupart des forêts du pays qui sont perpétuellement menacées par la culture sur brûlis. Bien que cette pratique soit ancestrale, le monde moderne en fait une technique agricole de plus en plus inadaptée. En se développant, le pays voit sa démographie augmenter, notamment en zone rurale (augmentation de l’espérance de vie, baisse de la mortalité infantile). De ce fait, la pression agricole se développe avec la nécessité toujours plus grande de terres à cultiver, et les besoins de meilleurs rendements. On défriche à qui mieux-mieux, on ne respecte plus les périodes de jachères qui passent de 8ans à 2, voire un an. On dépouille la terre de sa richesse, on la stérilise à une vitesse exponentielle. On dissémine les forêts, accroit l’érosion, réduisant l’infiltration des eaux et mettant ainsi en péril les principales richesses du Laos : ses ressources en eau et son patrimoine forestier exceptionnel.
La route est de plus en plus escarpée. Le relief nous impose de rester en seconde vitesse. Même une escadrille de libellules nous dépasse en nous jetant un air moqueur à travers nos fenêtres. Mais Rustine tient bon, et lentement mais sûrement, nous franchissons les nombreux cols. Partout ici, les villageois arborent de vieilles guenilles militaires cédées par l’armée à bon prix après la guerre de 75. Ils portent tous une longue machette dans un fourreau de bambou lié à la ceinture.

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Derrière la large barrière de montagnes, la ville royale de Luang Prabang nous attend. Elle n’est pas toute seule : une joyeuse compagnie aux couleurs internationales avec qui nous avions fait connaissance au Festival de l’Eléphant, nous accueille chaleureusement. Ils sont tous là : Manu, Anthony, Charlie, Hassaf, Sarah, Vinh, Dan, Bebel, Virginie, Amandine et les autres… Quelques-uns d’entre eux ont tout récemment récupéré dans la cité du « Grand Bouddha» une petite piscine qu’ils ont transformée en bassin public destiné aux enfants lao. Gérée en association, « La Pistoche » déborde de bonne humeur.

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Charlie, libraire, puis Manue et Anthony, instits, nous ouvrent leurs portes et nous proposent un lit pour le reste du séjour. Une fois de plus, nous sommes fascinés par tant d’hospitalité.
Première destination touristique, la ville de Luang Prabang ne désempli jamais de visiteurs. Si cette perpétuelle submersion étrangère lui donne aujourd’hui des allures de ville-musée, Luang Prabang croule sous les qualités : la beauté de ses rues, la somptuosité de ses temples, la diversité ethnique qu’elle accueille, le charme des vieilles bâtisses coloniales, son marché attrayant, la tranquillité immuable de ses ruelles colorées par les bougainvillées… Bref, Luang Prabang est un incontournable pour qui veut faire plaisir à ses yeux.

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L’ancienne capitale royale située au confluent de la Nam Khan et du Mékong et dont l’histoire remonte au-delà du XIVème siècle, est un véritable joyau. Plus de 66 temples historiques construits avant l’ère coloniale peuvent se vanter d’avoir survécu au temps et aux conflits destructeurs.

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Pour toutes ces raisons, la ville est tout autant appréciée par les touristes aujourd’hui qu’elle l’a pu l’être pour les colons français de l’époque qui venaient y trouver refuge pendant les saisons chaudes. Il paraîtrait que, dans les années 1930, se rendre par bateau de Saïgon à Luang Prabang prenait plus de temps que le trajet Saïgon-France en paquebot à vapeur.
Se relevant doucement d’un passé rythmé par les guerres, la collectivisation du régime, et l’exil de sa population, Luang Prabang fait aujourd’hui honneur à son inscription au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Nous rencontrons Laurent, responsable du patrimoine architectural de la ville, qui nous ouvre les portes de sa connaissance de l’histoire de la ville.

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Les marchés de rue de la vieille ville n’ont aucunement été dénaturés par le tourisme. Les vendeuses, assises par terre, n’ont changé aucune de leurs habitudes. A même le sol, elles étalent leurs produits maraîchers, la pêche de la journée, le fruit de la chasse ou de la cueillette quotidienne : quelques salades, quelques vers à soie destinés à être grillés à la braise, un singe braconné dans les forêts environnantes…

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Devant le spectacle grisant de cette magnifique cité, peu de visiteurs se doutent de ses coulisses. Nous apprenons que derrière ce décor harmonieux existe une réalité moins avouable. Des dizaines de familles sont régulièrement chassées par des mesures de valorisation de ce tourisme déjà étouffant. Sous couvert de quotas établis sur les revenus financiers des foyers, les habitants « gênants » qui encombrent la mise en place d’hôtels luxueux, sont littéralement expulsés de leurs domiciles. Le touriste est roi, et parfois, à son insu, son bien-être coûte cher.
Nous quittons à regret cette ville dorée pour visiter ses environs avant de remettre les voiles. Nous saluons Manu et Anthony, et les remercions de leur gentillesse avec autant de sincérité que s’ils avaient été les premiers à nous ouvrir leur porte. De combien de personnes sommes-nous redevables ? Chacun de nos hôtes resteront gravés dans nos mémoires.

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Plus de photos de Luang Prabang

On nous a indiqué une cascade dans les environs. Nous prenons sa direction. A une dizaine de kilomètres de la ville, dans un sentier forestier, nous atteignons un petit paradis sur terre, très prisé par les touristes locaux. Nous remontons un cours d’eau turquoise qui déferle lentement en de petites cuvettes circulaires. L’endroit idéal pour une petite baignade sous les palétuviers.

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En remontant encore, nous découvrons une magnifique cascade jaillissant de la jungle à près d’une centaine de mètres de hauteur. S’il est un paradis quelque part, il ressemble certainement à ces lieux édéniques.

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Vendredi 27 Février 2009, Laos

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Mon contrat s’est achevé hier. Notre porte monnaie s’est lesté du stricte nécessaire : de quoi payer le cargo de retour Thaïlande-France pour Rustine et nos billets d’avion Bangkok-Paris.
Depuis le 22 décembre, nous vivons à Vientiane. Malgré les escapades à l’extérieur de la capitale que nous ont permis nos activités respectives, la route nous manque, l’aventure nous appelle. Nous attendions avec impatience ce nouveau départ.
Le réveil sonne à cinq heures. Nous préparons Rustine, saluons Tata Nith à qui nous devons tant, et quittons la capitale pour cette dernière ligne droite, qui dégage, malgré tout, un léger goût amer de retour.

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Il fait meilleur aujourd’hui. Ces derniers jours, la canicule était en avance sur les années précédentes. La chaleur brûlait le pays prématurément.
La capote ouverte, les cheveux au vent, nous nous emplissons à plein poumons de cette liberté recouvrée. Nous roulons lentement sur la route du nord qui nous mènera dans quelques jours à Luang Prabang.
Le grand air, la route exaltent nos sens. Nous nous sentons revivre, comme si l’aventure était une véritable renaissance. Rien ne freine, n’entrave notre bonheur de retrouver l’inconnu, la découverte. La route est agréable. De petits monticules rocheux apparaissent derrières les villages de paille.

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Bien que nous n’ayons roulé que trois heures, nous décidons de profiter de cette belle après-midi et d’installer le bivouac au cœur des pitons rocheux de la région de Vang Vieng. A quelques kilomètres au nord de la ville, nous bifurquons vers une petite rivière, au-delà de laquelle est indiquée la présence de grottes.

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Nous garons Rustine sur la berge, traversons le cours d’eau et pénétrons dans l’une d’elle, armés de nos lampes torches. Nous cheminons dans la pénombre qui devint vite un noir de ténèbres. Au fur et à mesure de notre avancée dans la cavité, la température baisse et l’humidité augmente. A plus d’un kilomètre de profondeur, nous découvrons une rivière souterraine qui s’élargit en un petit lac surmonté de petits bassins calcaires qui forment un escalier naturel. Nous nous déshabillons et plongeons dans l’eau glaciale. Nous remontons le cours d’eau jusqu’à une petite cascade qui jaillit de la roche étincelante. Nous éteignons nos lampes et profitons du silence de ces profondeurs. Rien ne mérite de le perturber. A combien sommes-nous de la surface ? Nous n’en savons rien et ça nous est d’ailleurs bien égal tant il fait bon d’être là, seuls, dans ces entrailles de la terre.
Nous retrouvons Rustine, sage comme une image sur la berge sablonneuse de la rivière. Autour d’elle, sous les derniers rayons du soleil couchant, les massives formations rocheuses lui font de l’ombre qui s’allonge à vue d’œil sur le paysage verdoyant. Après un dernier bain, nous installons le bivouac et préparons le repas : soupe et omelette. L’air est rafraîchi par la fine brise humide que nous envoie la rivière. Le bivouac est idyllique.

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Nous ne mettons pas bien longtemps à nous endormir sous un ciel pigmenté d’étoile, ciselé par la silhouette imposante des cheminées de pierre qui nous entourent. Tous les éléments semblent s’être pliés en quatre pour rendre ce bivouac irréprochable.

Un commentaire »

  • François dit :

    Bonjour,
    Bravo pour votre “escapade” !
    Je recherche désespérément Manu et Anthony deux marseillais qui s’occupent d’une école au Laos et dont j’ai perdu les coordonnées.
    Ils ont un blog, vous connaissez ?
    Merci de me répondre
    Amicalement
    François Collier

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