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En terres sauvages

13 avril 2009 Aucun commentaire

Vendredi 6 Mars 2009, Laos, Thaïlande

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La route du grand retour nous attend aujourd’hui. Nous quittons définitivement le cap du nord et filons vers le sud-ouest. Ce soir, nous dirons adieu au Laos pour retrouver la Thaïlande d’où, dans quelques jours à peine, Rustine prendra la mer pour la France. Nous ne tarderons pas nous non plus. Dans un mois, notre avion nous embarquera vers l’Europe.
Les derniers cent kilomètres lao nous réservent autant de montées escarpées que de descentes effrénées.  De part et d’autre de la route, d’épaisses forêts s’étendent  jusqu’à l’horizon. A cette altitude, seuls quelques villages Hmong  nous honorent de leur présence. Mais bientôt, la plaine du Mékong affine le paysage et les villages s’agrandissent.

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La ville-frontière de Huay Xai s’allonge le long du fleuve. Un ferry permet les échanges commerciaux et le passage entre le Laos et la Thaïlande. Pas vraiment pressés de quitter le premier pour le second, nous traînons la patte sur les rives du Mékong. Nous rendons visite à Jeff, ami de Sébastien de Vientiane. Jeff est à l’origine d’un projet étonnant : la « Gibbon Experience ». A quelques heures de route, perchées dans la canopée de la forêt du nord Laos, des cabanes en bois accueillent de petits groupes de touristes. Ces derniers se voient proposer des « randonnées » suspendus à des dizaines de mètres du sol. La totalité du projet met en œuvre les populations locales, qui sans cette activité, se verraient menacées de déplacement forcé. Ce tourisme naturel et participatif peut se vanter de ne laisser derrière lui aucune trace, aucun impact préjudiciable sur la forêt ou les populations.
Au fil de la conversation, Jeff nous demande quand nous comptions traverser le fleuve. Nous lui répondons que notre rendez-vous à Bangkok pour charger Rustine sur le cargo du retour, ne nous permet pas de nous éterniser. Nous devons impérativement nous rendre en Thaïlande aujourd’hui. Regardant sa montre, il s’écrit : « Alors c’est parti ! Il faut y aller tout de suite. Nous sommes vendredi, il n’y a pas de ferry le week-end et le dernier part dans quelques minutes ! »
Coralie grimpe sur son scooter pour se rendre aux douanes et régler les papiers, pendant que je file m’assurer d’une place pour Rustine sur le ferry. Jeff, parlant couramment lao nous est d’une grand aide.
En un clin d’œil, nous nous retrouvons au milieu du fleuve, lançant de grands gestes à notre ami et lui promettant de lui revaloir ça un jour.

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Quelques minutes plus tard, nous sommes en Thaïlande. Mais notre cœur est encore de l’autre coté du Mékong, dans ce beau pays à qui nous n’avons pas dit au revoir, que nous n’avons pas remercié.
« Vous êtes en voyage de noce ? »
« Oui, si on veut ! »
« Alors je vous souhaite que votre premier bébé soit made in Thaïland ! »
Le douanier ventripotent, par son humour ravageur a su fait oublier la tristesse de quitter le Laos.
« Welcome in Thaïland ! »

Jeudi 5 Mars 2009, Laos

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La ville n’est pas bien grande et seul le marché semble présenter l’intérêt qui leur est propre : offrir  la meilleure nourriture qu’il soit. Nous nous régalons d’un « foe », soupe de nouilles très appréciée au petit déjeuner.

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J’espérais me mettre à jour sur le blog aujourd’hui. Mais le générateur électrique de Luang Namtha n’était pas de cet avis. Privant la ville de courant pendant toute la journée, nos plans sont remis à plus tard. Nous optons en solution de replis pour la découverte de la région.
Peuple d’un grand nombre de minorités ethniques, les environs de Luang Namtha offrent de très bonnes ballades. Nous traversons quelques villages et garons la voiture dans l’un d’entre eux. Des enfants chargés de fagots de bois offrent un accueil exceptionnel à Rustine. D’autres, plus discrets, se contentent de la dévisager sous tous ses angles.

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Non loin de là, un pont de singe relie le village à la forêt qui s’étend de l’autre coté d’une rivière encaissée. Une noria de jeunes enfants font d’interminables allés-retours chargés de fagots glanés dans les bosquets avoisinants. Croulant sous ces charges trop lourdes, ces valeureux gamins n’hésitent pourtant pas à nous adresser de petits sourires altérés par l’effort.

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D’autres, sans doute libérés de leurs tâches se jettent avec jubilation dans un canal d’irrigation qui leur sert de piscine.

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Mercredi 4 Mars 2009, Laos

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Nous longeons encore le Mékong pendant quelques kilomètres. Nous filmons quelques images pour illustrer notre documentaire et le laissons disparaître vers l’ouest. De notre côté, nous gardons le cap sur le nord. Nous retrouverons le grand fleuve dans quelques jours à la frontière thaïlandaise.

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Rustine rencontre un nouvel obstacle montagneux auquel elle fait face doucement. De petits villages Hmong longent la route sinueuse qui s’enfonce dans les sommets. Dans leurs costumes de velours brodés, les femmes ne perdent rien de notre passage. Plus loin, ce sont des villageoises Akha, de petites pipes entre les dents, qui se tournent à l’arrivée pétaradante de Rustine, faisant scintiller les pièces de monnaie cousues à leurs tuniques et à leurs coiffes. Les enfants sortent en courant de leurs petites maisons en bambou.

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De nombreux rires éclatent à notre passage et nous nous étonnons de voir que les auteurs de ces hilarités sont souvent de vieilles dames et de très jeunes enfants seuls. Ces gens sont purs, isolés de tous, épargnés par la société moderne qui les menace jour après jour de prendre leur liberté et leur innocence.
En plein après-midi, alors que nous nous livrons à un combat sans merci à une ascension prodigieuse, le ciel prend soudainement une couleur ocre, presque orangée. On croirait un coucher de soleil. Un peu plus loin, dans la vallée que nous surplombons, une colline dégage une épaisse colonne de fumée rouge. Tout près de nous, nous assistons à un feu de forêt impressionnant. Sans doute un début d’écobuage qui a mal tourné. Le vent souffle et les flammes prennent du terrain à une vitesse prodigieuse. Ici, loin de tout, rien ne pourra les arrêter. Nous restons là, désespérés et  impuissants face à l’incendie ravageur.

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Juste avant Luang Namtha, aux confins septentrionaux du pays, nous effleurons la frontière chinoise. Un symbole de plus dans notre voyage.
Mes deux collègues de Vientiane, Pierre et Richard, respectivement belge et anglais, vivent dans la petite ville de Luang Namtha. Ils connaissent bien le pays et la région. Pierre habite ici depuis une quinzaine d’années, avec sa femme, Nathalie et ses trois enfants qui sont pour ainsi dire nés ici. Bien que belges de souche, les deux aînés s’adressent entre eux en Lao. A l’époque de leur installation, les habitants d’ici se demandaient comment pourraient vivre ces étrangers dans de telles circonstances, si loin de leurs racines, si loin de leurs repères. A la naissance de Lara, Martin et Liam, les amis de la famille étaient fascinés par ces petites têtes blondes. Mais la petite compagnie est aujourd’hui parfaitement adaptée, et se sent ici chez elle plus que nulle part ailleurs.

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Richard, lui aussi, connaît bien le pays pour y avoir habité plusieurs fois. Il nous accueille dans sa petite maison qui ressemble étonnement, avec ses briques rouges,  à un pavillon londonien.

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