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Aqua jouons-nous?

Cette page vous permettra d’accéder à divers chapitres. Les diverses interventions de Noria en France  et à l’étranger (conférences, débats, rencontres, expo photos Noria, projection du documentaire Noria, etc.) y seront régulièrement mises à jour.

Vous trouverez aussi, sous le chapitre « les rubriques de Noria » les résumés des projets ou des curiosités liés à l’eau que nous avons pu découvrir sur notre itinéraire.

Sous le chapitre « Bibliothèque », vous y trouverez par ailleurs des ouvrages, des parutions ou des articles relatifs à la gestion des ressources naturelles en général et à l’eau en particulier. Leurs enjeux, leurs aspects géopolitique et stratégique en France et dans le monde y seront abordés. N’hésitez pas à nous faire parvenir vos découvertes.

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Les interventions de Noria

Les rubriques de Noria

La Bibliothèque de Noria

Les interventions Noria

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Les rubriques de Noria

Les articles qui suivent ne constituent pas en eux-même la finalité du projet Noria, mais vous permettront de vous faire une idée sur les différents projets sur l’eau visités, les échanges partagés sur cette thématique et les curiosités rencontrées au fil de notre voyage.

Photos de Noria, sauf mention contraire

LE CANAL DU MIDI, UN PARI AUDACIEUX
SUD DE LA FRANCE

Le projet du Canal du Midi, ou Canal des Deux Mers, fut présenté par Pierre-Paul Riquet au Roi de France en 1662 afin de concrétiser le projet de connexion fluviale entre la mer Méditerranée et l’océan Atlantique. En reliant le canal de la Garonne à celui de Sète, cette infrastructure originale et d’envergure permettait d’éviter le contournement de la péninsule Ibérique et d’accroître ainsi l’économie du royaume en isolant d’une part l’Espagne des transferts maritimes, et en se dispensant d’autre part des risques de la traversée. Achevé et inauguré en 1681 au terme de 15 ans de travaux, le Canal du Midi, long de 241 kilomètres, était considéré à l’époque comme étant le plus grand chantier du XVIIe siècle. Il est aujourd’hui encore le plus ancien canal d’Europe en fonctionnement.
La construction de l’ouvrage fit face à de nombreux dilemmes, le premier étant l’acheminement des eaux de la Montagne Noire jusqu’au point culminant du canal (l’écoulement étant partagé en deux versants, l’un du côté atlantique d’une longueur de 52 km et l’autre du côté méditerranéen d’une longueur de 189 km). Un tel parcours nécessita la construction de 63 écluses dont 33 sont encore manuelles.
Depuis la disparition du commerce fluvial, l’importance du rôle agricole du Canal du Midi n’a cessé d’augmenter. Près de 700 vannes permettent aujourd’hui l’irrigation de près de 40 000 hectares de terres arables. Le tourisme a d’autre part relancé l’économie autour de l’ouvrage, offrant aux visiteurs un calme bucolique au fil de l’eau.
Toujours ouvert à la navigation, le canal du Midi est inscrit depuis 1996 au Patrimoine Mondial de l’Unesco.

L’AQUEDUC DES ARCEAUX, UN HERITAGE HYDRAULIQUE MONTPELLIERAIN
MONTPELLIER, FRANCE

Au XVIème siècle, la ville de Montpellier connut un essor démographique sans précédant. Les 35 puits qu’offrait la ville à l’époque ne satisfaisaient plus les besoins croissants que représentait cet exode rural. Dès lors, des premières investigations ont vu le jour afin de mettre an place un système d’acheminement d’eau de source pour la ville. Mais ce ne fut réellement qu’en 1752 que le projet de Mr Henri Pitot De Launay eut l’accord sur la construction d’un aqueduc et d’un château d’eau fut signé.

En 1765 l’aqueduc Saint Clément, dit « des Arceaux » achemina ses premiers litres de la source de St Clément située à 14 kilomètres de là jusqu’au cœur de Montpellier.

Après treize années de travaux, l’aqueduc, dont l’architecture fut inspirée du pont du Gard, est enfin achevé : 880m de long, 53 arceaux de 8m d’ouverture et 183 petits arceaux de 2,78m. Au plus haut point, l’édifice s’élève à 28 m du sol. Entre sa source et son exutoire, l’eau parcourra 13 900 mètres de structure élevée.
Le débit de l’eau, évalué à 33 litres par minute, est alors satisfaisant pour la population de l’époque.
Le projet de stockage est finalisé en 1767 avec la construction du château d’eau du Peyrou, à l’initiative de l’architecte montpelliérain Jean Antoine Giral. Ce réservoir par son architecture monumentale de forme hexagonale soutenu par des colonnes de style corinthien attire nombre de curieux.
Aujourd’hui encore ces ouvrages fascinent, et cet héritage hydraulique est l’une des attractions les plus convoités par les visiteurs de Montpellier.

UN EQUILIBRE ENVIRONNEMENTAL EN PERIL
PARC NATUREL DE UCKA, CROATIE

Le parc naturel de Ucka en Croatie est situé à l’ouest de Rijeka, en Istrie, au pied des cimes enneigées du mont Ucka. Cette zone protégée se trouve à cheval sur la frontière slovène. Sur seulement 160km², le parc naturel de Ucka présente de nombreuses particularités environnementales et en terme de biodiversité, une grande richesse culturelle et architecturale et une histoire passionnante.

Sur les flancs des monts Vojak (1401 mètres) et Planik (1272 mètres) de nombreuses sources desservent le bassin versant de la baie du Kvarner et les villes côtières en contrebas.
Depuis le 12eme siècle avant J.C, l’Homme fait partie intégrante du paysage et fût jusqu’à aujourd’hui un acteur respectueux de son milieu naturel.
Des vestiges datant du paléolithique indiquent le choix des premiers habitants de s’installer à proximité des rivières et des résurgences. Les grottes à flanc de falaises offraient un habitat de choix à proximité des eaux aujourd’hui disparues.
Les activités pastorales firent ensuite leur apparition et demeurent encore aujourd’hui au cœur des traditions locales. Les abreuvoirs dont le fond est tapissé d’argile furent le théâtre pendant des siècles d’une diversification écologique importante. Leur maintenance par les bergers permettait de conserver cette diversité et entretenir tout un écosystème qui en dépendait. Plusieurs citernes peuvent être aperçues à l’emplacement même ou ces bergers bâtissaient les villages saisonniers qu’ils occupaient lors des transhumances. Ces réservoirs, départ des techniques d’imperméabilité extrêmement efficaces, conservent aujourd’hui encore leurs propriétés de rétention.
Très vite, l’engouement élitiste que connaissait déjà la station de villégiature très mondaine d’Opatija – dans laquelle, depuis le milieu du XIXe siècle séjournèrent les aristocrates et les artistes célèbres – s’est popularisé et le tourisme n’a cessé de croître. Face à cette pression démographique (4,5 millions d’habitants en Croatie + 10 millions de touristes en saison), les ressources hydrologiques s’amenuisent.
Malgré de nombreux efforts pour élaborer des stratégies de préservation environnementale et notamment face au tourisme de masse (La Déclaration sur la protection de l’environnement dans la République de Croatie en 1992, Programme de développement du tourisme dans les zones rurales dès 1998, etc.), plusieurs politiques régionales restent contradictoires face à ces mesures. Les captages et les canalisations fleurissent sur les flancs escarpés du parc pour faire face à la demande en aval.
Sous prétexte de risques sanitaires et de pollution des eaux, les autorités locales n’hésitent pas à contraindre les quelques éleveurs qui subsistent à restreindre leurs pâturages à certaines zones, leur interdisant ainsi des terres dont ils jouissaient pourtant depuis des siècles.
Ces activités rurales se voient menacées, la maintenance des systèmes de rétentions traditionnels assurée auparavant par les villageois n’est plus garantie et l’équilibre hydrologique est alors mis en péril.

QUAND L’EAU FAÇONNE LA CULTURE
LES EAUX THERMALES, EUROPE DE L’EST


L’Europe de l’Est, depuis des millénaires, séduit par les richesses de ses eaux thermales souterraines. Les vertus curatives de ces eaux naturellement chaudes, chargées en calcium, magnésium, hydrocarbonate, sulfure et chlorure, n’ont cessé, d’attirer patients et visiteurs. Etabli par les thermes créés sous l’empire romain puis par les bains turcs de l’ère ottomane, un héritage culturel s’est développé tout au long des siècles.
De nos jours, l’accès à ces sources d’eau chaude fait partie intégrante du quotidien des populations de l’Est à travers la création d’institutions privées et de fontaines publiques.
Au centre de Sofia, en Bulgarie, des fontaines d’eau thermale sont mises à disposition de la population afin que tout le monde puisse bénéficier des bienfaits de cette eau thermale naturelle.

Budapest, surnommée “La Reine du Danube”, est l’une des villes d’Europe de l’Est entourée par les eaux. Du Danube qui la traverse, aux grottes souterraines qui l’alimentent, la capitale hongroise compte aujourd’hui quatre Bains Turcs réservés aux hommes, et plusieurs bains thermaux accueillant un public mixte pour leurs parts. L’une des principales particularités de Budapest repose sur sa richesse incontestable en eaux thermales. Cette grande cité thermale possède 118 puits et sources naturelles qui débitent 70 millions de litres d’eau par jour, ce qui lui a valu son titre de station thermale dès 1938.
Cet héritage romain puis ottoman (1541-1686) a évolué dans le temps et se définit aujourd’hui comme partie intégrante de la tradition hongroise. Des bains populaires aux bains les plus luxueux, un public très diversifié peut jouir de leurs bienfaits.
Les bains peuvent avoir deux intérêts:
D’une part, toute personne munie d’un certificat médical se voie offrir l’opportunité de profiter, par différentes cures, des vertus qu’offre l’eau thermale.
D’autre part, la culture locale et l’activité touristique participent activement à l’augmentation de la fréquentation de ces établissements.
Le Bain thermal de Géllert doit son nom à la montagne qui le surplombe. Depuis sa première utilisation, au Moyen Age, en tant qu’hôpital, le bâtiment a subi des modifications pendant l’occupation ottomane qui le transforme en Bain pour l’hygiène et le soin.
De nos jours, le Bain de Géllert est le plus renommé des Bains de Budapest par ses activités thérapeutiques, son architecture Art Nouveau, ses statues romaines, ses colonnes de marbre et ses mosaïques. De 26°c à 38°c, la température de ses bassins offrent une multitude de possibilités pour le public: bassin thermal, bassin pour enfants, piscine, bain bouillonnant. Il fait également parti des rares bains à posséder une partie extèrieure. La particularité de son eau thermale repose dans sa composition riche en calcium, magnésium, hydrocarbonate, sulfure et chlorure.

L’eau thermale provenant des profondeurs terrestres, l’alimentation en eau des bains se fait par captage des eaux souterraines. Les sous-sols de Budapest regorgent donc de grottes naturelles dans lesquelles est puisée l’eau chauffée par géothermie et acheminée à la surface. Aujourd’hui, la démographie croissante et l’exploitation de cette ressource en amont ont asséché certaines grottes qui sont alors ouvertes au public. Dès lors, nous pouvons nous rendre compte du cheminement de cette eau thermale dans la ville, et comprendre comment les différentes températures ont façonné les parois des grottes.
La grotte de Gurubarlang, au nord de Budapest, fait partie de ces vestiges naturels qui permettent d’appréhender la face cachée des Bains de Budapest. Aujourd’hui, la spéléologie nous ouvre les portes d’un monde souterrain jusqu’alors inaccessible à l’Homme qui façonne pourtant depuis des siècles sa culture et son mode de vie.
D’autres galeries sont toujours imergées et leur accès est réservé à des scientifiques autorisés.

LES FONTAINES SACREES
CRAIOVA, ROUMANIE

Depuis la nuit des temps, les fontaines prêtent leurs noms à des communes ou lieux-dits, constat indubitable de l’importance de l’eau dans l’histoire de l’Homme.
Nombre de civilisations, croyances ou religions ont donné un caractère sacré aux fontaines. Romains, Grecs, Celtes, Hindous, Musulmans ou encore Chrétiens voient dans l’eau un caractère mystique, parfois divin, purificateur ou encore guérisseur. Une sacralisation qui a mené les fidèles de diverses confessions à ériger prés des sources et des résurgences des monuments religieux.
Dans le village de Craiova, en Roumanie, subsistent des fontaines sacrées de confession orthodoxe marquées d’inscriptions religieuses où grand nombre de villageois viennent y recueillir son eau.

ADDUCTION D’EAU DANS UN VILLAGE TZIGANE
TRANSYLVANIE, ROUMANIE

La Roumanie possède une population de 22,3 millions d’habitants dont 10% de tziganes. L’intégration de cette minorité ethnique est difficile. En effet, l’incompréhension de leurs mœurs et modes de vie de la part de la population roumaine condamne ce peuple à vivre dans des zones reculées ou en marge des agglomérations. La discrimination sociale dont ils sont victimes les contraint parfois à vivre dans des conditions insalubres.
Or, dans un pays où, par manque d’infrastructures, près de 9,5 millions de personnes (soit 43% de la population) n’ont aucun accès à une eau propre, certaines communautés n’ont que peu d’espoirs de voir leur quotidien allégé par le soutien des instances gouvernementales.
Certaines associations soutiennent ces villages Tziganes à travers la mise en place de projets pour la création de puits. Sur la base d’une démarche participative, les habitants bénéficient alors de l’accès à l’eau. Mais les espoirs d’intégration des bénéficiaires ne se voient-ils mis en péril en leur allouant un soutien communautariste alors que les points d’accès à l’eau dont ils sont écartés existent le plus souvent chez leurs voisins roumains ?

LES TRESORS DE L’ANCIEN ISTANBUL
ISTANBUL, TURQUIE

Le destin d’Istanbul a toujours été lié à l’eau. Son existence même est due à la présence du Bosphore sur les rives duquel la cité a été construite. Depuis Byzance jusqu’à l’empire Ottoman, la maîtrise de l’eau de la ville a toujours représenté un défi majeur pour ses administrateurs et ses habitants. L’eau devait être canalisée de l’extérieur de la ville pour être ainsi stockée dans divers réservoirs édifiés dans chaque coin de la cité. De ces œuvres centenaires subsistent l’aqueduc de Valence, qui acheminait l’eau jusqu’au palais impérial Topkapi au cœur de la ville, et d’impressionnantes citernes dont l’architecture prend parfois la splendeur des cathédrales. Récemment, un grand nombre de ces réservoirs était encore visible dans chaque quartier d’Istanbul, témoignant d’une grandeur passée de la mégalopole. Durant l’empire Ottoman, pour faire face aux besoins d’une démographie grandissante, chaque carrefour fût doté de fontaines publiques souvent finement ornementées d’un style baroque qui fait aujourd’hui le charme de la ville.

PLACE DU CONSOMMATEUR SUR LE MARCHE DE L’EAU EN BOUTEILLE
BURSA, TURQUIE

La population turque est une grande consommatrice d’eau minérale embouteillée. Cependant, les résultats d’étude des professionnels indépendants de la santé et de la qualité des eaux convergent : l’idée selon laquelle le réseau de traitement permettrait de subvenir aux besoins en eau potable de la population est largement confirmée. Une étude en cours menée par le Ministère de la Santé Générale et des Soins Primaires basé à Ankara et plusieurs chercheurs extérieurs, montre que l’eau distribuée de la capitale et des grandes villes turques serait de bonne qualité. Pourtant, la consommation d’eau en bouteille semble être ancrée dans la plupart des foyers turcs et cette tendance ne cesse de s’accroître. Ce marché est lucratif et s’intègre à la tête des nouveaux investissements dans le pays. Le lobbying économique joue un rôle certain dans le développement ce secteur prometteur.
Sur le plan écologique, nombre de ces grandes enseignes d’embouteillage ont fait le choix de s’orienter vers un système de consigne en favorisant des matériaux recyclables ou réutilisables, tel que le verre. Cependant, nos interlocuteurs ont vite fait marche arrière face à la réaction du consommateur, qui, malgré un prix plus avantageux, oriente ses choix vers un produit ergonomique, de petite taille et à usage unique.

LE PROJET ANATOLIE DU SUD-EST, UN SUJET CONTROVERSE.
SUD –EST DE LA TURQUIE

Le projet GAP (ou « Projet d’Anatolie du Sud-Est »), un vaste programme hydraulique ayant pour but de mettre à disposition de l’agriculture et du marché énergétique turc l’énorme potentiel que représente le fleuve Euphrate, attise dans le monde entier une des polémiques les plus épineuses. Cette initiative colossale du Sud-est de la Turquie est à l’origine de discordes sociales et patrimoniales, de problèmes environnementaux et de tensions politiques entre la Turquie et ses voisins du Proche Orient.
L’atteinte des objectifs de ce programme inauguré dans le début des années 1990 nécessite l’inondation de vastes territoires dans la région, dont certains ont une importance archéologique considérable. Le lourd déplacement de populations est la conséquence directe de ces inondations intentionnelles. Près de 8000 km² et 250 villages, en majorité Kurdes, ont d’ores et déjà été engloutis lors de la première phase du projet. 73 000 km² et environs 9000 localités subiront bientôt le même sort.
Au détriment de ses voisins arabes que sont la Syrie et l’Irak, la Turquie profite pleinement des eaux du Tigre et de l’Euphrate qui traversent son territoire. En ayant le pouvoir de fermer les vannes du « château d’eau du Proche-Orient », la Turquie dispose d’une mainmise hydraulique qui lui assure une position dominante dans la région. Cette guerre souterraine mais ardente soulève la question des eaux internationales et des droits géopolitiques qui en découlent.
Enfin, le problème kurde est intimement lié à ces tensions géostratégiques ; le projet GAP étant implanté dans la zone de cette minorité déjà en désaccord avec le gouvernement central d’Ankara. En effet, les enjeux économiques et politiques relatifs à cette zone ne laissent que peu d’espoir de consensus en faveur de cette population minoritaire.

LES DJOUBS DE TEHERAN
TEHERAN, IRAN

L’avenue Vali-Asr divise Téhéran, la capitale iranienne dans un axe Nord-Sud. Cette artère légendaire s’étend sur 18 Km, des reliefs enneigés du Nord de la ville aux quartiers périphériques du sud de la mégalopole.
La particularité de ce champ Elysées iranien repose dans la présence de canaux à ciel ouvert qui bordent, de part et d’autre les trottoirs du boulevard, et dans lesquels les platanes plongent leurs racines : les Djoubs.
Au début du siècle, Téhéran ne disposant pas de système de distribution pour approvisionner la ville en eau potable, les djoubs, en acheminant le précieux liquide depuis le Mont Elbourz, au nord, jusqu’ au sud de la capitale, soit une dénivelée de plus de 500 mètres. Le gradient de pureté de l’eau entre les quartiers du nord et ceux du sud a dicté d’une certaine manière une hiérarchie sociale tout au long des drains.
L’explosion démographique n’épargnant pas la capitale téhéranaise, la qualité de l’eau des djoubs ne cessa de se dégrader au cours des années. La typhoïde et d’autres maladies liées à l’eau menacèrent la population. Aujourd’hui, avec les nouvelles techniques de réseaux de distribution, les djoubs jouent le triste rôle d’évacuateur des déchets et des eaux usées.

LA RICHESSE DE L’IRRIGATION IRANIENNE
DESERT DE LUT, EST DE L’IRAN

L’Iran s’inscrit depuis des millénaires dans l’histoire de maîtrise de l’eau. L’hostilité du climat aride des déserts du Lut et de Dasht, ont amené les hommes à établir des systèmes hautement avancés pour assurer irrigation et accès à l’eau. La présence de nombreux aqueducs et de systèmes d’irrigation gravitaire font de certaines régions désertiques de véritables curiosités sur le point hydraulique. Parmi ces nombreux trésors, la structure plus surprenante est sans doute celui des qanats.

Les qanats sont de longues galeries souterraines permettant de récolter l’eau infiltrée alimentant les nappes et la conduire à la surface d’un sol pentu, de manière gravitaire par le biais de tunnels horizontaux, créant ainsi une sorte de source artificielle. Tout au long de la galerie sont creusés des puits (ou regards) qui permettent un accès vertical depuis la surface. Le bon fonctionnement d’un qanat nécessite le calcul précis de la pente de la cavité. Un qanat délivre en moyenne un débit de 7 500m3 par 24 heures.
A l’exutoire, les réseaux d’irrigation gravitaire dont le partage de la ressource est organisé sur la base de mains d’eau, permettent l’alimentation des palmeraies et de vergers créant ainsi des oasis agricoles.
L’origine des qanats, aussi appelés foggara ou khettara au Maghreb ou qarez en Afghanistan, est controversée mais leur première apparition daterait de plus d’un millénaire dans la région de l’actuel Iran. Dans le temps, la construction d’un qanat était décidée par les bénéficières eux-mêmes, indépendamment de tout aval supérieur.
Malgré un besoin de maintenance relativement faible, bon nombre de ces canaux creusés à la main et pouvant atteindre près de 50 kilomètres de long, ont aujourd’hui été oubliés ou ne sont plus exploités ; en un demi-siècle, le nombre de qanats en exploitation a considérablement diminué, passant de près de 50 000 dans les années 1950 à 20 000 de nos jours.

LES INDUSTRIES TEXTILES DE PALI FACE AUX EXIGENCES ENVIRONNEMENTALES
RAJASTHAN, INDE

Pali est un village du Rajasthan spécialisé dans la teinte du tissu. Ce village regorge de petites ou moyennes industries de teinte de tissus en gros qui inondent un marché textile national titanesque. Le processus de teinte du tissu nécessite d’énormes quantités d’eau qui seront mélangées à des produits chimiques nocifs à hautes concentrations (sel alcalin, réducteurs comme l’hydro sulfite de soude, sulfure de carbone…). Or, les réseaux d’assainissement étant quasiment inexistants, ces industries déversent leurs eaux usées dans de simples drains à ciel ouvert qui alimentent les cours d’eau alentours.
Le gouvernement indien, face aux exigences internationales doit s’aligner aux normes environnementales. De ce fait, une pression sans précédant est mise depuis peu sur ces petites unités industrielles afin qu’elles s’intègrent à ces nouvelles réformes environnementales, sous peine de devoir fermer leurs portes.
La perspective de fermeture de ces industries de teinte, qui serait un désastre socio-économiques pour la ville et ses environs, mettent les industriels et les employés à dure épreuve. Les ultimatums sont courts et le soutien public inexistant.
Certaines de ces usines se sont ainsi regroupées en coopérative pour trouver les financements nécessaires à la création d’un deuxième centre de traitement des eaux, le premier étant loin de répondre à la forte demande.

UN RETOUR AUX SYSTEMES HYDRAULIQUES TRADITIONNELS
TAMIL NADU, INDE DU SUD

La région du Tamil Nadu au sud de l’Inde souffre d’un climat inconstant et de longues périodes d’aridité. Les techniques traditionnelles communautaires de stockage et de distribution d’eau ont permis pendant des millénaires une gestion durable de la ressource. La création de réservoirs et de réseaux de canaux adaptés mis en œuvre par les anciens souverains locaux offraient un accès à tous, fondé sur la disponibilité des réserves au fil des saisons et sur les besoins agricoles et domestiques.
Depuis la Révolution Verte qui a suivie l’indépendance de 1947, dans ces régions majoritairement rurales et agricoles, la recrudescence des nouvelles techniques de pompage et la recherche d’un rendement plus prometteur a mis en péril les minces réserves souterraines. De plus, le rapport à l’eau des usagers tend paradoxalement vers un gaspillage de cette précieuse ressource dont la qualité est par ailleurs menacée par une pollution grandissante due à une utilisation souvent inadaptée des intrants phytosanitaires.
Face à ce constat alarmant, les populations villageoises appuyées par le gouvernement et certaines Organisations Non Gouvernementales ont opté pour la revalorisation de ces anciens systèmes hydrauliques. Les villageois nous ont témoigné de leur changement de mentalité face à l’avenir qui leur été réservé : les avantages de récoltes supplémentaires que leur offrait l’intensification des techniques ont été abandonnés au bénéfice de la préservation de la ressource qui assurera un meilleur avenir pour les générations futures.

LE GANGE : UNE SACRALISATION DANGEREUSE ?
VARANASI, INDE

La ville de Varanasi, considérée comme une des villes les plus anciennes de l’histoire, ne doit son existence qu’à la présence du fleuve Gange qui s’écoule à ses pieds. Le Gange, qui s’étend sur 2500Km de l’Himalaya au golfe du Bengale, est considéré par la religion hindoue comme une déesse, la Mère purificatrice. Le fleuve est la base même sur laquelle se reposent leurs croyances.
Chaque jour, 60 000 personnes viennent pratiquer leurs ablutions rituelles sur les 7 km de berges de la ville de Varanasi: du lever du soleil aux derniers rayons du jour, les habitants accompagnés de dizaines de milliers de pèlerins venus de l’Inde entière viennent s’immerger dans ces eaux vénérées ou finir leurs jours dans la ville afin d’y être incinéré et y voir leurs cendres emportées par les eaux du fleuve sacré.
Parallèlement, la vie quotidienne autour du fleuve a des conséquences environnementales catastrophiques sur la pollution de ce cours d’eau : les habitants viennent s’y baigner, y étancher leur soif, laver leur linge, jeter leurs ordures, baigner leur troupeau, et les berges servent de toilettes publiques. Contrairement aux idées reçues, ces contaminations aisément visibles ne représentent que 5% de la pollution totale des eaux. Selon les résultats du Swatcha Ganga Research Laboratory, unique laboratoire d’analyse des eaux du Ganges de la ville, les cours d’eau dans lesquels sont déversées les pollutions plus localisées des industries locales représentent 95% de la contamination du fleuve. Ces dernières, par manque de réseaux d’évacuation et de centres de traitement, rejettent d’autre part dans les affluents la quasi-totalité des eaux usées domestiques.
Les échantillonnages révèlent que la quantité de coliformes fécaux peut atteindre jusqu’à 67 000 fois la limite imposée par les standards indiens pour la baignade. Même si les chiffres peuvent être difficilement vérifiés avec exactitude, certaines sources indiquent que tous les ans, la pollution du Gange contribuerait directement ou indirectement au décès de près de 1, 5 millions d’enfants indiens en-dessous de 5 ans, victimes de maladies liées à l’eau.
Depuis les années 70, des Organisations Non Gouvernementales ont pris conscience de ce fléau sanitaire, et tentent par le biais de programmes de recherche et de sensibilisation de changer les comportements tout en considérant conjointement les résultats scientifiques, les considérations religieuses, ainsi que les aspects culturels et traditionnels que présente le fleuve.
Cependant, ces institutions se retrouvent confrontées à un cloisonnement des consciences : les croyances, qui présentent le fleuve comme éternellement pur, la prise de conscience collective face à la présence d’une pollution incontestable et des habitudes quotidiennes bien difficiles à oublier.
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La Bibliothèque de Noria

Vandana Shiva, La guerre de l’eau

La guerre de l’eau de Vandana Shiva. Ed. Parangon, 2003

Dans « La guerre de l’eau », Vandana Shiva soulève la question de la privatisation de l’eau, du coûts et des profits qui en découlent. Cet ouvrage de référence présenté par une des chefs de file des militants écologistes et altermondialistes internationaux, offre un axe de réflexion qui ne peut être ignoré. Vandana Shiva est récipiendaire du prix Nobel alternatif (1993).

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L’or Bleu, nouvel enjeu géopolitique?

L’or bleu, nouvel enjeux géopolitique? sous la direction de Barah Mikaïl. Ed. Dalloz / IRIS, 2007

Cet ouvrage, publication de la revue trimestrielle de l’IRIS – Institut des Relations Internationales et Stratégiques – nous donne les clefs de compréhension axées sur les coulisses du monde de l’eau sur la planète. Les enjeux politiques, stratégiques et économiques, l’accès à l’eau et la place de la société civile dans les pays émergents.

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Guide de l’eau, Céline Rouyrre

Guide de l’eau de Céline Rouyrre. Ed. Seuil Céline Rouyrre, 2003

Ingénieur agronome à l’INAPG (Institut national Agronomique Paris-Grignon), expose dans cet ouvrage l’impact de la pollution et de l’usage parfois immodéré de l’eau à l’échelle individuelle. Introduisant différents aspects de la problématique (santé, distribution, gestion, etc.), elle met le doigt sur la vigilance dont doit faire preuve tout citoyen et propose de préserver la resource par des moyens simples à la portée de tous.

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Imaginaires de l’eau, imaginaire du monde

Imaginaires de l’eau, imaginaire du monde, coordonné par Hana Aubry. Ed. La Dispute, 2007

Ce livre est un très beau recueil dont le mérite réside dans l’originalité du regard qu’il porte sur l’or bleu. Il offre au lecteur une dimension originale du monde de l’eau auquel nous sommes confrontés quotidiennement. Rites, croyances, tabous mais aussi mythes et symboles sont autant de voies dans lesquelles se sont engagées les dix auteurs. Un ouvrage audacieux qui s’ouvre sur l’imaginaire de l’eau et sur cet aspect humain qui reste au coeur du projet Noria.

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Soifs d’Orient, Du Baikal au Bengale T1, Caroline Riegel, Ed. Phebus, 2008

Méandres d’Asie, Du Baikal au Bengale T2, Caroline Riegel, Ed. Phebus, 2008

Caroline Riegel, ingénieur en constructions hydrauliques de formation, a choisi de partir elle aussi sur la route de l’eau. Partir pour découvrir et comprendre la ressource, ses enjeux et ses interactions avec l’homme. A pied, en chameau, à cheval, en âne, à vélo, Caroline a su prendre le temps pour rallier le Lac baikal au Mékong. Deux ouvrages chaudement recommandés.

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L’avenir de l’eau: petit précis sur la mondialisation II, Erik Orsenna (de l’Académie Française), Ed. Fayard, 2008

 » Dans dix ans, dans vingt ans, aurons-nous assez d’eau ? Assez d’eau pour boire ? Assez d’eau pour faire pousser les plantes ? Assez d’eau pour éviter qu’à toutes les raisons de faire la guerre s’ajoute celle du manque d’eau ? Dans l’espoir de répondre à ces questions, je me suis promené. Longuement. Du Nil au Huang He (Fleuve Jaune). De l’Amazone à la toute petite rivière Neste, affluent de la Garonne. De l’Australie qui meurt de soif aux îles du Brahmapoutre noyées par les inondations… […] Peu à peu, j’ai fait plus ample connaissance avec notre planète. J’ai vu s’aggraver partout les inégalités, notamment climatiques. Mais j’ai vu aussi la réussite du pragmatisme, de belles coopérations entre administrations et entreprises privées. J’ai vu des illusions et des férocités à l’œuvre. De retour de voyage, voici maintenant venu le moment de raconter. Un habitant de la planète sur six continue de n’avoir pas accès à l’eau. Un sur deux vit sans système d’évacuation. Pourquoi ? « 

Parcourez le monde de l’eau avec Erik Orsenna qui sait, dans cet ouvrage, ouvrir ses yeux et ses oreilles et restituer ses découvertes avec simplicité et humilité. Qualités rares chez les « chercheurs d’eau ». Un beau livre qui offre évasion et réflexion.

Un coup de chapeau tout particulier pour son site www.erik-orsenna.com et son blog www.erik-orsenna.com/blog où vous trouverez mille informations sur l’or bleu.

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L’eau Rare

Eau douce disponibleImage © WRI

L’ONU considère une région en « stress hydrique » quand ses ressources naturelles en eau sont inférieures à 1700 m³/an/personne. Les pays les plus menacés sont ceux du golfe arabique. Le Koweït dispose ainsi de moins de 10 m³ d’eau/personne/an, les Emirats Arabes Unis de 58 m³/personne/an. Le développement économique et le régime alimentaire influent fortement sur la consommation : un américain consomme ainsi 600 litres d’eau par jour, contre 200 à 400 litres pour un européen et moins de 10 litres pour un africain. En 2025, 48% de la population mondiale devrait habiter dans des régions de stress hydrique, selon le World Resources Institute.

Source: http://www.journaldunet.com