[21 juil 2008 | 53 commentaires | ]

anniversaire_fab.jpg

Kassdédis dans les commentaires ^^

[8 juil 2008 | Un commentaire | ]

Lundi 14 avril 2008, Pakistan, Inde
Drapeau pakistanais Drapeau indien

Alors que nous croyions être libérés du zèle militaire, l’hôtel nous informe que nous ne pouvons partir avant l’arrivée d’une nouvelle escorte. Or, la ville de Lahore exceptée, la région du Punjab n’a pas la réputation d’être une zone dangereuse. Après trois quart d’heure d’attente et alors que nous avions décidé de nous lever tôt pour mettre les voiles de bonne heure, nous décidons de partir sans eux. S’ils tiennent vraiment à nous accompagner, ils ne mettront pas bien longtemps pour nous rattraper.

La route est bonne. L’escorte nous abandonne. Un verger chatoyant nous offre les premiers bourgeons de notre aventure. Nous sommes tout émus par ce spectacle printanier. Dans les paisibles villages de la région chacun vaque à ses occupations.

Premiers bourgeons

Petit village pres de Lahore

Au niveau de Lahore, nous sommes tiraillés par une envie irrésistible de visiter cette ville de légende et la raison, qui nous pousse à ne pas y faire de longue halte : en effet, depuis quelques temps, et ces jours-ci particulièrement, plusieurs bombes ont déchiré le centre ville, les bazars et les lieux d’intérêt. La découverte d’une ville telle que Lahore nécessitant au moins quelques jours de visite, nous décidons de traverser seulement la ville pour rejoindre, malgré nous, la frontière indienne.

Doublés par un dromadaire

A chaque frontière, l’émotion est grande. Mais celle de l’Inde représente pour nous les retrouvailles avec un monde qui nous est cher et familier. Nous réalisons pour la première fois l’accomplissement de cette première partie du voyage. L’excitation est à son comble. Depuis notre départ, nous nous projetions au moment précis où les roues de Rustine traverseraient cette démarcation symbolique.

Waga border, porte de l’Inde

La nuit va tomber sur le poste de douane et la fameuse cérémonie du bravado va pouvoir commencer. Ce rituel consiste en une démonstration théâtrale des forces militaires indiennes et pakistanaises et incarne indirectement, à travers une expression simulée, de la puissance des deux armées, la fraternité entre les deux pays voisins. Le spectacle s’achève sur la descente des étendards, synchronisée, que les officiers prennent soin de faire disparaitre à vitesse égale sous ces cieux controversés par les querelles politiques et territoriales.

Soldat indien

Spectateurs indiens

Nous quittons alors la foule des spectateurs pour nous diriger vers Amritsar à 15 kilomètres de là, et y passer la nuit.

Samedi 12 avril et dimanche 13 avril 2008, Pakistan
Drapeau pakistanais

Nous n’avons pas été les seuls à avoir souffert de la route. En jetant un œil attentif à l’état de Rustine, nous découvrons le pire: le châssis n’a pas résisté aux dures épreuves que nous lui avons faite subir. Prostate du quinquagénaire, le châssis est la faiblesse des vieilles deux-chevaux et la hantise suprême du voyageur double-chevalesque. Objet d’une inquiétude quasi-permanente.

Une belle fissure partage le bras avant-droit de la plateforme.

Nous consacrerons une bonne partie de notre halte à Multan à la réparation de cette brèche, qui est à nos yeux une douloureuse crevasse, élément décisif à la poursuite de notre voyage. Nous confions notre destin à un petit soudeur au coin de la rue. Tout en évaluant les forces qui agissent sur le châssis, les points de pressions et la tension qu’il faudra appliquer lors de la soudure, nous nous efforçons de faire comprendre à l’artisan l’enjeu que représente son travail. Mais loin d’imaginer l’étendue de notre voyage, le simple fait de rouler dans cette épave est pour lui un exploit en soit. Il promet de rendre hommage à cette cocasse folie en y consacrant toute son attention. Nous tenons le pari, et une fois les travaux achevés, remercions notre bienfaiteur avec de l’espoir plein les yeux…dans les siens, une lueur de confiance…mais sait-il que la traversée de 7 nouveaux pays et près de 11 000 kilomètres nous attendent encore pour atteindre le Laos ?

Remplacant de Rustine?

Boite aux lettres pakistanaise

Vendredi 11 avril 2008, Pakistan
Drapeau pakistanais

Jour de grève sur Quetta. En l’apprenant hier soir, nous avons décidé de partir aux aurores et éviter ainsi de nombreuses complications. D’autant que le phénomène de foule est parfois inquiétant tant Rustine attire les regards.

Moment de gloire pour Rustine

A partir d’ici, les autorités pakistanaises nous déchargent de notre escorte que nous saluons avec gratitude pour sa gentillesse et sa patience.

Ca change des dromadaires!

Nous quittons Quetta à 5 heures du matin pour nous engager, seuls, sur une piste terrible où les cassis et les ornières sont si profonds que le châssis de la voiture ne cesse de se déposer au sol. Le sable gorgé d’eau et la visibilité réduite favorisent les enlisements. Pour rejoindre la ville de DG Khan, nous avons près de 300 kilomètres à parcourir dans ces conditions. A l’allure ou nous allons, nous ne pouvons pas espérer l’atteindre avant le coucher du soleil. Selon notre bonne fortune, il est même probable que nous y arrivions à une heure tardive de la nuit. Les arrêts sont fréquents.

Derrière un monticule, un lac de boue nous barre soudainement la voie. Nous nous y embourbons jusqu’aux portières. Nous sortons de ce piège avec beaucoup de difficulté. A chacun de ces incidents, nous avons à l’esprit que chaque minute perdue dans ces obstacles retarde notre arrivée à DG Khan et remet en question la facilité avec laquelle nous trouverons un toit pour la nuit.

Un petit camion, seul compagnon de route sur cette piste démoniaque, a pris la même direction que nous. Nous le retrouvons régulièrement entre deux obstacles. L’esprit d’entraide est spontané, presque instinctif. Son petit équipage nous sort plusieurs fois de situations très critiques.

Coucher du soleil sur les montagnes

A 22h, après 17 heures de conduite sans aucune pause, nous arrivons, épuisés mais soulagés à DG Khan. Notre ami Bashir nous a fait savoir que son frère pourrait nous accueillir pour la nuit. Mais les autorités locales ne le voient pas sous le même angle. Alertées de notre arrivée par les postes de polices précédents, elles nous interceptent à notre passage en faisant vrombir leur vieux 4×4. Le chef de patrouille, le regard arrogant, nous apprend que les étrangers n’ont pas droit de résidence dans la ville. Les arguments de notre bref passage -pour la nuit seulement-, de notre journée difficile et celui et notre invitation du frère de Bashir ne lui fait pas défroncer les sourcils. Il est formel : « Vous ne passerez pas une minute de plus ici. Je vous escorte jusqu’à la sortie de la ville ». N’ayant même plus la force de lui exprimer tout le bien que nous pensons de lui et de ces ordres, nous disparaissons, exténués, dans la nuit noire pour poursuivre notre route vers Multan.

Il nous faudra 3h et demi de plus, beaucoup de vigilance et autant de patience pour atteindre la ville. Voila 23heures que nous roulons sans arrêt quand nous apercevons les lumières de la ville salvatrice. Nous nous effondrons dans la chambre d’un hôtel du centre.

Jeudi 10 avril 2008, Pakistan
Drapeau pakistanais
En partant tôt, nous pouvons atteindre Quetta dans la matinée. Assez tôt pour retrouver notre ami Bashir dont l’avion pour Islamabad est prévu en début d’après-midi. Ce dernier a fait le trajet spécialement pour nous accueillir, deux jours auparavant. Nous avons en effet deux jours de retard sur notre rendez-vous et pour des raisons professionnelles, il ne peut rester plus longtemps en notre compagnie.

Sur la route poussiéreuse qui mène à Quetta, de nombreux militaires méfiants sortent de leurs tentes obstruées de gros sacs de terre et contrôlent nos papiers. La route est littéralement inexistante. Parfois, un ruban de bitume affaissé rajoute à ce paysage hostile un caractère presque funeste.

Check point militaire

Vestige d’une route

A travers la vitre

A notre grand regret, la présence de l’escorte militaire qui nous accompagne ne facilite pas les rencontres. Cependant, à chaque arrêt, pour un verre de chai ou le plein du réservoir, les sourires nous entourent et les mains généreuses nous viennent en aide.

Entraide

Bus pakistanais

A notre arrivée dans la capitale baloutche notre ami nous accueille avec deux splendides bouquets de fleurs parfumées et met à notre disposition une chambre dans les locaux du gouvernement, généralement réservée aux invités officiels. Nous logeons au cœur de la ville.

Phone whalla

Accueil fleuri de notre ami Bashir

Pour la première fois depuis notre entrée dans le pays, nous tâtons l’atmosphère urbaine pakistanaise. Une furieux parfum qui nous est familier inonde nos naseaux…quel est-il ?.. mais l’Inde bien sur ! Entre les rickshaws décorés et les grosses voitures dernier cri, les rues fourmillent de charrettes couvertes aux roues de bois.

Charrette

Charrette 2

A leurs modes vestimentaires, nous nous efforçons de différencier les multiples ethnies de la région. Par sa situation géographique qui place la ville aux abords de l’Afghanistan – sur la route de Kandahar – et ouvre la voie à l’éprouvant voyage vers l’Iran, Quetta est un véritable melting-pot : aux Pachtouns, Baloutches, Brahui, Punjabis et Mohajirs s’est ajoutée ces dernières décennies une population croissante de réfugiés Afghans.

Derrière nous, nous oublions bien vite la route éreintante du désert baloutche et apprécions le climat d’altitude (Quetta culmine à 1700m), la présence de Bashir (une des rares têtes familières que nous avons retrouvé depuis le début de notre voyage) et le somptueux repas qui nous attend : côtes de mouton, biryani afghan, kebabs, et raita (crudités au yaourt).

Festin avec Bashir

Festin avec Bashir 2

Le bazaar de Suraj Ganj est en plein effervescence. De temps en temps, cette foule très majoritairement masculine (quelques femmes, cependant, en burqa ou plus légèrement voilées) se précipite sous les minuscules devantures des échoppes pour s’abriter des averses, prémices de la mousson. Nous les imitons aussitôt. Alors tassés sous un minuscule fronton de tôle d’un vendeur de chapal (sandales) ou d’un pan-wallah (vendeur de friandise à mâcher à base de noix d’arec, de bétel et de tabac), les langues se délient et les curiosités sont satisfaites. Au son des trombes de pluie, nous faisons de belles rencontres.

Mais il est temps de nous mettre à la mode locale : ici, mes t-shirts et la tenue iranienne de Coralie attirent tous les regards. Sans avoir la prétention de pouvoir passer inaperçus, nous nous sentirons tout de même plus à notre aise en shalwaar kamiz et en punjabi.

Aurais-je perdu quelques kilos?

Nous voila parés!

Mercredi 9 avril 2008, Iran, Pakistan

drapeau iranien Drapeau pakistanais

Les grilles s’ouvrent enfin sur les premières dunes du Baloutchistan pakistanais. Sous les saluts de nos compagnons de chambrée, nous démarrons Rustine et disparaissons dans un nuage de sable ocre.

A peine la frontière franchie, nous regrettons déjà la discipline des administrations iraniennes : malgré que ce cul-de-sac persan dans lequel nous évoluons depuis quelques temps n’incarne pas vraiment l’ordre et la cohérence, les douanes pakistanaises font figure de cancres à ses côtés. Le bitume crevassé laisse place à la piste poussiéreuse, les files d’attente se transforment en mêlées chaotiques…Cependant, les interminables expectatives, accoudés au guichet, prennent soudainement la forme de véritables cérémonies de bienvenue et de processions de thé brûlant.

Le thé est devenu en quelques dizaines de mètres une véritable institution, un rituel d’une importance presque sacrée. Le thé n’est d’ailleurs plus du thé, mais du chai, ce mélange de lait, de cardamome, de cannelle, de clous de girofle, de quelques pincées de thé noir et d’une quantité industrielle de sucre. Depuis notre dernier voyage en Inde, le chai nous a manqué. Nous le retrouvons comme un vieil ami qui ne nous quittera plus et sera pendant plusieurs mois notre meilleur compagnon de voyage.

Nageant dans leurs uniformes kaki, deux militaires nous précèdent dans le bureau d’immigration. Ils semblent être un brin excités par notre arrivée et informe le responsable de notre présence. En effet, derrière le bureau en formica nous attend un message griffonné sur un bout de papier. Les douaniers l’avaient consciencieusement conservé depuis deux jours. La missive provient de notre ami Bashir, chef de projet de gestion des ressources naturelles au gouvernement pakistanais, et nous informe qu’une escorte de sa section nous attend.

C’est ainsi que nous faisons la connaissance de Leshkar Khan, un grand timide au sourire embarrassé, flottant lui aussi dans les plissures de son costume. Il ne parle pas anglais, mais nous comprenons que notre poisson-pilote est arrivé de Quetta il y a plusieurs jours à la demande de notre ami et nous attend ici depuis, dans les cahutes de ce poste douanier. Avec son air timide, son allure de marionnette inoffensive et son arme trop lourde, Leshkar semble avoir été affublé de cet uniforme par un étrange hasard dont notre officier lui même a l’air d’être encore tout ahuri. Le sourire aux lèvres, nous nous imaginons notre escorte, alors subordonné d’un employé de bureau, et passant au mauvais endroit au mauvais moment, se voyant travesti à son insu et en un clin d’œil pour être envoyé illico-presto sur une mission de protection rapprochée.

Malgré que notre escorte soit d’excellente compagnie, Rustine ne peut compter que deux voyageurs et il nous faudra trouver un autre véhicule en partance pour Quetta, un voyage de 2 jours, pour que Leshkar puisse y prendre place.

Nous conduisons pour la première fois à gauche de la chaussée. Un copilote est indispensable et Coralie aura à partir d’aujourd’hui un rôle de première importance. D’autant que les seuls véhicules que nous apercevons sur ces pistes baloutches sont d’imposants camions dont le chargement triple volontiers leurs dimensions d’origine. Doubler un de ces géants de la route serait impossible sans avoir la visibilité côté passager.

Les camions pakistanais sont la fierté du pays et méritent bien leur réputation dans la région. Les routiers mettent tous les moyens nécessaires pour faire de leurs bahuts de véritables musées ambulants. Les pans de bois sont couverts de minutieuses peintures alors que d’imposantes avancées ornementées de grelots, de franges et de parures éblouissantes font figure de proue. Chaque centimètre de ces carrosses est peint, orné ou enjolivé avec une méticulosité étonnante.

Detail d’un camion Pakistanais

Camions pakistanais

Detail d’un camion Pakistanais 2

Les villages sont rares. Les pakistanais de cette région, qu’ils soient Baloutches, Pachtounes ou d’origine Afghane arborent la légendaire shalwaar kamiz, tenue traditionnelle formée d’un pantalon ample d’une longue tunique à col mao et parfois d’un veston de feutre. Tous les visages sont dissimulés derrière de longues barbes fournies et de turbans couleur tabac. Les femmes sont tout simplement inexistantes, absentes du tableau. Mais paradoxalement, les hommes se tournent volontiers vers Coralie pour faire la conversation. La retenue iranienne dictée par les mollahs l’avait à son grand regret mise un peu à l’écart des discussions.

Joyeuse ambiance!

Jusqu’à Dalbandin, au cœur du désert, la route est goudronnée et relativement correcte. A quelques kilomètres au Nord s’élèvent les reliefs du Chagai qui nous séparent de l’Afghanistan voisin.

Route pakistanaise

Route pakistanaise 2

Rustine dans les montagnes baloutches

Nous faisons halte dans une gargote de routiers et dégustons la cuisine pakistanaise qui nous rappelle avec nostalgie celle qu’on trouve dans le sous-continent indien. Les épices sont eux-aussi au rendez-vous.

Repas avec notre escorte

La route laisse la place à la piste. Une piste unique et inévitable qui, alors que nous roulons déjà à faible allure, nous oblige à nous arrêter complètement, comme en signe de respect, à chaque passage d’un de ces majestueux camions.

Monstre de la route

La nuit tombe et nous roulons maintenant dans de véritables ornières. Notre escorte, en 4X4, à redoublé de vitesse. Notre compteur affiche 40 km/h, vitesse largement inadaptée compte tenue de l’état de la piste. Autour de nous, aucun village, aucune habitation. Rien. Rouler de nuit ici n’est pas vraiment conseillé et quand nous leur faisons part de nos craintes concernant l’état de notre châssis et que nous leurs suggérons de lever un peu le pied de l’accélérateur, nos compagnons nous expliquent que nous devons garder une bonne allure pour atteindre au plus vite le prochain village. Impuissants, nous croisons les doigts pour atteindre Nushki sans avoir de casse…Inch’Allah.

Après 10 heures de conduite et seulement une heure de pause, nous atteignons la petite ville de Nushki, située à 25 kilomètres au sud de la frontière Afghane. A Nushki, pas de chambre pour les voyageurs, pas de guest-house ni d’hôtel. Alors, avec l’aide de nos compagnons et de l’armée locale qui s’est empressé de rejoindre notre cortège, nous réquisitionnons un petit réfectoire dont le propriétaire, Mohamed, nous accueille avec un grand sourire qu’il aurait bien du mal à dissimuler malgré son imposante barbe noire. Sous sont petit calot rouge, il a dans la tête des idées qui fusent. Il n’est pas question de laisser passer une occasion pareille de faire la fête et il se voit déjà passer une nuit aussi blanche que sa tunique. En apprenant que nous voyageons avec un petit ukulélé, Mohamed nous envoie ainsi chercher l’instrument dans l’idée d’une folle nuit festive. Mais la journée fut rude et nos paupières lourdes. Après plusieurs chai, mais bien trop tôt pour notre hôte, nous nous étendons sur le sol, exténués, auprès de Leshkar Khan, la kalachnikov sous la nuque.

Halte a Nushki

Changement de role

Mohamed, notre hote

Belle equipe!

[28 mai 2008 | 2 commentaires | ]

Du dimanche 6 avril 2008 au mardi 8 avril 2008, Iran

Drap iran

Nous retrouvons Zahedan et ses tourments pour un bref passage éclair. Rustine est toujours là et nos militaires itou. Après la prière, les clients de l’hôtel sortent en masse de la masjid (mosquée improvisée dans une chambre vide). Dans le couloir crasseux, une bande de routiers m’interpellent alors pour boire le thé. Ils sont Pachtounes, Baloutchis, Afghans, Azéris, tous faisant éloge de leur pays, de leur communauté, dénigrant leurs collègues avec des rires tonitruants et des tapes dans le dos.

Mais c’est l’heure de prendre la route pour la frontière pakistanaise. Mirjaveh, le poste frontière nous attend à 80 kilomètres de là (dépendants de nos escortes successives, sept heures de route nous sont nécessaires !). A notre arrivée, nous voyons les grilles frontalières se fermer sous notre nez. Nous avons quitté l’Iran, mais ne sommes pas encore au Pakistan. No man’s land. Zone franche. Heureusement, un petit motel est là pour porter secours aux infortunés. Infortunés, c’est le cas de le dire. Nous avons justement plus un Rial en poche, et le manager n’accepte pas les roupies pakistanaises. Nous faisons les yeux doux à notre voisin de chambre qui accepte finalement de nous changer quelques euros que nous avions gardé pour ce genre de mésaventure.

Nuit frontalière

Du lundi 31 mars 2008 au samedi 5 avril 2008, Iran
Drap iran

Nous retrouvons Yazd que nous avons quitté 7 jours plut tôt.

Yazd, vue du ciel…photo de photo

Nous profitons de notre retour dans cette ville qui nous est maintenant familière pour faire part à un artiste local d’un petit caprice que nous avons en tête depuis longtemps. Nous voulons décorer Rustine d’un vers en écriture persane du grand poète Hafez : « Les beautés du persan sont des sources de vie, échanson, va le dire aux pieux vagabonds ». Majid, peintre et dessinateur de renom, accepte de nous rendre ce service. Profondément touché par l’intérêt que nous portons à l’art et à la culture iranienne, ce dernier nous donne même rendez-vous dans son atelier pour une petite surprise. Accompagné par Ahmed, son élève, nous nous rendons dans sa galerie où sculptures, aquarelles et photos couvrent les murs. A peine arrivé, me voilà poussé sur une chaise sous un spot brûlant. Cinq minutes plus tard, Majid me tend un portrait de moi étonnamment réaliste. Sacré talent.

Alter-égo

Majid et son équipe

Pour officialiser notre amitié, nous sommes invités à diner chez Majid. Les plats sont aussi diversifiés que raffinés. Nous sommes présentés au reste de la famille qui nous accueille comme leurs propres enfants.

Repas en famille

Repas en famille 2

Toute la famille de Majid se joint à lui pour nous convier à la sortie du vendredi. Ils ont tous coutume de se retrouver, le jour sacré de la semaine, à leur maison de campagne, dans le village de Dehbala, à quelques 60 kilomètres de là. Nous y passons un moment fabuleux, intégrés à cette grande famille joyeuse, goûtant des mets délicieux et discutant de botanique sous les fleurs des cerisiers.

Après-midi à la campagne

Après-midi à la campagne 2
Dimanche 30 mars 2008, Iran
Drap iran

Nous apprenons par notre ami Pakistanais Bashir que le Congrès International de l’Agriculture qui devait se dérouler dans une semaine à Quetta est annulé. Le renversement du gouvernement pakistanais de la semaine dernière et la soudaine mise à l’écart de son chef d’état, le Général Musharraf, en est la cause. Le pays étant en pleine ébullition et les attentas suicides se multipliant dans les grandes villes pakistanaises, nous décidons de prendre les devants et demander ici notre visa pour l’Inde.

Portrait

Pour nous rendre au minuscule consulat indien, la tâche n’est pas aisée et il nous faudra faire preuve d’une grande patience. Une escorte fait le pied de grue à l’entrée de notre hôtel et pour tout déplacement, aussi ridicule qu’il soit, nos soldats sont immanquablement sur nos talons. Pour traverser la rue à la recherche d’une miche de pain ou quelques fruits, ils ne nous lâchent pas d’une semelle. Alors nous rendre à l’autre bout de la ville s’avère être un vrai défi pour les nerfs. De plus, chaque voiture à son secteur. A chaque centaine de mètres parcourus à bord de leur véhicule, nous devons attendre la relève. Le trajet de deux kilomètres entre notre hôtel et le consulat, fort d’une logistique désastreuse, nous prend la journée. Nos nerfs sont déjà à vif quand le consul nous apprend alors que la durée d’obtention du document est d’une semaine minimum. Rester une semaine de plus dans cet enfer est inconcevable.

Piaule de Zahedan

Plutôt que de croupir dans notre chambre d’hôtel miteux, nous prenons une décision aussi rapide qu’unanime : une fois la demande effectuée, nous retournerons dès aujourd’hui à Yazd, en bus cette fois, jusqu’à la délivrance du visa. 14 heures de trajet nous attendent, 890 kilomètres à contre courant de notre voyage, et pourtant, nous sommes soulagés de quitter la ville.

Dans cet environnement incertain, la seule option raisonnable concernant Rustine est de la laisser dans un commissariat. Décrétant que la nonchalance et l’antipathie dont ont fait preuve nos militaires durant nos longues heures d’escorte valaient bien ce petit service, nous déposons notre carrosse devant une caserne de police en leur faisant comprendre que nous espérons bien la retrouver dans le même état et que nous les tiendrions pour responsable dans le cas inverse. Face à la désapprobation du chef et au départ imminent du dernier bus – ultime chance d’échapper au triste sort qui nous pend au nez – nous ne lui laissons pas le choix et lui jetant un regard plein d’avertissements, nous lui tournons le dos pour sauter dans le bus.

Bus iranien

Nous nous dirigeons pour la première fois vers l’ouest. Les têtes chevelues des dromadaires dépassent des dunes de sable. Les postes douaniers se succèdent, faisant descendre en pleine nuit tous les passagers, ouvrant, vidant et vérifiant un par un les bagages. Petite astuce pour gagner un peu de temps : faites dépasser un soutien-gorge à l’ouverture du sac et vous verrez des reflets écarlates monter aux joues de l’agent iranien. Il passera sans aucun doute son zèle sur le bagage du voyageur suivant.

Samedi 29 mars 2008, Iran
Drap iran

La relève de l’escorte est assurée. Nous reprenons la route vers l’est, précédés par nos nouveaux anges gardiens qui, délogés de leurs thés fumants, semblent aussi enchantés que nous de leur nouvelle mission. En voyant notre bolide et craignant alors de devoir consacrer la semaine pour rejoindre la prochaine équipe, un militaire inquiet nous interroge : « Et à quelle vitesse maximale roule votre tacot ? »

Rustine bien protégée
Nous devons, pour rejoindre la lugubre ville de Zahedan, traverser 330 kilomètres de désert. Nos gardes du corps ne pouvant nous assurer que nous y trouverons de l’essence – Zahedan semble être un sujet de conversation à éviter ici. Nous avons eu toutes sortes d’échos assez décourageants concernant cette ville frontalière – nous remplissons à la seule station service notre réservoir (20L) et nos jerricans (2x20L).

Les escortes se multiplient. Après chaque vingtaine de kilomètres parcourus, une nouvelle équipe nous ouvre la voie. Si certains sont assez consciencieux dans leur tâche, aucun ne fait du zèle, et quelques-uns, non scrupuleux, nous donnent carrément rendez-vous au prochain poste de police. C’est dans ce contexte qu’un de nos pneus rend l’âme. Seuls sur le bord de la route, les reliefs afghans en face de nous et une petite boule au ventre, nous débattons du bienfondé de ces mesures de sécurité tout en changeant la roue défectueuse. Dans le doute, nous envoyons alors à nos sauveurs absents nos compliments pour leur sens du devoir.

Pas vraiment le choix…

Retrouvailles

Zahedan, préfecture du Baloutchistan iranien, est à la hauteur de sa réputation. Nous entrons dans un autre monde. Coincée entre les montagnes noires à l’ouest où les armes se vendent sous la tunique, la frontière afghane au nord où les groupuscules terroristes ont leurs bases et le désert Baloutche pakistanais à l’est, qui est le théâtre des plus importants trafics d’opiacée et d’autres drogues en tous genres, Zahedan se fond dans l’ambiance locale.

Les gens ont changé d’allure et de faciès. Les épaisses barbes sont de rigueur, les longues tuniques tombent sur les pantalons amples, quelques turbans font leur apparition. Les sourires sont rares et les discussions sont difficiles. Peu d’étrangers passent dans le coin, et, sans que nous soyons les malvenus, l’atmosphère est loin d’être chaleureuse. Le cadre est brut, sévère. Peut être est-ce dû à l’ absence totale de femmes dans le décor. Nous espérons que, comme nous l’avons entendu, la gravité de ces regards ne franchit pas les limites de la ville et que les prochaines escales nous feront oublier cette étape lugubre.

Vendredi 28 mars 2008, Iran
Drap iran

En direction de Bam, au sud du Dasht-e-Lut, la chaleur devient de plus en plus présente. La capote ouverte, nous croquons les délicieuses figues séchées d’Estabhan et de savoureuses pistaches.

Bam constituait, il ya quelques années encore, un des joyaux des nombreux vestiges du pays. Avec Persépolis et Ispahan, la citadelle de Bam a séduit les voyageurs depuis plus de cinq siècles. Cependant, la magnificence de ce site enchanteur s’est subitement volatilisée le matin du 26 décembre 2003 lorsqu’un tremblement de terre de 6,8 sur l’échelle de Richter frappa la ville, ses habitants et sa somptueuse citadelle. Plus de 25 000 personnes ont été tués par ce désastre. Près de 80% de la ville fut détruite. Aujourd’hui, plus de 4 ans plus tard, nous trouvons la ville comme si le séisme s’était produit la veille. Par manque de capital, peu des rescapés ont pu reconstruire leur logement et les rares institutions humanitaires internationales ont aujourd’hui mis les voiles. Au beau milieu des ruines, seuls les eucalyptus centenaires et les palmiers-dattiers demeurent sur pieds. Les infrastructures, services publics, administrations sont quasi-inexistants. Le bazar fait bien pale figure : les échoppes ont élu domicile dans des containers de fret, bien rangés les uns à coté des autres, formant des rues métalliques et rajoutant au triste spectacle de la ville un caractère désolé. Nous percevons dans les yeux des habitants une tristesse sans précédant dans notre voyage.

Le nouveau “bazar” de Bam

Pour ajouter un peu de grisaille à tout ça, en entrant dans la ville, nous pénétrons aussi dans la zone dite sensible de notre itinéraire. A partir d’ici, et jusqu’au cœur du Pakistan, les gouvernements iraniens et pakistanais exigent que nous soyons accompagnés d’une équipe militaire. Ici, elle s’appelle Javar, Massoud et Azadi.

Malgré nos poissons-pilotes sur le dos, nous décidons de visiter ce qui reste de la citadelle. Si nous n’avions pas vu de photos du site avant le désastre, nous aurions bien du mal à imaginer le spectacle que découvraient, au cœur du désert, les voyageurs d’antan. Pour donner un semblant de vie au lieu, quelques musiciens traditionnels font raisonner leurs flûtes et leurs tambours.

Vestiges de la citadelle

Jamais sans notre escorte

Notes plaintives ou espoir musical?

Avant…

…après.

Jeudi 27 mars 2008, Iran
Drap iran

Le bitume qui s’étend jusqu’à Kerman semble être déroulé sur une mer de sable et de cailloux. « Au prochain arbre, on s’arrête pour manger ! ». Malgré la bonne idée de Coralie, il a fallu attendre 30 kilomètres pour que la condition soit satisfaite.

L’opium est partout. Invisible mais omniprésent. Les yeux des routiers sont creusés par ce vice. Sur cette route déserte, les rares échoppes de tôles brulantes dégagent de fortes odeurs âpres et les marchands qui les occupent ont parfois l’allure macabre qui caractérise les fumeurs de longue date.

Kerman, bien qu’elle soit rafraîchie par de grands arbres salutaires, ne présente pas beaucoup d’intérêt. Notre passage permettra au moins de faire une lessive, rapiécer les trous de nos pantalons et passer la nuit dans la chambre sordide d’un hôtel qui, par la rareté des clients, semble avoir oublié qu’il en était un.

Petit moment de lessive
Mercredi 26 mars 2008, Iran
Drap iran

La tranquillité de la nuit fut entrecoupée de quelques bruits de moteurs nasillards étouffés par la densité de la végétation. Ce sont des contrebandiers qui rallient en mobylette le désert de Lut aux ports du golfe persique par la chaîne de Zagros.

Dans le village d’Estabhan, alors que nous changeons la roue arrière-gauche crevée par les difformités de la route, Mehdi vient à notre rencontre. Avant même que nous nous en apercevions, nous nous retrouvons assis en tailleur autour de toute sa famille, à partager un repas divin préparé par sa mère. Mehdi est exploitant en figues séchées qui font la renommée de la région. Nous quittons la belle famille chargés de ces fruits délicieux « à grignoter pendant la route ».

Petit imprévu à Esthaban

Mehdi et sa famille

La nuit tombe sur Sirjan où nous avons bien du mal à trouver une chambre. Nous échouons finalement dans un trou à rat aux murs fissurés dont les lits restent inflexibles malgré le poids de notre fatigue.

Mardi 25 mars 2008, Iran
Drap iran

Persépolis nous attend. Nous arrivons à point : c’était au temps de Norouz qu’à l’époque de son apogée, la cité achéménide recevait des visiteurs venus des quatre coins de l’empire. Persépolis est un des plus grands chefs-d’œuvre de l’antiquité. Se déployant sur près de 125 000m², la cité fut édifiée au 5ème siècle avant J-C (après un siècle et demi de travaux) puis fut détruite par un incendie commandité par Alexandre le Grand qui la réduisit, en 330 av J-C, à ce qu’elle nous offre aujourd’hui. Même si la magnificence du site de l’époque est difficilement concevable, ses vestiges archéologiques n’en restent pas moins époustouflants.

Pérsépolis

Persépolis 2

Persépolis 3

Nous ne pouvions passer Shiraz sans faire halte au mausolée du grand poète persan Hafez. Nous ne sommes pas tout seul. Fils spirituel du pays, Hafez demeure dans le cœur de chaque iranien. Dans chacun de ses ghazal (poème), le lecteur y interprète sa destinée. Il est de coutume de se faire tirer au sort un de ses vers par une perruche et d’y lire conseils et fortune. Les iraniens se vouent à ce rituel avec le plus grand sérieux.

Tirage au sort des prophéties d’Hafez

Rien ne reste des vignes dont le cépage a rendu la ville de Shiraz si célèbre. Si ce n’est quelques coteaux à l’entrée de la cité, tristement destinés à produire un jus de raisin médiocre et bon marché. Il y a peu de temps encore, l’Iran était le pays de la poésie, des fleurs et…du vin. Nous arrivons visiblement trop tard !

En remontant vers le nord-est, en direction de Kerman, nous faisons halte en bordure d’un immense lac salé, dans un vaste périmètre irrigué où s’étend à perte de vue la verdure des amandiers. Bravant les interdits, nous installons entre quatre arbres notre douche solaire et oublions notre pudeur pour une ablution clandestine.

Bivouac au lac salé

Installation de la douche

Douche furtive

Allongés sur notre couverture, les yeux dans les étoiles, Coralie me demande : « On est à combien de kilomètres de chez nous ? ». Nous venons de passer les 16 000 kilomètres.

Lundi 24 mars 2008, Iran
Drap iran

En considérant notre dur labeur, si certains se demandent pourquoi les voyageurs étrangers de passage sont mis à dure épreuve de la sorte, voici un semblant d’explication : Norouz. Pour donner une idée, Norouz est en Iran ce que Noël est chez nous : Deux semaines de vacances où le pays est littéralement paralysé, amputé de ses moindres fonctions publiques, des ses transports, de ses commerces. Immobilisation totale.

Deux semaines ou les enfants sont pourris gâtés, où les familles se retrouvent à l’autre bout du pays, donnant aux routes iraniennes l’impression de colonnes de fourmis incarnées par des voitures de tout poil coiffées de formidables baluchons qui tanguent sous l’effet de la conduite périlleuse de leurs propriétaires. Le manque général d’engouement pour le travail pousse même le corps policier à réquisitionner de jeunes pré-ados boutonneux pour faire la circulation à l’angle des intersections encombrées.

Deux semaines ou les tentes multicolores dominent le paysage iranien. Les familles alors entièrement reconstituées établissent le campement sur les ronds-points, sur les places des villes, sur le bord des routes…La simple pause générée par une subite envie de thé peut se transformer en un bivouac de trois jours. C’est ainsi qu’à travers tout le pays, à la période de Norouz, les tentes aux couleurs criardes, les samovars à gaz, les nattes en osier, les couvertures moelleuses prennent possession de la moindre touffe d’herbe. Les iraniens sont incontestablement les rois du pique-nique.

Pique-nique de Norouz

Mais Norouz est avant tout la célébration de la nouvelle année. A l’équinoxe du printemps, depuis plus de 2500 ans, chaque iranien prépare cet évènement. Il est de coutume de procéder alors à un grand nettoyage de printemps. Puis chaque foyer dresse sur un petit autel les sept éléments qui symboliseront l’arrivée de la nouvelle année. Le nom farsi de chacun de ces articles commence par la lettre « S ». Chaque jour durant la semaine précédant le jour « J », ils ajouteront un de ces objets sur la petite table : une pomme, un œuf, du vinaigre, de l’ail, des graines, des pièces de monnaie, et…des poissons rouges.

Table des “haft seen”

Dans les ruelles, les familles s’affairent pour réunir les « haft seen » (les sept « s »). Dans de larges bassines posées sur les trottoirs s’amassent (comme leurs cousines les sardines) les poissons colorés. Ils semblent se douter que leur sort dépendra de la délicatesse du petit garnement qui les choisira. Beaucoup ne passeront pas la semaine.

Les victimes de Norouz

Les victimes de Norouz 2

Autour de Yazd, deux villages ont attiré notre curiosité. Meybod et Ardakan ont gardé en leur cœur d’étonnants systèmes hydrauliques traditionnels. Nous y faisons halte pour nous rendre compte de l’architecture exceptionnelle des réseaux de qanats et des glacières traditionnelles, imposants dômes de sables qui préservent jusqu’à la saison chaude l’eau glacée par le froid hivernal.

Qanat de Meybod

Qanat de Meybod 2

Une glacière ancestrale

Avant de quitter la ville de Yazd, remarquant une petite faiblesse au niveau du châssis de Rustine, nous décidons de faire une fois de plus un peu de vide dans nos affaires. Chaque gramme a son importance. Nous nous séparons d’une de nos deux roues de secours et de bien d’autres accessoires. Nous confions d’autre part une de nos cantines métalliques pleine à craquer à Julian. Julian est un intrépide bourlingueur Anglais mais bouddhiste (bouddhiste mais Anglais ?) qui se rend en Inde du Nord-est à bord de son camion aménagé. Les routes Pakistanaises ont la réputation de ne briller que par leur absence…quelque soit le chemin qu’il prenne, il n’y a nul doute que sa « maison sur roue » tiendra plus le coup que notre modeste deux-chevaux. Fidèle à sa confession, Julian accepte avec plaisir de nous rendre ce grand service. Une fois en Inde, il nous laissera quelque part sur sa route notre bagage que nous viendrons récupérer …à moins que nous nous y retrouvions ! « Inch’Allah ».

En descendant vers Shiraz, nous prévoyons de visiter l’immanquable cité de Persépolis. Mais en cette période de Norouz, mieux vaut s’y rendre très tôt le matin. Nous décidons donc de bivouaquer à une dizaine de kilomètres du site. En longeant un petit chemin sec, nous débouchons sur une vallée pierreuse mais d’un charme indéfinissable. Rustine se fraie un passage au beau milieu des troupeaux des nomades Quashqa’i, qu’ils mettent à l’abri des prédateurs en s’armant de vieilles pétoires portées en bandoulière.

Malgré l’isolement de notre repère, d’autres familles iraniennes occupent les lieux. A la nuit tombée, le chant joyeux des femmes s’échappent des feux de camp.

Bivouac près de Persépolis

Bivouac près de Persépolis 2

Du jeudi 20 mars 2008 au dimanche 23 mars 2008, Iran
Drap iran

Lors de notre séjour à Yazd, le responsable de l’hôtel nous proposa de donner un sens à notre séjour en nous offrant l’opportunité de faire un peu de travail manuel. Les entrailles d’acier de Rustine refusant depuis quelques temps de céder aux perversités du voyage, et considérant que par manque d’obligations mécaniques nos doigts s’engourdissaient un peu, il nous a paru effectivement qu’un peu d’activité utile et concrète ne pouvait pas nous faire de mal. Nous écoutons sa proposition. Elle consiste à nous rendre dans le petit village de Kharanaq, à 50km au nord de Yazd, et donner un coup de pouce à l’aménagement d’une future maison traditionnelle destinée à accueillir les voyageurs de passage. Le logement et la pitance nous seront offerts en échange de nos services. Excites à l’idée de transpirer un peu pour une noble cause, nous acceptons la proposition. Nous embarquons avec nous Heni, dite « sea shell », une voyageuse japonaise qui fait notre itinéraire à reculons.

A tort, les étrangers ne se bousculent pas pour visiter l’Iran. Mais cette désertion touristique ne nous empêche pas de faire de belles rencontres pluriethniques et les quelques visiteurs que nous croisons sont généralement des voyageurs au long cours qui ont un tas d’aventures à partager. Par la faible concentration de ces routards, le hasard pousse nos chemins à se croiser régulièrement.

Kharanaq est un petit village de sable de plus de quatre millénaires où se dresse un caravansérail exagérément restauré et une magnifique citadelle en ruine qui laisse dépasser un minaret tremblant. A notre arrivée, on nous apprend que la guesthouse à retaper doit accueillir dès le lendemain les premiers clients. Après un rapide état des lieux, nous comprenons que quelques bras supplémentaires ne seront pas superflus. Voila comment les trois jours suivants s’écoulèrent au rythme des pelles, de la vaisselle tintinnabulante et de la manutention de matelas.

Kharanak

Minaret tremblant, Kharanak

Du haut du minaret, Kharanak

C’est ce qu’on appelle “prendre la porte”

Kharanak 2

Kharanak by night

Kharanak by night 2

Kharanak by night 3

Kharanak by night 4

Aqueduc de Kharanak

[24 avr 2008 | 5 commentaires | ]

Chers lecteurs,

Malgré nos efforts de mise à jour de ce blog, nous avons bien du mal à réduire cet éternel retard que vous aurez tous remarqué.

Nous sommes aujourd’hui à Udaipur, en Inde. La traversée de l’est iranien ainsi que du Pakistan s’est déroulé sans trop de problèmes…sans compter d’indécrottables escortes militaires, un bras de châssis plié, et une petite frustration de n’avoir pas assez profité du Pakistan.

Toujours de merveilleuses rencontres, d’étonnants paysages, et de beaux sujets de reportage…

Mais vieux motard que jamais, les nouvelles suivront incessamment sous peu.

Merci de nous rester fidèles.

[24 avr 2008 | 4 commentaires | ]

Mardi 18 mars 2008 et mercredi 19 mars 2008, Iran
Drapeau Iranien

Les toits de Yazd sont parsemés de « bagdirs », ces tours du vent qui capturent le moindre pouce d’air dans ces conduites rafraîchies par des bassins d’eau froide. Cet ingénieux système est l’ancêtre de notre climatisation.

Bagdir de Yazd

Toits de Yazd

Toits de Yazd3
Yazd et sa région représentait pour notre projet une étape importante. Nous trouvons dans ce coin du pays d’étonnants systèmes d’approvisionnement en eau. Les « qanats » sont d’interminables canalisations souterraines creusées à la main qui permettaient aux villages d’être reliés par un réseau d’eau douce. Ces tunnels peuvent atteindre plusieurs dizaines de kilomètres de long. Les villageois pouvaient ainsi accéder à l’eau en se rendant aux puits édifiés tous les 200mètres. Malgré l’abandon progressif de ce système ancestral, nous avons pu visiter des qanats encore utilisés aujourd’hui et les constructeurs spécialisés ont paraît-il de beaux jours devant eux.

Toits de Yazd2

Qanat
L’aliment de base est ici le chameau. A chaque coin de rue, les bouchers suspendent les carcasses de ces seigneurs du désert.

Boucherie chamelière
Au sud de la ville, sur de petites collines arides se dressent deux « tours du silences ». Leur utilisation à des finsfunéraires est interdite depuis les années 1960, mais de nombreux curieux viennent encore visiter ces édifices zoroastriens.

Tours du silence

Tours du silence2

Lundi 17 mars 2008, Iran
Drapeau Iranien

Bivouac 21

Vaisselle

Bivouac 22

Nous rejoignons Yazd par la route du Sud. Les dromadaires sauvages sont nos seuls compagnons de route.

Rustine et les chameaux

Rustine et les chameaux2

Rustine et les chameaux3

Rustine et les chameaux4

Rustine et les chameaux5
Nous souhaitons faire une halte au petit hameau de Chak-chak, berceau de la religion Zoroastrienne et haut lieu de pèlerinage. Les Zoroastriens vouent un culte au feu, à la terre et à l’eau. Ils considèrent ces éléments comme sacrés. Pour ne pas souiller la terre et l’eau, ils abandonnent leurs défunts dans les fameuses « tours du silence » où les corps seront dépecés par les vautours.Cette conception sacrée de l’eau offre un sujet intéressant que nous développerons au sein de nos comptes rendus du projet Noria.

On the road

On the road2
Nous déposons nos bagages à Yazd. Cette ville au cœur du désert fut autrefois au centre du négoce caravanier. Aujourd’hui encore, Yazd est une ville de caractère.

Yazd

Samedi 15 mars 2008 et dimanche 16 mars 2008, Iran
Drapeau Iranien
Nous rencontrons Camille, un jeune voyageur toulousain à qui nous proposons une petite excursion deux-chevalesque dans le désert de Lut. En bon français, il ne peut refuser une pareille expérience. Le désert constitue un terrain de détente inespéré et nous nous offrons quelques moments d’excentricité.

Petits jeux du désert

Petits jeux du désert2

Petits jeux du désert3

Petits jeux du désert3

Petits jeux du désert4

Petits jeux du désert5

Petits jeux du désert6
Au pied d’un relief rocailleux, nous découvrons une oasis sans nom. Un petit paradis ou l’eau est pure et abondante, où les arbres offrent la meilleure ombre, et les premières fleurs colorent le paysage. Un spectacle qu’on croirait sorti d’un songe. Un Eldorado.

Bivouac 15

Bivouac 16

Bivouac 17

Sans même prononcer un mot, nous avons tous les trois la même idée : nous resterons ici quelques temps.

Nous établissons le bivouac à l’ombre de quelques arbres, tout près des clapotis de l’eau de source.

Bivouac 18

Bivouac 19
Une fois le bois mort recueilli, les pierres du foyer rassemblées et les couchages organisés, nous nous mettons en quête de notre repas du soir.

Nous avons repéré dans les eaux limpides qui courent le long des parcelles, de petits poissons argentés. Nous nous mettons d’en l’idée d’en pêcher quelques uns pour la pierrade de ce soir. Pari gagné ! Après de multiples tentatives infructueuses, plusieurs techniques inefficaces, nous parvenons à capturer les monstres aquatiques que nous dégustons sur une pierre chaude, éclairés par la lune (après examen de la taille des proies, nous optons pour les accompagner d’un peu de boulgour et de quelques saucisses au poulet…cuites sur la grille de ventilateur de Rustine !).

Session pêche

Session pêche2

Pierrade de poisson

Pierrade de poisson2

Repas auprès du feu

Repas auprès du feu2

Bivouac 20

(Les clichés où nous apparaissons tous les deux sont l’œuvre de Camille, Nous tenons à le remercier pour sa participation).

Vendredi 14 mars 2008, Iran
Drapeau Iranien
Sur la route de Nai’n, en quittant Ispahan, nous remarquons à l’horizon, dans le désert qui s’étend vers le nord, une étrange silhouette architecturale qui attise notre curiosité. Un château de terre ocre ? Une citadelle de sable ? Un bastion zoroastrien ? Nous quittons la route pour en avoir le cœur net.En s’approchant de l’enceinte sur la piste de sable, nous découvrons un sublime caravansérail à l’abandon d’une taille impressionnante. Il s’étale sur plusieurs hectares, entouré de toutes parts par l’immensité du désert. Malgré le poids des années et l’hostilité de ce climat sec et venteux, les tours et les minutieux détails des portes en bois sont encore nettement préservés. Dans les abris voûtés qui le composent, les traces fraîches de moutons témoignent du passage récent de nomades. Nous nous perdons pendant plus d’une heure dans l’édifice, explorant chaque salle, chaque porte, chaque toit. Combien de temps faudra-t-il pour que ces vestiges disparaissent parmi les dunes du désert ?

Caravanserail

Caravanserail2

Caravanserail3

Caravanserail7

Caravanserail4 Caravanserail5

Caravanserail6 Caravanserail7

(Cliquez sur les photos pour les agrandir)

Au moment du départ, une marche arrière à l’aveugle projeta dans un bruit apocalyptique notre pauvre Rustine dans… un puits. Bercés par ce silence et cette immensité, nous en avions oublié les vices du désert. Nous voilà donc posés sur le châssis, la roue arrière gauche disparue dans la cavité profonde. Une fois de plus, nous vidons entièrement la voiture. Une grosse pierre calée sous la roue pendante, nous nous armons de la pelle, du levier et de courage, et nous dégageons petit à petit le bas de caisse. Nous formons alors une piste de remblai pour chaque roue et parvenons enfin à sortir Rustine. Par chance, le châssis à tenu le coup.
Piège du désert

Piège du désert2
Nous nous enfonçons dans le désert direction Garmeh, une petite oasis dont on nous a fait des éloges. Le vent chaud nous offre une tempête de sable dont les grains craquent sous nos molaires.

Sur la route de Garmeh

Sur la route de Garmeh2

Garmeh
L’oasis de Garmeh est un véritable havre de paix. Les petits canaux d’irrigation gravitaire sont entretenus quotidiennement par les villageois afin d’approvisionner en eau leur belle palmeraie. Seul le crissement des larges ramures des palmiers-dattiers brisent le silence du désert.

L’oasis de Garmeh et son réseau hydraulique traditionnel seront présentés dans le documentaire du projet Noria.

Garmeh2

Garmeh3

Garmeh4

Garmeh5

Garmeh6

Nous logeons chez Maziars,dans sa maison traditionnelle parfaitement rénovée. Nous partageons de divines spécialités à base de chameau et d’inoubliables improvisations musicales.

Garmeh7

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Du lundi 10 mars 2008 au jeudi 13 mars 2008, Iran
Drapeau Iranien

Les visages se noircissent au fil des kilomètres parcourus vers le Sud. Le soleil se montre plus insistant. Nous roulons doucement vers Ispahan.

« Ispahan ». Une ville qui résonne dans nos têtes depuis notre tendre enfance. Un nom enchanteur qui rime avec « Orient », avec « Couleurs », avec « Magie ». Ispahan nous évoque la Perse ancienne, faste et infiniment riche de beauté et de poésie. Elle nous promet des merveilles d’un autre monde ; celui des puissants califes, de leurs turbans multicolores, de leurs femmes gracieuses et de leurs caravanes de chameaux. Le monde de la route de la soie.

Voila à quoi nous songeons à notre entrée dans la ville. Autant dire que nous ne comptons pas être déçus.

Nous posons nos bagages à l’auberge Amir Kabir. Le gouvernement n’a laissé aucun autre choix aux visiteurs qui sont littéralement refoulés des autres établissements. Nous négocions une chambre pour quelques rials. L’auberge se situe à seulement quelques minutes de marche de la fameuse place de l’Imam qui fait la réputation de la ville, mais que nous nous refusons d’aller découvrir dans la précipitation. D’abord, tâter l’ambiance de la ville, rencontrer ses habitants. Prendre la température, s’imprégner de son caractère…

Nous descendons la rue Abbasi en s’étonnant à chaque pas de la tranquillité du centre ville. Les gens qui nous entourent semblent flâner, errer sans aucun but. Ils font halte parfois sur un des nombreux bancs qui ornent l’avenue pour déguster une boule de glace, un verre de maïs ou de vermicelles glacés. D’autres, en ce début d’après midi sont tombés depuis bien longtemps dans les bras de Morphée, étalés sur les pelouses, à l’ombre d’un arbre.

En nous dirigeant vers le sud, nous croisons par le plus grand des hasards notre compagnon de route de Turquie, Michael, avec qui nous avions partagé notre piaule dans le froid d’Erzurum. Tout cela nous paraît bien loin sous ce soleil de plomb.

Nous longeons ensemble la rivière Zayandeh, enjambée par ses ponts spectaculaires sur lesquels les derniers rayons du soleil se posent timidement. Prenant sa source dans le massif du Zagros, ce cours d’eau se perd dans les dunes du désert du Dasht-e-Kavir.

Pol-e Allahverdikhan

Pol-e Allahverdikhan2
En passant par le bazar, nous retrouvons les éternels charriots qui grincent sur la terre battue. De vieux manutentionnaires avertissent de leur passage par des « yallah » qui raisonnent sous les voûtes de briques rouges. Les Imams, leurs corans sous le bras, rejoignent leurs mosquées de prédilection, et se croisent d’un pas pressé et, dans les dédales des couloirs.

Dans les couloirs du bazar
De superbes monuments sont érigés de toutes parts. La nuit, chaque mosquée ou madrese (écoles coraniques), aussi simple puissent-elles paraître de jour, prennent des reflets somptueux et dévoilent des mosaïques insoupçonnables.

Madreseh Mādar-e Shah2

Madreseh Mādar-e Shah
Au coin des ruelles se cachent de petites chaikhanes, ces maisons de thé populaires ou l’on fume le narguilé en se délectant des aromes de la boisson brûlante, aussitôt sortie des samovars en cuivre.

Chaikhane
Si Ispahan est par essence même le joyau de l’architecture persane, elle n’aurait pas ces honneurs sans la fameuse Place de l’Imam. La beauté de ce lieu est indescriptible. Qualifiée de « Naqsh-e-jahan », littéralement « modèle du monde », cette imposante place (la deuxième du monde en taille) abrite à son extrémité sud, la majestueuse Mosquée de l’Imam. A elle seule, cette dernière mérite le voyage en Iran…même en deux-chevaux. Ses dômes sont couverts de délicates mosaïques bleutées parfaitement assemblées et ses motifs minutieux ne peuvent laisser l’observateur de marbre (contrairement à ses colonnes qui le sont). Les proportions du monument sont toutes aussi étonnantes.

Mais puisqu’il faut savoir se taire face à de telles beautés, voici quelques photos.

Mosquée de l’Imam

Mosquée de l’Imam2

Mosquée de l’Imam3

Mosquée de l’Imam3

Mosquée de l’Imam4

Place de l’Imam

Mosquée de l’Imam5

Mosquée de l’Imam6

Mosquée de l’Imam7

Place de l’Imam2

Mosquée de l’Imam8

Sur l’enceinte est de la place est établie la non moins somptueuse mosquée Sheik Lotfollah.

Mosquée Sheik Lotfollah

Mosquée Sheik Lotfollah2

Mosquée Sheik Lotfollah3

Mosquée Sheik Lotfollah4

Mosquée Sheik Lotfollah5

Mosquée Sheik Lotfollah6

Mosquée Sheik Lotfollah7

Croquis Mosquée Sheik Lotfollah

>>>Plus de croquis

Lors de notre passage au consulat français à Téhéran, notre voyage a suscité à notre grand plaisir un vif intérêt de la part de certains hauts représentants français. L’un d’eux nous suggérait alors de composer de sa part, à notre arrivée à Ispahan, un numéro qu’il griffonna au dos de sa carte. L’homme au bout du fil n’était autre qu’un descendant de la famille royale Qadjar. Ce dernier, averti de notre visite, s’empressa de nous inviter à déjeuner dans ses appartements. Surpris par cette spontanéité, nous époussetons tant bien que mal notre unique tenue de voyage et tentons en vain d’avoir une apparence digne de la situation. Mais en nous ouvrant la lourde porte de sa demeure, notre hôte nous mis rapidement à l’aise. Le prince est francophile et parfaitement francophone. Il nous invite le plus simplement du monde à entrer. Nous pénétrons alors dans un hall somptueux puis dans un autre, jusqu’à un premier salon, émerveillés par les objets et les œuvres d’art qui décorent les murs et les plafonds. Un imposant lustre d’opaline illumine un superbe tableau original de Mme de Pompadour. Des services en cristal du 18ème, dans un dégradé de couleur, trônent sur une commode Renaissance. Nous sommes accueillis dans ce décor éblouissant avec une gentillesse de la même ampleur. Comprenant que nos yeux n’ont rarement vu de tels trésors, notre hôte, amusé, nous propose une visite. Les salons et les salles de réception, privées et officielles se succèdent avec cette même splendeur. Nous ne pouvons contenir notre admiration face à ces merveilles et cet accueil. Une demi-heure plus tôt, nous sortions de notre dortoir lugubre, notre sac à dos sur les épaules, et nous voila dans un palais royal, chez un prince en personne…Invités ? Non ! « Amis » insiste-il.

En quel honneur ? Nous n’avons pas eu le temps de comprendre….ni même de nous poser la question. Toujours est-il que nous sommes là, un peu hébétés par cet étonnant hasard, entre les tableaux achetés aux enchères dans les plus beaux musées du monde, les meubles antiques sertis d’or, les tapis de soie ; à prendre le repas avec Son Excellence, son amie et une vieille dame qui ne fut autre que sa prof de français…

Chez le Prince Qadjar

Chez le Prince Qadjar2

Chez le Prince Qadjar3
Servis par un beau petit monde qui s’affaire autour de nous, nous passons l’après midi à boire des thés au safran, discuter de peinture, d’art et d’histoire. A rire aussi, au sujet des dirigeants iraniens, des mœurs occidentales… Nous passons une demi-journée hors du temps, oubliant le monde extérieur et toutes les obligations que nous nous étions pourtant promis de régler aujourd’hui. Une expérience inoubliable que nous ont fait vivre des gens hors du commun…des gens que nous ne saurions remercier à la hauteur de leur accueil.

Place de l’Imam3

Dimanche 9 mars 2008, Iran
Drapeau Iranien
Le jour se levait à peine quand nous sommes réveillés par un bruit de métal. Une sonorité quelque peu surprenante en plein désert, d’autant qui provient d’à peine quelques mètres. En levant les yeux, nous apercevons à moins de 2 mètres, un superbe coyote qui, alléché par les parfums de notre repas de la veille se délecte du fond de notre casserole. Nous contemplons cet étonnant spectacle jusqu’à ce que notre audacieuse convive s’éloigne doucement en trottinant, en jetant quelques regards étonnés en notre direction.

Bivouac4
Bivouac6
Bivouac5
Après une paire d’heures de binage, de raclage et de remblayage, nous extirpons Rustine de cette situation humiliante.

Sortis d’affaire
Nous reprenons la route vers le sud.

Kashan est un patelin tranquille aux couleurs ocre qui caractérisent ces villes grillées par le soleil. Les Rois Mages en seraient originaires.

Mosquée à Kashan
Cette halte nous paraît d’autant plus agréable que nous quittons la Capitale chaotique. Derrière ses rues bordées par l’ombre bienfaisant des platanes, des pins et des cyprès, se cachent de majestueuses demeures de sable qui appartenaient jadis à de riches familles persanes. Elles pouvaient accueillir, en plus des propriétaires, des dizaines d’invités et autant de subordonnés. Les bagdirs, tours du vent, ancêtres des climatiseurs, trônent sur les toits et recueillent, par leurs volets chaque souffle de vent. Ces minces courants d’air sont alors acheminés par des conduits dans les pièces du bâtiment après avoir préalablement balayé un bassin d’eau fraîche.

Ces résidences familiales sont aujourd’hui restaurées et ouvertes au public en tant que musées.

Demeure de Kashan

Demeure de Kashan2
En quittant la ville, bien avant le village de Natanz, nous sortons des chemins battus et rejoignons une fois de plus le désert pour y établir notre bivouac. Le sol rocailleux sur les flancs d’une petite colline stérile sera notre lit pour cette nuit.

Bivouac7

Bivouac8

Samedi 8 mars 2008, Iran
Drapeau Iranien
Fatigués de la pollution atmosphérique, du trafic anarchique, mais nos sésames en poche, nous quittons Téhéran. Une fois notre réservoir et nos jerricans remplis, nous prenons la route du Sud en direction deKashan.

Il nous faudra plusieurs heures pour sortir de la tumultueuse capitale. La nuit arrive vite et à quelques dizaines de kilomètres de là, nous décidons de quitter le bitume pour nous perdre dans le désert vallonné qui nous entoure. Alors que nous scrutons, parmi lesbas épineux et les obstacles pierreux, un coin propice à l’installation de notre bivouac, nous nous faisons surprendre par un lit limoneux d’un petit ruisseau asséché.

Crottier du désert

Depuis notre sortie de route, il n’est pas question de réduire de vitesse sous peine de nous ensabler. Mais malgré ces précautions, Rustine s’échoue dans ce piège naturel. Le sable atteint le châssis et les roues sont profondément ensevelies. Considérant la situation, nous nous accordons à estimer le temps de désensablement à plusieurs heures. Soit ! Nous dormirons là ce soir.

Ensablement

Nous déplions nos couvertures au pied d’un arbuste et nous allongeons, les mains sous la nuque, les yeux dans les étoiles.

Bivouac1

Bivouac2

Bivouac3